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La section syndicale de la douane, suite aux résultats des travaux de la commission de conciliation, vient de lever son mot d’ordre de grève. Mais, malgré les énormes concessions que le gouvernement a consenties, des interrogations persistent quant aux motivations réelles des douaniers.

Le 15 juillet dernier, la section syndicale des douanes a tenu une conférence de presse au cours de laquelle elle a manifesté sa volonté d’aller en grève si certaines de ses doléances n’étaient pas satisfaites par le gouvernement. Deux jours plus tard, le département en charge de la fonction publique a mis en place une commission de conciliation pour gérer le préavis de grève déposé par les douaniers le 07 juillet.

Dès le lendemain de sa mise en place, soit le 18 juillet, cette commission présidée par Mamadou Lamine Diarra a siégé en présence des représentants des deux parties conduites respectivement par Ahmed Mohamed Yahia, conseiller technique au ministère du travail, de la fonction publique et de la réforme de l’Etat, représentant le gouvernement, et Iboun Maïga, de la section syndicale des douanes.

Le préavis de grève est relatif à l’exécution d’un point du protocole d’entente entre gouvernement et douaniers, à l’application de toutes les dispositions du décret 038 du 27 janvier 2000, et à l’abrogation de certaines décisions de recrutement dans la fonction publique. La commission de conciliation a produit son rapport le 22 juillet.

Sur le premier point, le gouvernement s’est engagé à formaliser l’intégration de 300 agents contractuels de la douane dans un délai de deux mois.

Il faut signaler que l’intégration de ces 300 agents est une vieille revendication qui date des années de la gestion de Alpha Oumar Konaré. Ce n’est qu’en 2006, que le problème a fait l’objet de véritables négociations et que le gouvernement avait promis de prendre des dispositions pour qu’ils soient régis par le statut général de la fonction publique.

Pour ce qui est du statut autonome, autre point du protocole d’entente, le gouvernement se dit favorable à un statut particulier à formaliser par voie de décret. Ce statut particulier prendra en compte toutes les spécificités de la douane. Le processus aboutira au plus tard en janvier 2009. Le représentant des gabelous, quant à lui, veut que ce soit « un statut particulier très amélioré ».

Sur le deuxième point, relatif à l’application de toutes les dispositions du décret 00-038/P-RM du 27 janvier 2000, le gouvernement s’est engagé à formaliser l’arrêté prévu à l’article 10 dudit décret dans un délai de trois mois.
Un troisième point concerne l’abrogation des décisions n°08-554/MTFPRE-DNFPP du 14 avril 2008 et 08-1030/MTFPRE-DNFPP du 25 juin 2008.

Là encore, le gouvernement s’est engagé à ne plus recruter des contrôleurs de douane journaliers et des agents de constatation de douane journaliers, mais également à réviser la liste des emplois à pourvoir et à y retirer les emplois cités.

Suite à ces différentes concessions du gouvernement, la section syndicale a donné son accord et a levé son mot d’ordre de grève.

Malgré ce dénouement heureux, certaines interrogations demeurent.

Concernant le recrutement de nouveaux agents, il paraît curieux qu’un service, qui s’est toujours plaint de la faiblesse de ses effectifs et de ses moyens, en vienne à refuser un renfort de personnel.

En outre, ce recrutement est intervenu à la suite des besoins exprimés par le ministère des finances et entériné par celui en charge de la fonction publique et du personnel de l’Etat, seules voix autorisées pour ce faire. Car, il n’est pas du ressort d’un syndicat de s’opposer à un recrutement de personnel ou de commander un renfort d’effectifs.

Les douaniers veulent-ils préserver une chasse gardée ? Il est de notoriété publique que les stagiaires mis à la disposition des services des douanes, par exemple, par l’APEJ, pour leur pré qualification, ont toujours manifesté leur mécontentement. Selon beaucoup d’entre eux, les douaniers ne leur montrent rien, ne leur apprennent rien, ne les aiment pas.

Par ailleurs, les nouveaux agents ont été recrutés conformément aux dispositions du décret 038 fixant les conditions de travail du personnel de l’administration relevant du code du travail.

Il faut préciser qu’en fait de « vaste recrutement », sur les 142 agents qui viennent d’être recrutés pour le compte du ministère des finances, seulement 36 sont affectés à la Douane, en qualité d’agents de constatation journaliers et contrôleurs journaliers. Ces appellations sont fixées par la classification des emplois annexée au décret 038 signé depuis le 27 janvier 2000.

Par conséquent, il est étonnant que ces appellations de corps soient étrangères aux syndicalistes douaniers, de même qu’il est surprenant que ces titres soient à la base de confusion de responsabilité, d’autant plus que les 36 nouvelles recrues sont appelées à jouer un travail d’appui.
Pour s’opposer à ce recrutement, le syndicat douanier a mis en avant la non intégration des 300 contractuels, c’est-à-dire une vieille affaire qui date de l’ère Alpha Oumar Konaré.

Selon plusieurs témoignages, ce sont plutôt certains hauts responsables de la douane qui se sont régulièrement engagés à geler l’intégration des contractuels. Toujours la sempiternelle opposition au partage du « gâteau », parce que, d’après les études des services techniques autorisés, l’effectif qui vient d’être recruté (36) est vraiment insignifiant, les besoins de recrutement dans la douane étant énormes à tous les niveaux (toutes catégories confondues)

CHEICK TANDINA

24 Juillet 2008