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18 Juillet 1918-18 Juillet 2008 ! A 90 ans sonnés, et après les injustices et autres souffrances subies tant dans la vie active que dans le milieu carcéral, celui qui était considéré comme le plus vieux prisonnier politique du monde reste aujourd’hui celui à qui le Ciel a accordé une endurance, une tenacité et une longévité exceptionnelles.

Aussi, ce trait d’esprit de l’écrivain français, Prosper Mérimée (1803-1870), pourrait bien convenir à Nelson Rohlilahla Mandela : “Que l’esprit et l’âme soient entretenus par le feu de l’idéal, alors ni le corps, ni le coeur ne succomberont sous aucun coup, fut-il fatal”.

Celui qui crée des problèmes

Tant que règneront la maladie et la pauvreté, tant que des êtres seront opprimés, il y aura encore du travail à faire ; et aucun être humain ne doit trouver du repos“. Celui qui s’exprimait ainsi sait de quoi il parle, pour avoir passé 27 ans en prison. Vingt-sept années de sa vie sacrifiées pour une cause juste et légitime : la lutte contre le racisme et le ségrégationnisme.

De son vrai nom Rolihlahla Mandela, celui que l’archevêque anglican sud-africain, Desmond Tutu, a surnommé “l’icône de la réconciliation“ voit le jour le 18 Juillet 1918 au sein du clan royal de l’ethnie Thembu, dans la région du Transkeï, située au Sud-Est de l’Afrique du Sud. Même le nom de Mandela représente toute une histoire.

Le nom “Rolihlahla“, qui, en langue xhosa (un dialecte local du pays), veut dire “celui qui crée des problèmes“, lui a été donné par son père. Comme si ce dernier avait deviné en lui une future grande figure de l’histoire.

En effet, des problèmes, Mandela en a réellement créés, et combien ! Des problèmes qui ont plutôt mal commencé, pour se terminer en conte de fée, pourrait-on dire, puisque c’est grâce à celui qui les a créés que l’Afrique du Sud a retrouvé son indépendance, et les Sud-Africains, leur dignité. Toute chose qui parraîssait impensable à l’époque, tant aux yeux des Sud-Africains qu’à ceux de l‘opinion internationale, en général.

Le nom Nelson, Madiba l’a reçu d’un de ses instituteurs qui, ayant constaté que l’élève Mandela adorait particulièrement les exploits militaires de l’Amiral britannique, Vicomte et Duc de Bronte, Horatio Nelson (1758-1805), le “baptisa“ derechef de ce nom. Mais d’autres biographes ont prétendu que ce nom lui a été donné par ses camarades de classe.

Toujours est-il que depuis lors, le nom lui est resté. Du reste, son détenteur l’affectionnait beaucoup. Quant au nom Madiba, c’est simplement le nom de clan de Mandela, comme tout sujet d’une ethnie sud-africaine en détient un.

Aux âmes bien nées…

Dès sa prime jeunesse, Mandela manifeste une tendance très prononcée pour le refus de la domination, la révolte contre l’injustice et la rebellion contre les inégalités sociales. Aussi, pour avoir provoqué un esclandre à propos de l’élection de représentants de son établissement scolaire, il sera déclaré persona non grata et renvoyé de l’université noire de Fort Hare. Mais Mandela n’en a cure.

Aussi plie-t-il bagages en direction de la Capitale Johannesburg et s’enrole aussitôt dans le parti de l’African National Congress (ANC). Avec d’autres jeunes loups aux “dents aussi longues” que les siennes -tel que Oliver Tambo, entre autres-, Mandela crée la Ligue de la Jeunesse ANC.

En marge de ses activités militantes, il exerce le métier d’avocat et ouvre un petit cabinet d’études à cet effet. A ses heures perdues, il flirte avec …la boxe, un sport qu’il affectionne particulièrement. D’ailleurs, bien des chroniqueurs politiques, qui se sont intéressés à la vie de Mandela, ont affirmé qu’il serait devenu un boxeur professionnel si la politique n’avait pas été la plus forte chez lui.

Cet excès d’énergie du bouillant militant, qui commence déjà à faire parler de lui, explique peut-être son goût qu’on dit très déclaré, à l’époque, pour …la gent féménine. C’est comme si le jeune Mandela assimilait ces aventures féminines à un… repos du guerrier, après ses exploits de jeunesse politiques au service de l’ANC.

En 1948, le régime se durcit en institutionnalisant l’Apartheid (le développement séparé des races) à travers toute l’étendue du pays. Alors, à 30 ans, Mandela est choisi pour succéder à Albert Luthuli à la tête de l’ANC. Après plusieurs arrestations, il sera jugé pour la première fois en 1961, pour… trahison. Mais le motif de cette “trahison“ ne sera jamais notifié dans les dossiers du “tribunal”. Aussi sera-t-il acquitté.

Cepandant, le Congrès National Africain (ANC) sera interdit d’activités, et cela, dès 1960. Alors, vers la fin de1961, Mandela réorganise les structures du parti, qui passe ainsi de la lutte clandestine à la lutte armée. Trois années plus tard, Mandela sera de nouveau arrêté, mais cette fois-ci, avec tous les leaders de l’ANC, pour “sabotage et complot contre l’Etat“.

Débute alors le fameux procès de Rivonia qui durera un an (1963-64), et au cours duquel Mandela sera condamné à la prison à perpétuité. Mais cette sentence ne fera que raffermir l’idéal de Rolihlahla Mandela. Et c’est ce jour-là qu’il fera une de ses déclarations restée célèbre depuis : “Mon idéal le plus cher a été celui d’une société libre et démocratique, dans laquelle tous vivraient en harmonie, avec des chances égales… C’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir…”.


De l’ombre naîtra la lumière

Mandela passera ainsi 18 ans dans le bagne de Robben Island au large du Cap, et 9 autres années dans différentes prisons du pays. Mais en dépit des velléités des différents gouvernements sud-africains (qui se sont succédés durant ces 27 ans) d’effacer l’image du désormais célèbre prisonnier de la mémoire collective, l’esprit de Mandela, au contraire, se vivifiait davantage au sein de l’ANC, des populations noires africaines et de la communauté internationale.

Entre temps, le nom de Mandela, devenu depuis un symbole de lutte contre le racisme, se répandait à travers le monde entier, inspirait les artistes et la jeunesse, suscitait l’admiration de toutes les nationalités, et empêchait les dirigeants de dormir du sommeil du juste. Si bien que sous les pressions mondiales, le gouvernement sud-africain est contraint d’entamer des négociations internationales secrètes, qui aboutiront à la libération de Mandela, le 11 Février 1990.

Dès sa sortie de prison, l’ex-détenu N°46664 (un numéro devenu depuis lors célèbre, sinon porte-bonheur) entame des négociations avec le gouvernement du Président Frédérik De Klerk. Un pacte sera alors scellé entre les deux hommes, qui deviendront finalement… des amis intimes. Ce pacte conduira à un accord de transition pacifique voulue surtout par Mandela.

C’est que pour le héros sud-africain, sa libération ne doit pas être source de nouvelles tensions, mais le début d’une nouvelle ère de justice et d’égalités raciales. Quant à Frédérik De Klerk, il entrera ainsi dans l’histoire pour avoir été le dernier Président à mettre fin à l’Apartheid. En 1993, il partagera donc le Prix Nobel de la Paix avec Nelson Mandela.

Le 27 Avril 1994, après son élection triomphale, lors du premier scrutin multi-racial jamais enregistré dans le pays, Mandela, dans son discours, affiche sa volonté de “bâtir une Nation arc-en-ciel, en paix avec elle-même et le monde“. Depuis lors, le terme de “Nation arc-en-ciel“ a été mondialement retenu pour désigner l’Afrique du Sud.

En 1995, pour prouver aux Sud-Africains Blancs qu’il n’éprouve aucune rancune contre eux, Mandela enfile le maillot vert et or de l’équipe sud-africaine de rugby (une équipe à 100% blanche à l’époque) pour célébrer sa victoire lors de la Coupe du Monde de Rugby. Du coup, il ravit le respect et l’admiration de la population blanche sud-africaine. Ainsi, l’Apartheid est définitivement enterré en Afrique du Sud.

En 1998, à 80 ans, Mandela épouse Graca Machel la veuve de l’ancien Président mozambicain Samora Machel, âgée de 53 ans à l‘époque. Ce sera son troisième mariage. Un an plus tard, soit en 1999, Nelson Rolihlahla Mandela “Madiba“ se retire du pouvoir. Et en 2004, il prend définitivement sa retraite politique, à 84 ans.

Oumar DIAWARA (source RFI)

21 Juillet 2008