Partager

Le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du Territoire français, Nicolas Sarkozy, s’est adressé au peuple malien à travers des membres du gouvernement, de la société civile, des députés, des journalistes et des jeunes. C’était dans l’après-midi d’hier, jeudi 18 mai, dans la salle U.A de l’hôtel de l’amitié. Avec conviction et éloquence, il a expliqué durant plus d’une heure d’horloge, sa loi sur « l’immigration choisie« .

« Je suis venu exprès en ce moment au Mali pour expliquer la loi sur l’immigration. Je n’ai rien à cacher. L’immigration choisie est une immigration concertée, choisie à la fois par le Mali et la France. Je suis venu au Mali avec amitié et respect. Respect parce que nous connaissons l’histoire du Mali, elle remonte à plusieurs siècles. Héritier d’une très grande civilisation, nous pensons qu’à bien des égards, le Mali est exemplaire dans sa marche vers la démocratie depuis deux décennies. Nous savons que les Maliens de France sont connus et respectés pour leur amour du travail et leur volonté de respecter les lois et valeurs des pays qui les accueillent, en l’occurrence la France. L’immigration est hautement sensible, nous ne voulons plus que se reproduise en France le scandale de l’été dernier qui a provoqué la mort des Maliens, hommes et femmes, entassés dans des taudis. La seule façon de garantir la dignité, c’est de comprendre que le premier ennemi des Maliens réguliers en France, ce sont ceux qui sont en situation irrégulière, car ils créent les conditions de l’amalgame.
Notre politique est simple, plus de droit pour les Maliens en situation régulière et moins de droit pour ceux qui sont en situation irrégulière. Sur 45 000 demandeurs de visas, 15 000 ont reçu le sésame l’an dernier, soit 70 %. Où est le racisme, où est la xénophobie, où est la fermeture ? »,
s’est interrogé l’hôte du Mali.

Avant d’insister sur l’immigration choisie, qui est selon lui un concept conçu, voulu et organisé entre la France et un pays tiers.

« Si nous ne faisons rien, le racisme et la xénophobie monterait en France. C’est pourquoi, je veux qu’on discute, sans tabous, sans non dit, tous les problèmes, notamment celui du regroupement familial. Comme vous le savez, j’ai proposé au gouvernement et au parlement français un projet de loi qui refonde les principes de notre politique de l’immigration. Il a pour objet de faire à nouveau de l’immigration un atout partagé pour l’économie française et pour les économies des pays d’émigration. Il s’agit, d’abord, de renforcer l’attractivité de l’enseignement supérieur français : je serais triste que les meilleurs étudiants africains aillent par milliers outre-atlantique alors que nous avons en France un potentiel scientifique exceptionnel, et dans lequel le gouvernement entend investir davantage« , a déclaré le ministre d’Etat français.

Ce n’est pas tout, Nicolas Sarkozy estime qu’il est préférable que ces projets d’études portent avant tout sur les domaines où nos économies ont des besoins de compétence. Aussi, propose t-il d’organiser désormais l’admission au séjour des étudiants autour de cette nécessité.

« Nous continuerons bien sûr à accueillir des étudiants africains, en particulier dans les filières identifiées comme les plus utiles au développement de vos pays. Je crois aussi nécessaire, à titre temporaire, d’autoriser les étudiants qui ont obtenu en France un diplôme de haut niveau, à y acquérir une première expérience professionnelle… C’est pourquoi, par exemple, j’ai proposé la création en France d’une formule de comptes épargne développement. Elle consisterait à exonérer d’impôt sur le revenu les sommes épargnées par les migrants, dès lors qu’elles auraient pour finalité de financer ultérieurement des projets économiques dans les pays d’origine. Voilà la logique de co-développement dans laquelle je conçois la politique migratoire française« , a déclaré le N°2 du gouvernement français.

Me Tapo : « on ne rase pas la tête de l’enfant à son insu »

Celui-ci estime que la France et l’Europe doivent concentrer leur aide sur les cinq grands défis du continent africain : la jeunesse, sa formation et son accès à l’emploi, l’urbanisation et le développement des infrastructures, le monde rural et le développement agricole, l’aide en faveur de l’Afrique afin de lui permettre de prendre toute sa place dans le commerce mondial, l’accès aux soins et la lutte contre les grandes pandémies.

Au cours des débats, le Bâtonnier, Me Kassoum Tapo et non moins Vice-président de l’Assemblée nationale a rappelé à Sarkozy un proverbe malien « on ne rase pas la tête de l’enfant à son insu« .

Avant de poser la question de savoir si la loi adoptée sur l’immigration sera abrogée comme cela avait été le cas avec les « bien faits de la colonisation » et le Contrat première embauche – CPE- dans la mesure où il n’y a pas eu de concertation avec les principaux intéressés que sont les Africains.

Et le conférencier de répondre : « je ne vais raser la tête de personne. Vous êtes députés et vous savez que la loi trace le cadre général. Donc le débat n’est pas fermé. C’est pourquoi, je suis à Bamako aujourd’hui, en ce moment, pas après ou avant. J’ai fais exprès d’être au Mali tout juste après le vote de la loi. C’est en ce moment qu’il faudrait y être pour l’expliquer et discuter avec vous« .

Trois autres personnes dont le président de l’AMDH, Me Ibrahima Koné, ont également interrogé Sarkozy. De ses réponses, on retient que depuis sa nomination dans le gouvernement malien en qualité de ministre de l’Intérieur, il n’y a pas eu de charters en direction du Mali. « Je refuse l’immigration zéro, incontrôlée et sans limite. Ceux qui n’ont pas de papiers seront reconduits à la frontière« , a-t-il martelé.

Auparavant, Nicolas Sarkozy avait été reçu par le président de la République, le Premier ministre et le ministre en charge de l’Administration Territoriale et des Collectivités locales. Il avait visité également l’ambassade de son pays et deux projets financés dans le cadre du co-développement.

Chahana TAKIOU

19 mai 2006.