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L’eau, c’est la vie, dit-on. Mais, il s’agit bien évidemment de l’eau potable. Et le fleuve Niger qui est la principale source d’approvisionnement en eau au Mali est en danger. Son eau a atteint un degré de pollution tel, qu’elle est devenue quasiment impropre à la consommation.

jpg_teinturieres_096.jpgAu Mali, le fleuve Niger joue un rôle nourricier de très grande importance. Les 3/4 de la population sont installés dans la vallée du fleuve dont le potentiel agricole est estimé à 2,5 millions d’hectares. La production halieutique est de 100 000 tonnes par an.

A cet égard, l’ensablement du fleuve Niger est un réel danger qui guette le développement socio-économique du Mali. Autrefois considéré comme la sève nourricière de plusieurs millions de Maliens, le fleuve Niger est transformé aujourd’hui en dépotoir des déchets solides et liquides, industriels et artisanaux par les usines et les populations vivant sur ses rives. Du coup, la consommation de l’eau du fleuve est devenue un énorme danger pour la santé humaine, animale et aquatique.

Malgré quelques mesures préventives prises par les différents ministères successifs en charge de l’environnement et de l’assainissement en vue de stopper le phénomène de pollution du Niger, les populations riveraines, les industriels, les artisans et les teinturières du District de Bamako notamment, sont restés sourds et continuent à déverser les déchets dans le lit du fleuve.

Au nombre des mesures prises, l’on peut citer ces panneaux rappelant aux citoyens le « respect obligatoire des normes de rejet dans les milieux récepteurs ». Ils indiquent aussi qu’il est indispensable d’effectuer un « traitement préalable des déchets biomédicaux, industriels et artisanaux avant leur rejet ».

Mieux, les mêmes panneaux préviennent que le non respect de ces dispositions expose les contrevenants à une peine d’emprisonnement allant de 11 jours à 3 mois et au paiement d’une amende de 20 000 à 120 000 FCFA.

Selon un responsable de la direction nationale de l’assainissement et du contrôle des pollutions et nuisances (Dnacpn), cette campagne de sensibilisation n’a pas fait d’effet ; bien au contraire, les déchets solides ou liquides continuent d’être déversés dans le fleuve Niger avec un rythme encore plus croissant.


Les diverses sources de pollution

Toutes les agglomérations constituent des sources de pollution pour le fleuve qui parcourt 1 700 km au Mali. De Bamako à Gao en passant par Mopti et Djenné, le fleuve est un dépotoir des déchets ménagers et des eaux usées.

A la Dnacpn, on affirme que cette situation est due au manque de culture des poubelles et à la défaillance des services de voirie chargés d’évacuer les déchets hors des villes. Il faut, souhaite notre interlocuteur, une bonne coordination de la collecte des déchets des familles jusqu’aux décharges finales en passant par les dépôts de transit.

Dans la capitale, déplore-t-il, la quasi-totalité des familles ont leurs systèmes d’évacuation des eaux usées domestiques directement connectés aux caniveaux ou aux collecteurs qui débouchent sur le fleuve.

Il convient également de voir le cas des teinturières qui, dans leur grande majorité, ne font aucun effort pour traiter leurs eaux usées. Elles se bornent tout simplement à déversent dans le fleuve leurs eaux usées contenant des produits chimiques à haute toxicité.

Les activités de fabrication de savon, de tanneries artisanales et d’abattoirs qui se mènent aux abords du Niger aggravent chaque jour la pollution.

Afin de faire face à ce phénomène qui risque d’être à la longue source d’un problème de santé publique, les autorités ont mis en place une stratégie de gestion des déchets domestiques et industriels d’un coût de 300 millions de FCFA. Financée avec le concours de la Banque mondiale, la stratégie consistait à promouvoir entre autres les poubelles au sein des familles.


Diverses espèces de plantes aquatiques nuisibles menacent aussi l’équilibre du fleuve Niger.

La plus nuisible est certainement la jacinthe d’eau. En effet, la jacinthe d’eau est une espèce envahissante étouffant la faune et flore aquatique. Elle est très répandue sur certaines parties du fleuve Niger, notamment dans la zone de l’Office du Niger. L’Office du Niger, avec les services de l’Etat, mène des efforts pour éradiquer la jacinthe qui bloque la navigation sur le fleuve. Dans ce cadre, il dépense en moyenne 1 million d’euros par an, environ 655 millions de FCFA.


Menacé de disparition

Si rien n’est fait maintenant pour arrêter l’ensablement du fleuve Niger, il pourrait disparaître au bout de quelques centaines d’années, prédisent les scientifiques.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’ensablement désigne tout envahissement par des grains de sable, aboutissant à l’accumulation de sable et/ou la formation de dunes. L’érosion éolienne est la cause principale de l’ensablement. Le vent joue le triple rôle d’agent érosif, de transport et de dépôt dans la formation des dunes. La cause principale de l’ensablement des plans d’eau est la force hydrique.

L’eau est le vecteur de l’érosion hydrique des berges, ainsi que du transport et du dépôt du sable dans les lits des cours d’eau. D’après les mêmes scientifiques, les causes majeures de l’ensablement du fleuve Niger sont l’action de l’érosion hydrique qui détruit les berges (le matériau érodé composé de sable et de limon est à l’origine du comblement du lit du fleuve et de sa vallée), l’action des pluies diluviennes qui transportent le sable de la zone exondée vers la vallée (comblant les berges et empêchant toute remontée de l’eau dans les oueds), l’action éolienne qui transporte le sable dans le fleuve et sa vallée.

Le fleuve Niger est aujourd’hui en danger sur tout son parcours.

Dans la région de Tombouctou, les grands lacs historiques (Faguibine, Télé, Daouna…) ne sont plus alimentés correctement du fait de l’ensablement des chenaux. La navigation du fleuve est devenue problématique en divers endroits entre Koulikoro et Gao du fait des bancs de sable et divers aléas climatiques qui réduisent considérablement la période de navigabilité. Le fleuve Niger est l’axe principal de navigation du Mali et de ce fait joue un rôle fondamental pour l’économie nationale. Protéger le fleuve Niger, c’est sauver une partie de l’humanité.

ALPHA KABA DIAKITE

13 Janvier 2009