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« Qui sera le prochain ? » Telle est la question que les propriétaires de parcelles d’habitation du titre foncier 1621 se posent. Réunis au sein d’une association dénommée « Siguida Niétaaton« , ils sont en train de remuer ciel et terre pour emmener les autorités à dissuader Lahaou Fofana (qui agirait au nom de la famille Touré de Bagadadji) de démolir leurs maisons.

Mais dans leur campagne, une règle semble être de rigueur : l’anonymat. « Nous souhaitons que vous nous aidiez, mais nous voulons être couverts« , a sollicité un membre de l’association. Cette déclaration est à la hauteur de la peur qui fait trembler les 14 500 âmes et plus de la zone concernée.

Les représentants de l’association ont presque fait le tour de Bamako « pour attirer l’attention de leurs interlocuteurs sur la psychose et la hantise de la démolition d’habitation qui prévalent dans le quartier TF1621-Niamakoro en Commune VI du district de Bamako, plus précisément dans l’îlot 71 et dans sa zone commerciale« , rapporte un jeune habitant du quartier.

Les habitants du quartier ont de bonnes raisons de s’agiter. En effet, M. Lahaou Fofana a surpris le 12 mai dernier Sékou Baradji dont il a démoli la maison. Le problème, c’est que M. Baradji affirme que Lahaou n’avait jamais engagé auparavant une procédure judiciaire contre lui.

Mais ce jour-là, Sékou Baradji n’était pas le seul à recevoir les pelleteuses. Deux parcelles sur lesquelles des maisons étaient construites ont également été balayées, des habitations d’une valeur de 40 millions chacune. Les terrains nus ont été ensuite mis en vente.

Lahaou Fofana que nous n’avons pas pu joindre par téléphone est honni par les habitants du quartier. Ces derniers expliquent que « sur les documents présentés, il est mentionné qu’il (Lahaou Fofana) est le fils de feue Mariam Touré, elle-même fille de feu Lahaou Touré« .

Plus de 30 milliards d’investissements sont réalisés dans les zones en perspective de démolition par Lahaou Fofana. Une population de quatorze mille cinq cent (14 500) âmes y vivent. Par ailleurs, la quasi-totalité des parcelles ont été acquises et construites durant les dix dernières années, pendant que Lahaou Fofana résidait à Bamako. « Pourquoi n’a-t-il pas agi à l’époque ? » s’interrogea un des propriétaires de parcelle.

La rumeur de l’imminence de la démolition d’autres maisons est de plus en plus pesante. « Ce ne sont pas de simples menaces. Pour preuve, un professeur d’université, en la personne de M. Mamadou Guissé a reçu une signification de commandement aux fins d’expulsion sur la demande de Lahaou Fofana. Le tableau n’est pas exhaustif, car de nombreux autres cas existent dans le quartier« , témoigne un autre habitant de la zone.

Les habitants du TF1621 se définissent comme étant des acquéreurs de bonne foi. « Le TF1621 qui couvre environ 147 hectares fut attribué, pendant la colonisation, à feu Lahaou Touré qui fut patriarche de la famille Touré de Bagadadji (une des quatre familles fondatrices de Bamako). La vente des parcelles a commencé à la fin des années 80, après morcellement et partage à l’amiable entre les héritiers du patriarche« , souligne une note d’information sur la démolition de certaines habitations du TF1621.

Suite au non-respect de certains engagements par les héritiers, la justice intervient depuis les années 95-96. Ainsi, les acquéreurs actuels n’ont ni un acte notarié ni un titre foncier individuel.

« Nous n’avons que l’attestation de vente délivrée par les héritiers de feu Lahaou Touré« , reconnaît un membre de l’association.

Les dix dernières années, de nombreux conflits, entre acquéreurs d’une part et héritiers d’autre part, ont marqué la gestion du TF1621. A en croire les membres de Siguida Niétaadon, les acquéreurs sont des victimes exposées aux conséquences de règlements de compte et querelles de succession entre les héritiers de feu Lahaou Touré.


S. T. Diarra

13 Août 2008