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De petits actes pervers sont si quotidiens dans la capitale qu’ils paraissent désormais la norme.

Cela commence par un simple manque de respect, du mensonge ou de la manipulation. Nous ne trouvons cela insupportable que si nous sommes atteints directement. Puis, si le groupe social dans lequel ces conduites apparaissent ne réagit pas, cela se transforme progressivement en conduites perverses avérées qui ont des conséquences graves. Suivez cette sordide affaire de viol à Niamakoro, un quartier à la périphérie de Bamako sur la rive droite.

Lundi dernier aux environs de 16 h, une femme a été la cible d’agressions sexuelles de la part de son beau-père. L’homme, démasqué par son fils sur dénonciation de sa femme enceinte a été copieusement battu par une foule surexcitée. La victime, une femme analphabète en état de grossesse de près de 8 mois ne comprenait rien à ce qui lui est arrivée. Sous le feu roulant des questions, le vieux indélicat n’a pu nier les faits qui lui sont reprochés.

Agée d’environ 25 ans, convoitée par son beau-père, un quinquagénaire, gardien de son état, F. est effectivement une femme brisée, passive, la tête dans les épaules qui avait de la peine à s’exprimer devant la meute d’observateurs. Interrogée par le frère cadet de son mari, elle a fini par lâcher le morceau, la voix tremblotante. Son père l’a violée.

F. a manifestement du mal à comprendre l’attitude de son beau-père, et pourtant, la violence subie ce jour au domicile conjugal, parle d’elle-même.

De l’avis de nombreux témoins, le beau-père a toujours été attiré par les rondeurs de sa belle-fille à qui il a proposé une partie de jambe en l’air. Surprise par le comportement de « Papa », la belle F. n’a pas hésité d’informer son mari des intentions de son père. Voulant étouffer l’affaire, le jeune a tout simplement décidé de déménager de la concession paternelle. Et c’est à Kalabancoura qu’il élit domicile loin des yeux du père indélicat.

Quelque temps après, piqué par on ne sait par quelle mouche, le vieux prend un taxi pour aller rendre visite à son fils et sa famille alors qu’il ne savait même pas exactement la situation de la famille. Sans scrupule, il appelle son fils au téléphone pour lui faire part de son intention d’aller voir sa belle-fille et ses petits-enfants. Il se trouvait en ce moment juste au rond-point du buffle non loin de la résidence Wassoulou.

Croyant à la bonne foi de son père, le fils vient le chercher et le ramène chez lui avant de demander à repartir à son boulot.

Belle occasion pour « Papa » qui n’attendait que ça. De douces paroles aux promesses irréalisables, il commence à tapoter de haut en bas celle qui a choisi son fils pour le meilleur et pour le pire (sa belle-fille), qui, gênée, reculait imprudemment. Elle trébucha et tomba. Et hop ! Le fruit est cueilli et le péché est commis.

Larmes aux yeux, la belle F., a immédiatement informé son mari du comportement de son père qui ne cessait de la supplier avec un billet de 10 000 F CFA. C’est ainsi que le mari de F. et ses trois frères arrivent. Confondu, le vieux n’a pu nier les faits. Aussitôt la famille a été prise d’assaut par une foule en colère qui voulait en finir avec lui. N’eut été la sagesse des anciens du quartier, le pire allait se produire. Les enfants ont été priés de ne pas porter l’affaire devant la brigade des mœurs.

Idrissa Sako

Les Echos du 22 Janvier 2014