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Après avoir opposé un refus catégorique à la proposition de Boko Haram d’échanger les 223 jeunes lycéennes enlevées, il y a un mois, contre des prisonniers islamistes, les autorités nigérianes se sont dit prêtes à dialoguer avec la secte islamiste. Si l’on comprend la réticence des autorités d’Abuja à remettre en liberté des terroristes qui iront gonfler les rangs de Boko Haram, l’on peut être surpris, voire choqué, par leur intransigeance, en tant que parents.

Une opération militaire pour tenter de libérer les filles n’est pas sans risque

En effet, rejeter de façon aussi catégorique cette proposition des terroristes, qui, en ces temps de dures épreuves, s’avère la première lueur d’espoir de retrouver les jeunes filles, peut paraître, d’un certain point de vue, un manque de stratégie de la part du gouvernement. Ce d’autant plus que ces fous sont habitués à verser le sang, sans raison aucune. Aussi, l’on ne comprendrait pas que le gouvernement ne saisisse pas cette opportunité inédite pour tenter le tout pour le tout, puisque de toute façon, une opération militaire pour tenter de libérer les filles n’est pas sans risque. Elle peut bien faire des victimes collatérales.
C’est pourquoi les autorités n’avaient de meilleur choix que d’offrir cette possibilité de dialogue aux terroristes, qui permet d’espérer garder en vie les otages, au moins jusqu’à l’aboutissement des négociations. En attendant l’issue de cet éventuel dialogue, cela permettra aux familles de maintenir l’espoir ; cet espoir qui fait vivre, et qui, en ces moments où les nerfs sont particulièrement éprouvés, est une denrée extrêmement précieuse.

La vie humaine n’a pas de prix, et au-delà des considérations politiques et stratégiques, les parents n’attendent pas moins du gouvernement, qu’il fasse tout ce qui est en son pouvoir pour obtenir la libération des jeunes filles. Car pour bien des parents, la vie de leur enfant vaut bien la libération de quelques terroristes, quelle que soit leur capacité de nuisance. Mais pour le gouvernement, il en va autrement.

Le gouvernement a intérêt à aller au dialogue

Dans tous les cas, le dialogue s’impose. Seulement, comment discuter avec un adversaire sans visage, qui s’est surtout illustré par la barbarie et la monstruosité de ses actes ? Là est toute la question. En effet, s’il acceptait ce dialogue, Boko Haram serait-il prêt à sortir du bois pour y aller à visage découvert autour d’une table de négociations ?

Ou le ferait-il par personne interposée, de peur que cette « main tendue » du gouvernement ne soit une ruse pour le piéger ? Quoi qu’il en soit, les autorités nigérianes n’ont pas droit à l’erreur. Et Boko Haram est à un tournant décisif et historique de son existence où il joue quelque part sa survie et doit peut-être faire un choix. Et là se pose la question de savoir si au-delà de la libération des jeunes filles, qui est la préoccupation majeure du moment du gouvernement, Boko Haram va saisir l’occasion pour poser sur la table la question fondamentale de ses revendications .

Autant de questions que l’on est en droit de se poser. En effet, se sentant traqué de toutes parts, et sentant l’étau se resserrer autour de lui, Boko Haram peut avoir choisi de faire un rétropédalage surtout que son action a suscité l’indignation totale et un tollé général de par le monde, principalement après la déclaration de son chef, de vendre certaines filles, de marier d’autres de force et de réduire le reste à l’esclavage.

Dans tous les cas de figure, cette situation malheureuse a été une publicité extraordinaire pour la secte, qui est maintenant connue dans le monde entier, même si c’est de la pire des manières. Aussi, elle peut bien se croire en position de force, et juger le moment opportun pour poser certaines exigences, d’autant qu’elle tient les filles en otage.

Or, au regard de la mobilisation internationale, les autorités d’Abuja, ragaillardies, peuvent se sentir aussi en position de force, et penser que c’est le moment où jamais d’en finir avec la secte. Pourtant, Boko Haram est peut-être acculé mais n’est pas pour le moment vaincu.

Et il ne faut pas perdre de vue que ces extrémistes peuvent, à tout moment, attenter à la vie des enfants. S’ils ne l’ont pas fait jusque- là, du moins officiellement, c’est qu’ils attendent aussi un geste du gouvernement. Et s’ils n’obtiennent pas gain de cause, il faut craindre que la vie des enfants ne soit sérieusement menacée. Cela dit, le gouvernement a donc intérêt à aller au dialogue. A lui de savoir manœuvrer.

Outélé KEITA

Publié le mercredi 14 mai 2014

Source : Lepays.bf