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L’intervention de la CEDEAO au Mali a constitué une ligne de fracture dans la société malienne… La CEDEAO doit reconnaitre que c’était une erreur d’avoir prolongé le mandat du Président intérimaire à la tête du Mali sans avoir consulter au préalable les citoyens maliens. La CEDEAO doit reconnaitre sa maladresse en imposant au peuple malien un premier ministre et un gouvernement sans son aval ou même une concertation au préalable. La CEDEAO doit être assez courageuse en présentant ses excuses au peuple Malien

jpg_une-935.jpgNous sommes convaincus que les citoyens des pays membres de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) veulent une organisation qui permet l’émergence d’un système économique et social au service des peuples de la communauté, et non une organisation qui impose des diktats sans la consultation des citoyens et qui ne respecte pas ses propres règles.

En effet, l’intervention de la CEDEAO au Mali a constitué une ligne de fracture dans la société malienne. L’organisation sous régionale a en effet pris des décisions non seulement contraires aux prescriptions de la constitution malienne; mais aussi, elle n’a jamais réellement consulté la population malienne avant la prise de ces mêmes décisions. La CEDEAO doit reconnaitre que c’était une erreur d’avoir prolongé le mandat du Président intérimaire à la tête du Mali sans avoir consulté au préalable les citoyens maliens. La CEDEAO doit reconnaitre sa maladresse en imposant au peuple malien un premier ministre et un gouvernement sans son aval ou même une concertation au préalable. La CEDEAO doit être assez courageuse en présentant ses excuses au peuple malien.

Aussi, il est grand temps que la CEDEAO commence à consulter les Maliens avant de prendre des décisions qui affectent leur vie quotidienne et leur sécurité, et pouvant avoir des répercussions négatives. Le Mali a besoin d’un gouvernement de transition qui a la confiance du peuple. Un gouvernement qui est le seul maître d’œuvre, guidé par les seuls intérêts du Mali, et assurant la cohérence des politiques. Aussi, souverain, le Mali doit faire ses propres choix et devenir le gestionnaire unique de son destin. Comme nous l’avons toujours souligné, l’avenir de notre pays ne passera certainement pas par les remèdes des institutions internationales. Il ne passera sans doute non plus par la copie de modèles de politiques de gouvernance non adaptées. L’avenir de notre pays ne passera surement que par les braves et honnêtes Maliennes et Maliens.

L’intervention maladroite de la CEDEAO a affaibli notre démocratie parce qu’elle a par voie de droit permis la concentration du pouvoir de supervision, de surveillance dans les mains d’une élite non élue de Maliens. Les principes de division du pouvoir qui sont au fondement même de la notion de démocratie, ont été ignorés. Aujourd’hui, les droits politiques et sociaux des maliens se trouvent attaqués. Loin de permettre une sortie de crise, les actions de la CEDEAO ont permis une soumission aggravée et forcée de notre pays aux logiques des dirigeants de l’organisation qui nuisent au bien être de la société malienne. Notre ambition pour le Mali dans la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest est de porter haut les valeurs de notre pays et nous voulons que les Maliens soient gagnants dans la régionalisation.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous voulons que le Mali soit le moteur d’une refondation de la CECEAO, d’une communauté plus forte et plus protectrice, une CEDEAO qui refuse la naïveté et défende les intérêts des peuples des Etats membres. Nous croyons fermement que notre pays pèsera dans la sous région en continuant à promouvoir la paix, les droits de l’homme et une régionalisation équitable, respectueuse de l’homme et de l’environnement.

Notre peuple veut un Mali qui peut prendre toute sa place en Afrique. Notre destin se jouera dans une CEDEAO plus rassemblée. Nous voulons une CEDEAO qui change, dans un monde nouveau. Nous voulons une CEDEAO qui œuvre pour des changements politiques et sécuritaires, économiques et sociaux qui répondent aux attentes des peuples de la Communauté. Nous voulons une CEDEAO sociale, qui puisse servir de modèle aux autres peuples de l’Afrique tout en étant au service de l’homme. Nous voulons une CEDEAO qui gagne en efficacité, en lucidité et en démocratie. Une CEDEAO qui défende de bonnes politiques de gouvernance et non une démocratie de façade. Nous voulons une CEDEAO plus simple, pour que chacun puisse comprendre les modalités de décision africaine et les responsabilités des institutions.

Enfin, nous rappelons avec force qu’il est hors de question de fragiliser la voix du Mali dans la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest en remettant en cause sa place de membre actif et de droit. Aussi, quelle que soit la nature de la crise que nous traversons, nous n’accepterons jamais que notre pays soit mis sous tutelle.

Que Dieu bénisse le Mali dans une Afrique unie et en paix.

Cheick Boucadry TRAORE

Président de la CARE

L’Indépendant du 25 Juillet 2012