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Malgré sa popularité et son influence de par le monde, le héros de la lutte anti- apartheid a quitté le pouvoir de son gré pour montrer la voie aux dirigeants africains qu’on peut être utile à son pays sans chercher à être président à vie. Mais hélas ! Non seulement, ils n’ont pas suivi l’exemple de Madiba, mais ils ont dilapidé l’espoir qu’il avait placé en eux pour sortir le continent de l’ornière en précipitant leur pays dans des guerres civiles.

jpg_une-2392.jpgLibérée le 11 février 1990, après vingt sept (27) ans de vie carcérale, l’icône de la lutte contre l’apartheid, Nelson Mandela, accéda, par la voie démocratique, au pouvoir en 1994. Elu pour un mandat de cinq (5) ans, il devient ainsi le premier président noir de l’Afrique du Sud. L’élection de cet ex bagnard inaugurait une nouvelle voie pour une Afrique du Sud longtemps dominée par une minorité de Blancs et une Afrique déchirée par des luttes sanglantes pour la conquête du pouvoir.
D’une part, elle annonçait un nouveau départ pour le peuple sud- africain à bâtir une société sans haine, sans esprit de vengeance et encore moins de domination d’une communauté sur une autre. Et, d’autre part, de montrer aux responsables africains que le pouvoir ne n’aurait être l’affaire d’un clan ou d’une ethnie à plus forte raison de conflit.

La mort de ce grand homme, à l’âge de 95 ans, le jeudi 5 novembre 2013 à Johannesburg, est une perte énorme pour toute l’humanité mais surtout pour l’Afrique qui jusque là n’a pas encore su tirer des leçons de sa grande sagesse et de sa vision pour aller de l’avant. La vie et le parcours de Nelson Mandela constitueront désormais des sources d’inspiration pour tous ceux qui veulent tourner les pages de l’intolérance, de vengeance et de la mauvaise gouvernance. Il serait bon que les Africains se mettent vite à la tâche, eux qui n’ont pas voulu profiter de son vivant, pour se plonger dans des manuels consacrés à ses œuvres pour se débarrer des préjugés et des clichés.
Incarnant le triomphe de l’espoir sur l’injustice, le premier président noir de l’Afrique du Sud, Nelson Mandela, a ouvert la voie de l’alternance aux Africains, qui une fois arrivés au pouvoir à la suite d’élections libres et transparentes, tripatouillent les Constitutions qui limitent leur mandant dans l’espoir de s’éterniser au pouvoir au nom d’une ethnie ou d’un clan. Il est arrivé au pouvoir à un moment où l’Afrique faisait ses premiers pas dans l’organisation des élections démocratiques libres, transparentes et apaisées. Et par des mandats limités, la vie des présidents élus était comptée à la tête de leur pays. L’Afrique du Sud, qui sortait de la ségrégation raciste, n’est pas restée en marge de cette dynamique. Elle a limité le mandat présidentiel à cinq ans renouvelable une fois.

Si à l’époque un homme politique pouvait se permettre de tripatouiller la Constitution de son pays, c’était sans nul doute Nelson Mandela. Car, son aura, sa popularité, son influence et sa vision étaient des atouts qui pouvaient convaincre plus d’un à aider le héros de la lutte anti- apartheid à modifier la Constitution de son pays. Heureusement, il ne s’est pas prêté à ce jeux dans lequel beaucoup de ses pairs africains sont tombés. Mais il s’est contenté d’un seul mandat (1994- 1999). Il venait ainsi, par ce geste, de tracer la voie de l’alternance au pouvoir aux Africains. Malheureusement, son rêve a été brisé.
Les présidents, arrivés à la tête de leur Etat à la suite d’élections libres et transparentes, ont tenté par tous les moyens de s’éterniser au pouvoir. Ainsi, les luttes engagées pour la conquête du pouvoir ont précipité leur pays dans des guerres civiles avec son cortège de déplacés, de réfugiés, de blessés et de morts.
Incapables d’éteindre le feu qu’ils ont allumé pour satisfaire leur sale besogne, ils font appel à la communauté internationale. Cette dernière, sous couvert de l’ONU, délègue une partie de ses pouvoirs aux anciennes puissances colonisatrices qui retournent sur le continent avec armes et bagages sans qu’on ne sache réellement la date de leur départ définitif.

Jamais, cela n’a été le vœu de l’ancien président sud- africain, Nelson Mandela. Il a toujours souhaité que les peuples d’Afriques soient les artisans de leur développement et non les autres qui élaborent des projets sans lendemain pour le continent. Les exemples ne manquent pas à ce sujet. On peut citer le Programme d’ajustement structurel (PAS) des années 1980 et les Eléphants blancs.
Il a voulu montrer aux Africains que la seule voie pour le continent est l’alternance au pouvoir, gage de stabilité, de paix et de développement. Il appartient désormais aux Africains de s’approprier de l’héritage qu’il a laissé à la progéniture. Comme on le dit, il n’est jamais top tard pour bien faire.

Yoro SOW

L’Inter de Bamako du 9 Décembre 2013