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Dans une interview exclusive accordée à la Presse Universitaire du Mali, ‘’Le Flambeau’’ le 19 Août 2010, Le Dr Cheick Modibo Diarra passa en revue tous les problèmes auxquels notre pays est confronté. De son développement aux défis actuels et à venir, en passant par la jeunesse, l’éducation, la santé, la corruption, l’administration publique, l’agriculture, l’armée malienne…l’homme n’est pas passé par 4 chemins pour dénoncer les maux de la société et proposer des solutions concrètes. Dans cette interview, l’homme affirmait connaitre les problèmes du Mali et avoir des solutions pour y remédier.

Hier simple citoyen et fervent patriote dénonçant les maux de sa société, Dr Cheick Modibo Diarra se retrouve aujourd’hui à la tête d’un gouvernement d’union nationale et investir des pleins pouvoirs. Arrivera t-il à tirer son épingle du jeu et s’adapter rapidement à sa nouvelle fonction ? La confusion politique et les clivages sociaux actuels joueront-ils en sa faveur ? Saura t-il avec mesure et vigilance concilier d’une part les intérêts du CNDRE, de la classe politico-sociale, la CEDEAO et la communauté internationale et d’autre part ceux du peuple malien ?

Dans une question qui consistait à savoir quels étaient les problèmes du Mali, l’homme répondait par ceci : « Je connais les problèmes de ce pays, le Mali a quatre problèmes fondamentaux.

Le premier problème est que nous avons des terres et de l’eau qu’il faut mettre en valeur pour atteindre l’autosuffisance alimentaire et vendre le reste aux autres. Le deuxième problème est que nous avons une jeunesse en grand nombre qui constitue près de la moitié de la population, qu’il faut former et éduquer et lui donner les moyens de se prendre en charge et de pouvoir bâtir. Nous avons le devoir de leur donner la formation dont ils ont besoin, l’éducation de qualité que nous autres avons eu la chance d’avoir grâce à ceux qui nous ont précédé. Ça c’est une ambition légitime. Le troisième problème est qu’il faut une restructuration de toutes les institutions au niveau administratif de la douane, de l’armée et de la police…

Il faut reconstruire ce pays dans toutes les transparences en mettant les hommes à la place qu’il faut, avoir une administration transparente, capable de régler les problèmes de la communauté et administrativement accomplir cette tâche. Nous avons, ne serait-ce qu’en voyant le rapport du vérificateur Général, besoin de mettre en place des structures transparentes car, si les sommes dont parlent les journaux (je n’en aie pas la preuve) étaient sauvées certains de nos problèmes allaient être résolus.

Le quatrième problème est qu’on doit s’occuper de la santé de nos concitoyens. Quand je parle de l’agriculture, on ne peut pas demander aux gens d’aller cultiver sans mettre en place des infrastructures. Je suis entrain de travailler sur certains de ces problèmes et une fois que j’aurais trouvé en toute sincérité un début de solution, je me sentirai en position de dire à mes concitoyens que j’ai les solutions aux problèmes …. Pas peut-être entièrement mais des solutions à court terme. J’ai une passion pour mon pays et je ne peux pas être l’aventurier qui va l’amener à l’aventure… Ce n’est pas mon genre et je ne manque pas d’occupation pour ça. Si je n’ai pas de solutions, je laisse le soin aux autres comme je l’ai fait jusqu’à présent. En tout cas je continuerais d’œuvrer pour mon pays et mes concitoyens. C’est grâce à leurs impôts et taxes que j’ai pu faire mes études à l’extérieur. Que je sois président ou pas, que je sois politicien ou pas, cela ne me dérange aucunement… » .

20 mois après cette interview, le Docteur Cheick Modibo Diarra se retrouve à la tête d’un gouvernement d’union nationale dans lequel il bénéficie des pleins pouvoirs. Aujourd’hui, plus que jamais, des questions méritent d’être posées. Arrivera t-il à relever le défi auquel il vient de se lancer ? Sa vision des problèmes de la nation l’aidera t-il, en réalité, à réussir la mission qui vient de lui être confiée ? Les problèmes, cités ci-haut, auxquelles il faisait allusion en 2010 sont-ils identiques à ceux d’aujourd’hui ? Difficile d’apporter des réponses exactes à ces questions pour le moment. Néanmoins, des précisions méritent d’être apportées. Sa nouvelle mission s’annonce très difficile, mais pas pour autant insurmontable. Sa connaissance des problèmes du pays, ses bonnes relations internationales et son dévouement patriotique peuvent être des facteurs décisifs dans la réussite de ce défi. Par ailleurs, l’homme devrait être beaucoup vigilant pour ne pas se faire mener en bateau par des calculs politiciens.

La situation politique actuelle est très confuse et les perspectives d’une gestion consensuelle du pays, avec tous les fils de la nation, incertaines. Les arrestations de certains leaders politiques, les jeux d’intimidations, la précarité des institutions de la république et la controverse qu’alimente le débat national en sont des parfaites illustrations de cet état de fait. Il devra rester fidèle aux objectifs de la nation et les priorités de son gouvernement c’est-à-dire la gestion du problème du nord, la bonne organisation des élections futures et l’effectivité de la transition.

Pour terminer, les problèmes auxquels le Docteur Cheick Modibo Diarra faisait allusion en 2010 dans cet entretien ne sont peu être pas identiques à ceux de cette année, mais force est de reconnaitre qu’ils sont étroitement liés. C’est effectivement la mauvaise gestion de l’Etat en 2010 qui est à la base de tous les problèmes cette année. Autant dire que le nouveau premier ministre a du pain sur la planche et ne manquera certainement pas de moyens pour relever les défis. Sa nomination annonce un changement pour le pays. Sa personnalité inspire confiance et assurance. Son passé ne souffre d’aucune polémique. Sa technicité, ses valeurs et son potentiel relationnel peuvent beaucoup apporter au pays. Mais et force est de rappeler que son avenir et sa réputation prochaine, eux, dépendront de l’héritage qu’il laissera de cette mission.

FOUSSEYNI MAIGA

Le Flambeau du 18 Avril 2012