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Le président de la République par intérim, Dioncounda Traoré, a procédé, le mardi dernier, à la nomination de Cheick Modibo Diarra, comme Premier ministre de la transition. L’Astrophysicien de 60 ans aura la lourde mission de ressouder un pays et d’organiser des élections libres et transparentes. Pourrait-il relever ces défis ? Son intégrité morale et son parcours professionnel plaident en sa faveur.

Les forces vives de la nation ont fait le choix de Cheick Modibo Diarra pour conduire avec le président par intérim, Dioncounda Traoré, le bateau Mali à bon port. Nommé Premier ministre du gouvernement de transition, Cheick Modibo Diarra est aujourd’hui l’espoir d’une nation meurtrie par le crépitement des armes. En 50 ans d’indépendance, le Mali n’a jamais connu une crise de cette ampleur. Pendant qu’un tiers de son territoire est occupé par des salafistes, des trafiquants de drogue et autres bandits du Mnla, le Mali vit au même moment une crise politique sans précédent avec des putschistes qui ont choisi de s’accrocher au pouvoir. Le nouveau Premier ministre a du pain sur la planche. Il doit pouvoir composer avec une classe politique divisée pour des intérêts personnels et égoïstes, mais aussi avec une junte militaire qui a choisi de rouler tous ses interlocuteurs dans la farine, y compris son principal qu’estla CEDEAO. Doncla tâche ne sera pas du tout facile pour le nouveau chef du gouvernement de transition qui doit mettre tout son poids dans la balance pour éviter d’être manipulé par les différents acteurs qui veillent sur leurs intérêts partisans. Il doit aussi prendre ses distances avec une junte qui tient à jouer les premiers rôles dans une démocratie en reconstruction.

Cheick Modibo Diarra sera jugé sur les actes. Il a carte blanche parce Premier ministre disposant de pleins pouvoirs conformément à l’accord cadre. Mais l’état de grâce sera de courte durée car le pays va très mal. L’économie a pris un sérieux coût. Sa relance va prendre des mois, voire des années. Mais la priorité pour l’ancien patron de Microsoft Afrique est la gestion de la crise du nord, la refondation de l’Etat nation, la préservation de l’intégrité territoriale du Mali. On l’a crié sur tous les toits, le Mali est un et indivisible. Toutes les promesses à la rébellion ou à leurs complices doivent en tenir compte.

Le nouveau chef du gouvernement est également attendu sur le terrain des élections, sa seconde priorité. Après le règlement de la crise du nord par le dialogue ou la guerre totale, l’organisation d’élections libres et transparentes avec à la clé un fichier électoral consensuel, fait partie des soucis majeurs des Maliens et de la classe politique nationale. Parce que la bonne organisation du scrutin rassurera les populations d’un pays qui aura frôlé la catastrophe. Alors, arrêtons tout de suite les longs discours et les déclarations d’opportunistes. Il faut se mettre au travail. Même s’il y a des craintes, il faut prendre pour son compte la déclaration du Doyen Seydou Badian Kouyaté : « le Mali a vécu des moments plus difficiles, alors tenons, tenons ! ». C’est un conseil de sage qui a toute son importance dans la crise actuelle. Le Nouveau PM doit en faire sien. Lui qui est réputé intelligent et honnête. Si l’on s’en tient à sa biographie, il doit pouvoir relever ces défis.

Qui est Cheick Modibo Diarra

Après avoir obtenu son baccalauréat au Mali au Lycée technique de Bamako, Cheick Modibo Diarra étudie les mathématiques, la physique et la mécanique analytique à Paris à l’Université Pierre et Marie Curie, puis l’ingénierie aérospatiale aux États-Unis à Howard University (Washington D.C.). Il est recruté par le Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la Nasa où il participe à différents programmes : Magellan vers Vénus, Ulysses vers les pôles du Soleil, Galileo vers Jupiter et Mars Observer et Mars Pathfinder vers la planète Mars. Il est directeur du programme Mars Exploration Program Education and Public Outreach (« Mars Outreach ») de la NASA. Ce programme vise à mieux impliquer le grand Public et les différents milieux éducatifs dans la diffusion des informations et des images de la NASA2. En 1993, Cheick Diarra nomme des Correspondants du JPL à l’étranger pour le Mars Outreach, dont un Français, Olivier de Goursac qui le fera connaître auprès du grand public et des télévisions en France peu après l’atterrissage de la sonde Pathfinder sur Mars, lors du 1er Festival de l’Aéronautique de Megève (7-13 juillet 1997) et où Cheick Diarra sera l’un des invités-vedette.

En 1999, il obtient de la Nasa de travailler à mi-temps ce qui lui permet de se consacrer au développement de l’éducation en Afrique en créant notamment une fondation, Fondation Pathfinder pour l’éducation et le développement. En 2002, il prend un congé sabbatique afin de développer au Mali à Bamako un laboratoire de recherche sur l’énergie solaire. Organisateur du Forum mondial sur l’éducation à Dakar en avril 2000 et du Forum sur l’Afrique au Siège de l’Unesco en novembre 2001, Cheick Modibo Diarra est ambassadeur de bonne volonté pour l’Unesco. Il a été le premier président de l’Université virtuelle africaine basée au Kenya, qu’il a quitté en 2005 pour cofonder l’Université numérique francophone mondiale. Le 20 février 2006, Microsoft a annoncé la nomination de Cheick Modibo Diarra au poste de président de Microsoft Afrique. Le 6 mars 2011, Cheick Modibo Diarra présente à Bamako la formation politique qu’il vient de créer en vue de l’élection présidentielle de 2012, le Rassemblement pour le développement du Mali (RPDM). Il est également le gendre de l’ancien président malien Moussa Traoré. Le 17 avril 2012, Cheick Modibo Diarra est nommé Premier ministre du Mali.

Idrissa Maïga

Le 20 Avril 2012