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Sollicitée par la famille Djerma pour traquer le meurtrier de Romaké Dembelé, un enfant de 4 ans, la Brigade de gendarmerie de Kalaban Coro, n’a daigné répondre à l’appel des populations gagnées par un sentiment de désolation.

Innocent Dembélé, originaire de la région de Ségou a été embauché en qualité de gardien de chantier par S.D, un contrôleur de la douane pour le compte d’un de ses amis installé en France. Innocent et son épouse Monique Dembélé habitent à Kabala, un quartier de Kalaban Coro avec leurs deux enfants, (Romaké Dembelé (4 ans) et sa sœur cadette).

Dans la nuit du samedi 16 août, aux environs de 21h, la famille du douanier S.D et les voisins sont alertés par un cri d’enfant en difficulté. Aussitôt les gens accourent sur le lieu. Sur place, ils voient Innocent Dembélé en train de mutiler les organes génitaux de son fils Romaké. Toute affaire cessante, l’enfant est admis au CSCOM de Kalaban où le major Bakary Samaké lui apporta les soins nécessaires en présence d’Innocent.

Ce dernier a regretté son forfait. « Il y a plus de peur que de mal », nous a affirmé le major. Le danger étant écarté et pensant qu’il serait trop risqué d’envoyer nuitamment Innocent et Romaké à Kabala, S.D. leur logeur, a préféré les faire passer la nuit dans une chambre située dans son arrière-cour.

Innocent voulant tuer à tout prix son enfant a attendu que tout le monde s’en dorme pour récidiver. Cette fois-ci, il essaya d’arracher tout l’organe génital de l’enfant sans y parvenir. Mais il l’a mortellement blessé en arrachant un de ses testicules.

A l’aube, un des fils de S.D passa s’enquérir de l’état de santé de l’enfant. Il trouva Innocent assis tranquillement assis dans un fauteuil en train de croquer de l’arachide avec à ses côtés une valise et l’arme du crime. Il répondit au fils du douanier d’aller voir dans la chambre et se doutait même si le petit n’était pas passé de vie à trépas.
Refus des gendarmes.

La Brigade de gendarmerie a été aussitôt informée. Mais, selon nos sources, les gendarmes auraient décliné l’appel en affirmant qu’ils ne sont pas à mesure d’effectuer le déplacement par manque d’effectif et faute d’autorisation de la hiérarchie.

Les deux éléments qui étaient de garde ont tout simplement demandé à ceux qui les ont sollicité d’amener eux-mêmes le meurtrier. Sans autre forme de procès, Innocent a été conduit à la brigade par les propres soins de son logeur où il a été mis en garde-à-vue.

Comme cela ce doit en cas de crime, l’autorité chargée de la sécurité doit être la première à se rendre sur le terrain pour faire le constat et arrêter le ou les coupables en cas de besoin. Devant le « refus » de la gendarmerie, la commissaire divisionnaire Ami Kane avait été informée de l’affaire. Cette dernière avait promis de diligenter la démarche à suivre en vue d’envoyer une équipe sur place. Entre temps, le secrétaire général du syndicat de la douane, Yacouba Katilé a appris la nouvelle.

Il a saisi de nouveau la brigade de gendarmerie qui arrive finalement à 9h30 dans la matinée du samedi. En compagnie de M. Katilé, de son collègue S.D et du médecin légiste, les gendarmes ont pu constater la mort du petit Romaké dont ils ont procédé à l’enlèvement du corps et au ramassage de l’arme du crime.

Après les démarches légales, le corps de l’enfant a été admis à la morgue sur insistance de Monique, sa mère, qui n’a pas voulu à que son fils soit enterré avant qu’elle ne soit sur place. Selon les propos de Monique, « son mari est disciple de Bakus ».

A quoi sert l’installation d’une brigade de gendarmerie si elle ne répond pas aux secours des populations qui, à tout moment, peuvent demander son assistance ? La réponse est à chercher au niveau des autorités de tutelle.

La brigade de Kalaban Coro n’a pas une bonne image auprès des populations de cette commune. Des prétextes sont toujours avancés par les gendarmes et les citoyens sont laissés pour compte. C’est ce qui explique d’ailleurs la montée du banditisme et de l’auto-défense à Kalaban.

« Je ne vais pas me laisser tuer par des bandits. A chaque fois qu’on a sollicité la brigade, nous n’avons pas eu gain de cause », répondent des chefs de famille dont l’environnement s’est transformé en nid de malfrats.

Pourtant, ce sont ces multiples attaques et meurtres qui ont poussé le département de la Sécurité intérieure à transformer le poste de gendarmerie en brigade et quelques années après à leur octroyer un véhicule de déplacement et de patrouilles dans la commune.


Amadou Sidibé

18 Août 2008