Partager

Les nominations à n’en pas finir, l’approbation de marchés et d’avenants ont assurément la vie dure. Et si ces péchés mignons de la transition étaient réellement des fautes lourdes de gouvernance ?

Sous prétexte que les Maliens ne s’attarderaient pas sur les travers d’une période que tous voudraient vite oublier, notre gouvernement de transition s’autorise à dériver par moments. Les pratiques décriées sont revenues au galop.

Comme un gouvernement élu et installé pour une longue durée, les autorités de la transition s’offrent tous les pouvoirs. Tant et si bien que l’inopportunité de certaines décisions aujourd’hui crève les yeux des citoyens plus ou moins avertis.

Il en est par exemple de la nomination de personnalités comme ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires. La diplomatie étant l’un des domaines réservés du chef de l’Etat, il fallait que le Pr. Dioncounda Traoré laissât en l’état les propositions à la sagacité de son futur remplaçant, qui sera en principe installé dans quelques semaines. Au lieu de cela, il continue de signer des actes de nomination dans ce sens, marchant sur les plates-bandes de son successeur.

Que cache l’empressement à accréditer des diplomates auprès de pays amis et partenaires ? Faut-il coûte que coûte placer tous les obligés dans l’interrègne ? En tout cas, cela ressemble à une tentative de lier les mains du futur boss dans la mesure où la mise en route et les frais d’installation d’un ambassadeur coûtent très cher.

La feuille de route tarde à se concrétiser, cependant les mercredis sont des jours de cauchemar dans la haute administration. Comme sous le défunt régime, c’est la guerre au faciès qui y reprend ses quartiers. Du coup, ceux qui peuvent aujourd’hui « vaincre sans avoir raison » s’en donnent à cœur joie, parce qu’on leur a susurré à l’oreille que chacun vient avec ses « hommes » et ses « femmes ». Chamboulements quand tu nous tiens !

Le président de la transition qu’on présumait transparent, laisse faire. Son dilettantisme pour ne pas dire son incurie est un pain béni pour des compatriotes avides d’argent public et de gain facile. Les conseils des ministres seraient donc des occasions de faire des affaires.

Des exemples ? En voilà !

Aussi le mercredi 5 juin, le conseil des ministres sous la conduite du chef du gouvernement, a-t-il adopté des projets de décret portant approbation d’avenants à deux marchés relatifs aux travaux de construction de 100 logements sociaux (deux fois 50) de type F5 dalle à Bamako, lots n°7 et n°8, tranche 2011-2012 du programme 2011.

Les marchés portant sur la construction de 100 logements sociaux de type F5 dalle à Bamako ont été conclus :

– d’une part avec l’entreprise Aïcha BTP-SARL, lot n°7 de 50 logements pour un montant de 1 milliard 288 millions de F CFA environ et un délai d’exécution de 150 jours,

– et d’autre part avec l’Entreprise malienne de construction mobile, lot n°8 de 50 logements pour un montant de 1 milliard 288 millions de F CFA environ et un délai d’exécution de 150 jours.

Leur financement, selon le communiqué diffusé, devait être assuré par le budget national. Le conseil explique ces avenants par les difficultés rencontrées dans l’exécution de ces marchés, elles-mêmes liées aux événements de mars 2012.

Les avenants, sans incidence financière, ont pour but, laisse-t-on entendre, de prendre en charge ces difficultés en modifiant la source de financement et en ramenant le délai d’exécution de chacun des marchés à 240 jours. Ça ressemble à un embrouillamini.

Le 2e avenant du 5 juin est relatif à la cellule d’enfouissement technique sur le site de la décharge contrôlée compacte de Noumoubougou. Il ne constitue pas seulement une modification écrite des clauses. Les travaux initiaux devaient coûter 4 milliards 319 millions de F CFA. Le conseil des ministres décide qu’il faut en plus 1 milliard 55 millions de F CFA pour la fourniture et la pose du complexe géo membrane/géotextile pour assurer l’étanchéité de la cellule. Ce financement est assuré par le budget national.

Le 29 mai 2013, le projet de décret portant approbation du marché relatif aux travaux de construction de l’annexe de la Caisse malienne de sécurité sociale (CMSS) pour un montant de 1 milliard 74 millions de F CFA environ, sur financement de la CMSS est adopté. Le même jour, le Système d’information de l’Assurance maladie obligatoire (Amo) et du Régime d’assistance médicale (Ramed) faisait l’objet d’un avenant de 1 milliard 571 millions de F CFA. Le montant initial demeure inconnu.

Le 22 mai 2013, il y a eu le marché des travaux de bitumage de la route Bandiagara-Bankass-Koro-Frontière du Burkina Faso, tronçon Koro-Frontière du Burkina Faso (5 milliards 950 millions de F CFA) pour 30,5 km. Un calcul rapide indique que le kilomètre est facturé à 200 millions de F CFA au contribuable…

La liste n’est pas exhaustive, mais, on le voit, la passation de marchés publics, l’approbation d’avenants, les nominations ravissent la vedette à l’exécution correcte de la feuille de route de la transition, qui consiste au recouvrement du territoire national et à la bonne tenue des élections.

Et si les candidats s’engageaient à auditer la transition ?

A. M. Thiam

Les Échos du 26 Juin 2013