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Tout indiquait et tout était prévu pour la signature le mardi 11 juin de l’accord tant attendu entre le gouvernement et les groupes armés du MNLA après le rendez-vous manqué du lundi 10 juin. Mais le lundi après-midi, à l’issue d’une rencontre entre l’émissaire spécial du président de la République du Mali et le MNLA/HCA sous l’arbitrage du médiateur de la Cédéao, Blaise Compaoré, nous avons appris que demain n’est pas encore la veille de la signature de l’accord. Tiébilé Dramé, qui venait d’avoir la dernière mouture du projet d’accord intérimaire, s’est rendu immédiatement dans la soirée à Bamako pour consultation.

La rencontre d’une heure environ (de 17 h 15 à 18 h), au palais de Kossyam entre Blaise Compaoré, le médiateur de la Cédéao, l’émissaire spécial de Dioncounda Traoré, Tiébilé Dramé, et le MNLA/HCA en présence du haut représentant du secrétaire général de l’ONU, du haut représentant de l’UA, du représentant spécial de l’UE, a abouti à des déclarations.

Le premier à intervenir devant la presse locale, malienne et internationale dans la salle de presse de la présidence du Faso a été Tiébilé Dramé. Celui-ci a, en 23 secondes, déclaré « nos remerciements au médiateur de la Cédéao, le président du Faso. Pour ce qui concerne la délégation gouvernementale, nous venons de recevoir un projet d’accord préliminaire et nous allons nous rendre à Bamako pour consultation avec les autorités. Nous allons retourner à Ouagadougou très bientôt… »

Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale du Burkina Faso, Yépèné Djibril Bassolé, a succédé Tiébilé Dramé au pupitre. Le chef de la diplomatie burkinabé a indiqué que le médiateur de la Cédéao a remis le projet d’accord aux deux parties, prenant en compte les observations qui ont été formulées de part et d’autre. Selon lui, les deux parties ont jugé utile de retourner pour faire un compte-rendu à leur base et à leurs mandants afin de revenir demain (mardi, Ndlr) pour l’adoption finale du document.

Djibril Bassolé a ébauché le contenu du projet sur des points qui constituaient des préoccupations comme le déploiement de l’armée malienne à Kidal, le désarmement du MLNA. Selon lui, s’agissant du retour de l’armée, « un accord a été trouvé sur les modalités d’un retour pacifique réussi des forces armées et de sécurité dans la région de Kidal en même temps que l’administration et les services sociaux de base au nord », a-t-il indiqué.

Il trouve le dispositif idéal avec la présence des forces de la Misma et de la Minusma, ce qui va à ses dires « éviter des incidents et désagréments qui peuvent rompre la confiance et perdre l’objectif d’organiser l’élection présidentielle le 28 juillet 2013″.

Le chef de la diplomatie a fait savoir « qu’un des points importants de l’accord est la création d’une commission mixte de sécurité comprenant les éléments représentant des parties (MNLA et de l’armée malienne) qui va immédiatement se mettre au travail à Kidal pour déterminer les modalités de retour de l’armée mais surtout pour créer le bon esprit. Parce que, ce que nous souhaitons c’est que les élections se tiennent à bonne date et pour cela, il faut que l’environnement sécuritaire soit propice. L’environnement sécuritaire ne sera propice que si l’armée retourne à Kidal dans de bonnes conditions », a-t-il expliqué.

Il a fait cas des inquiétudes du MNLA eu égard à des incidents et le désir pour le gouvernement de voir se redéployer sans condition son armée et ses forces de sécurité à Kidal. Deux préoccupations qu’il trouve fondées. « Maintenant, il s’agit pour la médiation de trouver une formule de compromis, un terrain d’entent sans grand dommage », a souligné M. Bassolé.

Le document, à en croire M. Bassolé, parle aussi du désarmement et du cantonnement du MNLA. Sans avancer de date, il a ajouté que les conditions sécuritaires seront créées avant le 28 juillet pour que les hommes et les femmes puissent voter à Kidal.

Dans les coulisses des négociations, nous avons appris que la commission mixte de sécurité est un sujet qui fâche Bamako. L’émissaire spécial du président de la République ne voudrait pas prendre la responsabilité d’approuver un document dont il a pris connaissance dans la salle, où il est indiqué que les forces armées nationales et celles qui sont issues de la rébellion vont constituer une force mixte de sécurité.

Ce qui motive son déplacement de Bamako pour rencontrer Dioncounda Traoré et retourner à Ouaga mardi pour dire son dernier mot. Il y a encore du clair obscur dans cette affaire.

Le flou et la course contre la montre

Aucune information ne filtrait sur la signature ou non de l’accord intérimaire entre le gouvernement malien et le MNLA/HCA attendue le mardi 11 juin 2013. Un flou entretenu par le voyage à Bamako de Tiébilé Dramé dans la nuit de lundi, pour consultation des plus hautes autorités du pays sur le projet d’accord préliminaire dont copie venait de lui être remise en même temps qu’à la délégation du MNLA par le Médiateur de la Cédéao, Blaise Compaoré.

Mardi aux environs de 15 h, nous apprenions que Tiébilé Dramé était en audience chez le président de la République, Dioncounda Traoré après un tête-à-tête avec le Premier ministre Diango Cissoko. Nous ignorons si Tiébilé Dramé doit retourner dans la même journée avec un document validé par Bamako pour son adoption définitive le mardi.

Au moment où nous mettions sous presse, tout était encore dans l’expectative et des informations nous faisaient état d’un voyage à l’étranger du Médiateur de la Cédéao, le président du Faso, Blaise Compaoré, le mercredi 12 juin.

Abdrahamane Dicko

(depuis Ouagadougou) | 12 juin 2013