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Servir l’humanité est sans nul doute l’oeuvre la plus noble de l’existence d’un homme sur cette terre. Cette vision est partagée par des hommes et des femmes dont les actes posés ont aidé leur communauté, leur société, voire l’humanité tout entière. Comme nous l’avons dit dans notre parution n°3329 du mercredi dernier 30 avril 2008, Nianankoro Coulibaly est de ces hommes qui ont le plus marqué leur passage sur terre en rendant des services multiples à leurs communautés.

Né le 1er juillet 1882 à Niamanan (Somasso) dans la région de Ségou Nianankoro a eu une enfance bien équilibrée digne d’un descendant directe de la ligne de Biton Coulibaly roi de Ségou (52ème génération de Biton Coulibaly).

Un parcours riche et elogieux:

Sélectionné parmi beaucoup de ses camarades de classe, Nianankoro rejoint la section des agents vaccinateurs, considérés comme le corps médical de l’époque et en 1918, il bénéficiera d’une promotion qui l’amènera à sillonner le septentrion de notre pays. C’est lors de son séjour à Tombouctou que Nianankoro tissa de bonnes relations et commencera à se faire une renommée dans l’exercice de sa fonction pour son savoir-faire.

C’est ce savoir-faire qui l’aména en France au nom du Soudan français (actuel-Mali) après une sélection des meilleurs infirmiers à travers toute l’AOF (Afrique Occidentale Française) dans le cadre d’un perfectionnement dans les grands hôpitaux de l’Hexagone dont la médecine était très développée.

Parti en France pour un stage pratique à Paris et à Bordeaux, Nianankoro profitera de cette aventure pour faire la connaissance d’imminentes personnalités administratives, politiques, sociales. Ce qui lui permettra de bien garnir son carnet d’adresses avant son retour au bercail.

Parmi ces personnalités, figure le Général Charles De Gaule, président de la République française avec qui d’ailleurs plusieurs échanges ont eu lieu. Ce stage qui durera 8 mois, permettra à l’enfant de Somasso d’acquérir des connaissances et d’améliorer sa vision sur la médecine en général.


Des competences réconnues :

Au retour, Docteur Nianankoro comme l’appellaient certains, malgré son niveau bien élevé, sera toujours appelé infirmier et sera affecté au plus grand hôpital du Mali à l’époque, l’hôpital du Point G. Sans relâche, Nianankoro Coulibaly s’adonna à la pratique de sa fonction et commença très vite à réaliser des choses incroyables, certains n’hésitaient pas à parler de miracle.

Les administrateurs blancs de l’époque sollicitaient et exigeaient d’être consultés uniquement par Nianankoro alors qu’il y avait des médecins blancs qui étaient les supérieurs de Nianankoro et qui, de surcroît, avaient fréquenté les grandes écoles de médecine d’Europe.

En même temps, certains représentants français, jaloux de la renommée de cet indigène, tenteront des actions contre lui. Mais sans succès, car Nianankoro Coulibaly continue son service à l’hôpital du Point G, jusqu’à son affectation au centre de référence de Koulikoro pour diriger ce grand centre en tant que premier responsable avant l’arrivée d’un médecin blanc.

Une autre tournure dans le destin de Nianankoro

C’est à Koulikoro que le destin de Nianankoro Coulibaly prendra une autre tournure. Naturalisé Français avec bon nombre de ses enfants, Nianankoro Coulibaly s’est très vite attiré la jalousie de certains habitants de la ville de Koulikoro. Bien immunisé centre la magie noire et les gris-gris du côté de son père, Nianankoro avait des connaissances approfondies de la Bible et du Coran et il écrivait et parlait couramment l’arabe.

Koulikoro, l’une des bases importantes des colons français en mission au Soudan dans le cadre de l’AOF, attira vite Nianankoro où il a senti nécessaire d’apporter sa pierre à la construction de cette ville tant importante pour lui. Véridique et pragmatique, l’arrivée de Nianankoro fut un grand soulagement pour les populations et le début d’un combat acharné avec les représentants français dans la ville de Koulikoro.

La première altercation entre Nianankoro Coulibaly et un responsable blanc du régime militaire de Koulikoro intervient lorsque ce dernier envoya ses hommes retirer les bêtes des pauvres populations de force pour faire la fête dans le camp. Face à cette situation d’injustice, Nianankoro se déplacera au camp pour récupérer lesdites bêtes.

Quand ce dernier refusa et menaça Nianankoro de mort, il enverra une lettre au Gouverneur de l’AOF avec ampliation au président de la République française, le Général Charles De Gaule qui était son ami. Et quelques temps après, sur décision hiérarchique, ledit responsable a été démis de ses fonctions et rapatrié en France.

Des témoignages éloquents :

Selon le témoignage de M. El Hadj Ousmane Koné, infirmier à la retraite qui a servi sous la responsabilité de Nianankoro Coulibaly : “J’ai été affecté le 19 février 1950 et Nianankoro travaillait déjà au dispensaire. Nous étions très jeunes et Nianankoro était une référence.

Il nous protégeait contre les administrateurs blancs. Souvent, les Blancs demandaient aux jeunes infirmiers de faire la vaisselle, de nettoyer leurs maisons ou bureaux, Nianankoro refusait cela; il disait que les infirmiers étaient là pour la santé et non pour laver quoi que ce soit. C’était quelqu’un qui avait trop pitié, un grand travailleur…”.

Il nous témoignera aussi que souvent, Nianankoro habillait les jeunes infirmiers en blouses. Aujourd’hui, âgé de plus de 80 ans et habitant de Koulikoro, El Hadji Ousmane Koné n’a rien oublié de cet homme qui a beaucoup révolutionné le domaine de la santé à Koulikoro et au-delà car, les jeunes diplômés des grandes universités européennes venaient fréquemment consulter Nianankoro même pendant que celui-ci était à la retraité chez lui Koulikoro.

Chevalier de l’ordre de la Côte d’Ivoire, chevalier de l’ordre national, Médaillé d’Or de l’indépendance, Nianankoro Coulibaly a été l’un des premiers militants du RDA et l’une des trois premières personnes à créer le bureau du RDA à Koulikoro.

Selon Faïra Diarra, ancien fonctionnaire des messageries africaines (actuelle compagnie de Navigation) résident de Koulikoro : “le RDA était une passion pour Nianankoro Coulibaly. Parce que l’autre parti fort était le PSP de Fily Dabo Sissoko, soutenu par les Blancs, et tous ceux qui n’étaient pas du PSP étaient persécutés par les Blancs.

C’est pourquoi les rencontres du RDA quand Modibo Keïta et Mamadou Konaté venaient de Bamako se tenaient chez Nianankoro à son domicile, les Blancs avaient peur de lui. J’ai servi avec lui à la mairie de Koulikoro en juin 1959 lors de la première législature”.

Les multiples services rendus en tant qu’homme de la santé et responsable politique auront permis à Nianankoro Coulibaly de bâtir une légende autour de sa personne, une légende qui sert aujourd’hui de repère aux jeunes générations.

Les quelques questions que nous nous posons aujourd’hui sont entre autres : Quel était l’objectif principal de Nianankoro Coulibaly? Ses objectifs ont-ils été atteints ? Est-ce que Nianankoro a fait tout cela pour être oublié ?


Moussa KONDO (Stagiaire)

07 Mai 2008