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Niankoro Yeah Samaké , candidat à la présidentielle de 2012 :« Ceux qui ont pillé, depuis 30 ans ce pays ne méritent pas de le diriger»

A la faveur de la rencontre avec ses clubs de soutien, le mardi dernier à Ouélessébougou, le président du Parti d’Action Civique et Patriotique (PACP), Niankoro Yeah Samaké, nous a accordé une interview dans laquelle il évoque, entre autres, les raisons qui l’ont poussé à se porter candidat à la présidentielle de 2012. Pour lui, « le Mali n’est pas pauvre. Ce sont ses dirigeants qui l’ont appauvri ». Pour le président du PACP, les hommes et femmes qui mangent dans la main du pouvoir ne peuvent pas dire la vérité. Ce jeune homme, qui vient d’obtenir les bénédictions et le soutien du Djitoumou, se dit prêt à briguer la succession du président ATT. Interview.

L’Indépendant : Quelles sont les réelles motivations de votre candidature ? Vous êtes maire de Ouélessébougou mais vous vivez également aux Etats-Unis, d’où ce sentiment chez certains que votre candidature est une plaisanterie étant un Malien de l’extérieur, loin des réalités quotidiennes de ce pays…

Niankoro Yeah Samaké : D’abord je voudrais dire que je ne suis pas un Malien de l’extérieur. Je suis maire de Ouélessébougou depuis deux ans. Les mêmes motivations qui ont fait que je suis devenu maire sont exactement les mêmes motivations qui font que je suis aujourd’hui candidat à l’élection présidentielle de 2012. En janvier 2009, en séjour à Ouélessébougou, j’ai observé le pool des candidats à la mairie de la commune et j’ai été quelque peu sceptique quant à la capacité de ces candidats à atteindre pleinement le potentiel du développement de Ouélessébougou. C’est ainsi qu’à trois mois des élections communales, j’ai décidé d’être candidat dans le but de devenir, par la suite, maire.

En retournant aux États-Unis, où j’étais directeur exécutif d’une fondation, j’ai réfléchi encore dans l’avion et suis revenu à la conclusion que les candidats à la mairie de Ouélessébougou que je venais de voir ne m’ont pas convaincu. Et leurs motivations n’étaient pas non plus des plus nobles. Ainsi, j’ai pensé que je ne pouvais pas laisser Ouélessébougou, à laquelle je dois tout, dans de telles situations. Etant parvenu à la conclusion que mon pays, ma commune ont davantage besoin de moi que les Etats-Unis, je me suis décidé à revenir dans mon pays et à servir ma commune.

L’Indép. : Comment c’est arrivé que vous vous soyez mis sous les couleurs de l’URD ? Que vous semblez maintenant avoir abandonné pour créer un autre parti, alors que vous n’avez pas encore démissionné de l’URD qui vous avez fait roi, selon certaines personnes ?

N.Y.S: Ma candidature sous les couleurs de l’URD était un accident de parcours. Seules les populations de Ouélessébougou savent la vérité dans cette affaire. Etant à Bamako ou ailleurs au Mali, on peut dire beaucoup de choses qui ne reflètent pas le point de vue des populations de Ouélessébougou. A l’époque, je n’appartenais à aucune formation politique. Et aujourd’hui encore je le dis : je n’appartiens à aucun organe d’un parti politique.

L’Indép : Il semble que vous n’ayez pas encore démissionné de l’URD ?

N.Y.S :Je le dis, je n’appartiens à aucun organe d’un parti politique. Je ne me contenterais pas de répondre à des allégations. La démission est un acte et je détiens un document qui atteste que j’ai bien démissionné de l’URD. Je pourrais même le publier avec la signature et la réception par le Secrétaire général de la sous-section URD de Ouélessébougou. Je l’ai fait simplement pour m’acquitter d’un droit. Sinon mon nom n’est sur aucune liste d’un parti.

Je suis venu, à l’époque, sur la liste de l’URD parce que les partis politiques à Ouélessébougou étaient en manque de leader. Et quand j’ai annoncé ma candidature, les partis politiques se sont précipités pour me proposer d’être leur tête de liste. J’ai accepté la proposition de l’URD car mon jeune frère, Bourama Samaké, figurait sur la liste de ce parti. C’est lui qui m’a proposé de me céder sa place car l’URD n’a pas de candidat valable. Voilà comment, je suis venu à l’URD.

L’Indép : Au meeting de vos clubs de soutien, vous avez critiqué la « gestion de 30 ans » de nos dirigeants. Pourquoi, ce repère ?

N.Y.S : C’est tout juste un repère générationnel. Ceux qui sont au pouvoir pendant 30 ans sont de la génération vieillissante. Cette génération doit aujourd’hui s’asseoir et bénir la génération courante qui a plus de vigueur.

L’Indép. : Vous pensez à qui précisément s’agissant de la génération vieillissante ?

N.Y.S : Il ne m’appartient pas de classer telle ou telle personne dans ce camp. Mais les Maliens savent qui est de la vieille garde. Ils savent qui détient le pouvoir depuis 30 ans. Et quel a été le niveau de leurs prestations. La gestion inefficace des ressources a appauvri ce pays. Le Mali dispose de ressources humaines et d’importantes ressources naturelles qui ne peuvent permettre de croire que le Mali est un pays pauvre. Et cela me fait mal au cœur qu’on traite ce pays noble, riche, d’un pays pauvre.

L’Indép : Vous avez déjà déclaré votre candidature à l’élection présidentielle de 2012. Avez-vous les moyens de votre campagne quand on sait que les élections coûtent très chers aux candidats ? Combien de milliards FCFA avez-vous pour votre campagne ?

N.Y.S : Je ne dirai pas combien de milliards FCFA…On est en précampagne. Des hommes et des femmes, convaincus d’une vision, se sont organisés. Certainement que nous avons les moyens de battre campagne sur l’ensemble du territoire national. Mais notre force ce n’est pas l’argent mais le mouvement que nous sommes en train de créer. En nous basant sur la génération courante. Cette génération qui a des talents, des capacités de donner un élan à ce pays. Notre force réside en ces Maliens-là. Bien sûr qu’il faut également de l’argent mais l’argent seulement ne suffit pas. Il faut des ressources humaines.

L’Indép. : A quel moment envisagez-vous la tenue du congrès de votre parti ?

N.Y.S : L’assemblée constitutive a eu lieu et les dossiers transmis au ministère de l’Administration territoriale et des Collectivités locales. Nous attendons le récépissé et pensons que cela ne saurait tarder. Le processus étant fluide et transparent.

L’Indép. : Il semblerait que le président ATT vous apprécie. Que pensez-vous de sa gestion du Mali?

N.Y.S : Je me contenterai tout juste de dire que j’ai beaucoup d’admiration pour ATT. Il a beaucoup investi dans les infrastructures dans ce pays. Je l’admire également pour le consensus qu’il a pu créer autour de lui. Moi, je ne suis pas un homme de consensus. La contradiction est en fait génératrice de développement. Là où il n’y a pas de contradiction, il n’y a pas de progrès. Mais c’est toujours à l’avantage d’un homme politique de créer un consensus autour de sa gestion. Il a sonné la mort des partis politiques dans ce pays-là.

L’Indép. : Est-ce une bonne chose d’avoir occasionné la mort des partis politiques?

N.Y.S : Les partis politiques s’y sont prêtés. Car, pour la plupart, ils mangent dans la main de l’Etat. Alors qui est au pouvoir aujourd’hui contrôle même le verbe des partis politiques.

L’Indép. : Que pensez-vous du projet de reformes d’ATT décrié par certaines formations politiques ?

N.Y.S : Pour la plupart, les réformes sont pour le bénéfice du peuple malien. Mais ce que je reproche, c’est d’abord le manque de communication autour de cette œuvre. En effet, il s’agit de grandes œuvres. Mais il y a aussi des points contestables. Comme, par exemple, l’excès de pouvoir qu’on veut confier à un seul homme. Si je suis président de la République, je ne souhaiterais pas avoir autant de pouvoir. L’autre problème, c’est le timing. Je ne vois pas pourquoi de telles importantes reformes doivent être précipitées. Il faut que notre pays se donne le temps de mieux perfectionner ces réformes-là.

Si j’étais un Conseiller d’ATT, j’allais lui suggérer de s’occuper d’abord des problèmes graves de l’heure durant les huit à neuf mois qui lui restent à la tête de l’Etat.

Propos recueillis par Mamadou FOFANA

L’indépendant du 29 juillet 2011.