Partager

Pourquoi Alger et non Nouackchott ?

De source proche du ministère de la Défense et des Anciens Combattants, désormais dirigé par le Général Sadio Gassama en remplacement de l’Administrateur civil Natié Pléah, qui permute avec le premier cité au département en charge de la Sécurité Intérieure et de la Protection Civile, des négociations sont en cours à Alger.

En effet, le ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale, Soumeylou Boubèye Maïga, accompagné de Zeïdane Ag Sidi Alamine, ancien rebelle et diplomate malien, de retour en Chine où il exerçait, et Baba Hama, Conseiller technique au ministère de l’Administration Territoriale, le même qui avait pris part aux négociations d’Alger en 2006, ont quitté Bamako dans la nuit du mercredi 1er février pour Alger. Objectif: inviter l’Algérie à intervenir pour une médiation.
Une doléance que Bouteflika a vite acceptée. Et, selon le journal algérien El Wattan, les négociations ont débuté, le vendredi 3 février, avec des éléments de l’Alliance du 23 mai pour le changement dirigés par Hamada Ag Bibi, le même qui avait signé avec Kafougouna Koné l’Accord d’Alger du 4 juillet 2006.

Alors, attention à la capitulation! Déjà, on peut affirmer ces négociations sont mal parties, puisque les hostilités ont été revendiquées par le MNLA, dont les leaders se trouveraient en ce moment en Mauritanie. Ag Bibi, député d’Abeïbara, est donc disqualifié pour conduire des négociations en son nom. Il ne peut que parler pour l’Alliance, dont il est le porte-parole, qui s’est toujours démarquée du MNLA. Il est cependant vrai que des combattants de l’Alliance ont rallié le mouvement sécessionniste, et seraient devenus membres de cette organisation.

L’Alliance n’a officiellement rien à voir avec les événements de janvier 2012. L’Etat doit donc chercher à avoir comme interlocuteurs de vrais représentants du MNLA, et non des gens qui veulent profiter de la situation et s’imposer comme incontournables.

Aujourd’hui, l’Algérie également n’est pas qualifiée pour conduire à elle seule la médiation. Autant Ag Bibi est dépassé autant l’Algérie l’est aussi. Il urge donc de prendre langue avec la Mauritanie, qui héberge les responsables du MNLA, et qui accueille dans les règles établies des refugiés maliens. Ceux–ci sont aussi nombreux en ce moment au Niger voisin.

Pour des véritables négociations, le MNLA et la Mauritanie sont incontournables. On doit donc associer aux négociations en cours à Alger ces deux entités, sinon Boubèye n’obtiendra rien de concret et sa mission sera vouée à l’échec. Il est vrai qu’en 2006 c’est Kafougouna qui avait conduit les négociations qui ont abouti à l’Accord d’Alger du 4 juillet de la même année. Mal négocié, cet Accord a divisé le Mali et les Maliens. La Société civile, la CSTM et RPM s’étaient désolidarisés du document, parce que, selon eux, il ne «garantissait pas la sauvegarde de la paix dans le Nord – Mali ». En 2006, l’Etat maitrisait mieux la situation qu’aujourd’hui. Pour autant, les négociations ont tout accordé aux bandits de Kidal. En 2012, tout porte à croire qu’ils auront plus que dans l’Accord d’Alger.

C’est dire que l’Etat est sur la voie de la capitulation, ce qui serait inacceptable par le peuple malien. Oui, il faut des négociations. Mais il faut aussi rester ferme sur l’indivisibilité du territoire et le non retour des déserteurs, des voleurs de voitures et de munitions dans l’armée. Il faut aussi refuser d’accorder aux assaillants actuels des avantages faramineux que le pays ne pourra pas supporter et, surtout, ne plus faire de promesses insoutenables pour l’équilibre de l’Etat, qui pourraient de nouveau conduire, l’un de ces quatre jours, à une autre «rébellion».
Boubèye pourra t-il réussir là où Kafougouna Koné a échoué? Le temps nous le dira.

Chahana Takiou

6 Février 2012