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BAMAKO (AFP) – Le chef de la diplomatie du Burkina Faso, pays médiateur dans la crise malienne, est arrivé mercredi à Bamako pour tenter d’arracher l’accord des autorités maliennes au compromis conclu avec les rebelles touareg occupant Kidal, dans le nord du Mali.

Le ministre Djibrill Bassolé et des diplomates (ONU, Union africaine, Union européenne, France, entre autres), qui appuient les négociations engagées à Ouagadougou depuis le week-end dernier, ont été accueillis à l’aéroport par le ministre malien des Affaires étrangères Tiéman Coulibaly, avec qui ils ont eu un premier entretien, a constaté l’AFP.

« La délégation s’entretiendra avec le président (malien par intérim) Dioncounda Traoré pour lever les derniers blocages », a indiqué à l’AFP l’un de ses membres.

Si les blocages sont levés, « l’accord pourrait être paraphé à Ouagadougou » avec l’émissaire principal de Bamako dans ces discussions, l’ancien ministre Tiébilé Dramé, selon la source au sein de la délégation de Djibrill Bassolé.

Un accord pourrait être conclu « ce (mercredi) soir, ou demain (jeudi) », a avancé une source proche du pouvoir malien.

Actuellement dans la capitale malienne, Tiébilé Dramé a assuré à l’AFP que « les consultations en cours ne remettent pas en cause ni le processus de négociations, ni la signature de l’accord », mais sans s’avancer sur une date de signature.

Mardi soir, le régime de Bamako avait fait savoir qu’il était prêt à « signer le document de paix mercredi » si « quelques amendements » y étaient apportés. Des modifications qui ne sont « pas de nature à dénaturer le texte initial », a-t-on ajouté.

L’enjeu du désarmement des rebelles

« J’ai vu le texte hier (mardi), qui est un bon texte, et j’espère, si possible, qu’aujourd’hui même, il sera signé », a déclaré le chef de la diplomatie française Laurent Fabius sur la chaîne de télévision France 2.

Bamako ne réclame que des modifications « marginales », a-t-il assuré, estimant que « les bases d’un accord de réconciliation sont réunies ».

Selon une source proche du dossier, les désaccords exprimés par le régime malien portent en particulier sur « le désarmement et les conditions d’arrivée à Kidal de l’armée malienne ».

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Mali: la signature de l’accord entre Bamako et le MNLA a été repoussée

La signature du protocole d’accord entre les rebelles touaregs et Bamako, espérée par le médiateur burkinabé pour ce mardi 11 juin dans la soirée, a été reportée. La délégation du MNLA et du HCUA, partie ce matin à Kidal pour rendre compte de l’avancée des discussions, est rentrée en fin d’après-midi à Ouagadougou. En revanche, les émissaires du gouvernement malien ne sont pas encore revenus de Bamako.

Tiébilé Dramé, l’émissaire du président Dioncounda Traoré, a finalement décidé de rester à Bamako pour la nuit. Il n’y aura donc pas de signature de l’accord intérimaire ce mardi 11 juin, à Ouagadougou. Ce contretemps signifie-t-il que la partie gouvernementale formule de nouvelles réserves sur la dernière mouture du projet d’accord, remis lundi 10 juin par le médiateur, Blaise Compaoré ?

Selon des sources jointes par RFI à Bamako, Tiébilé Dramé a tenu plusieurs séances de travail avec le président malien et le Premier ministre, sans doute dans l’optique de repartir auprès du médiateur avec des réglages, des ajustements, concernant certaines modalités.

Cantonnement des combattants du MNLA

Les points les plus sensibles concernent la façon dont s’opèrera le cantonnement des combattants touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et la façon dont s’organisera le déploiement de l’armée malienne à Kidal. La délégation gouvernementale n’estime pas, pour autant, que la signature d’un accord soit compromise.

De leur côté, après analyse du projet d’accord remis par le médiateur, MNLA et le HCUA (Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad) se sont dits disposés à signer un accord avec le gouvernement malien par intérim, en vue de la tenue de la présidentielle. « Tout le monde est d’accord aujourd’hui sur le fait qu’il ne sera pas possible d’obtenir mieux que ce document. On a certainement des petites recommandations qui l’accompagneront, mais elles ne nous empêcheront nullement de le signer », a ainsi déclaré Mahmadou Djeri Maiga, président de la commission conjointe de négociation des deux mouvements. « Notre disponibilité à aller vers la paix, à accompagner la communauté internationale et à faire en sorte qu’elle continue à nous appuyer pour aller vers une résolution de la crise, est totale », a-t-il également assuré.

Agacement de la communauté internationale

A Ouagadougou, les diplomates africains et européens ne cachent pas leur agacement. Car c’est devant cette même communauté internationale que le président malien Dioncounda Traoré s’est engagé, le 15 mai dernier à Bruxelles, à privilégier le dialogue « avec ses frères du nord » pour permettre la tenue de l’élection à Kidal. Selon un diplomate européen, « toute aventure militaire compromettrait les engagements financiers de la communauté internationale ».

A Bruxelles, New York et Addis-Abeba, tout le monde a les yeux rivés sur Bamako. Les facteurs de blocage sont aujourd’hui dans la capitale malienne, assure un négociateur européen, qui ajoute : « Si le Mali est trop gourmand, il prendra la responsabilité d’un échec lourd de conséquences ».

RFI –
Article publié le : mardi 11 juin 2013 à 20:51 – Dernière modification le : mercredi 12 juin 2013 à 02:32


Négociations de Ouagadougou : Les grands traits de l’accord à venir

Un accord doit incessamment être signé à Ouagadougou dans le cadre des négociations qui se déroulent entre le gouvernement et les bandes armées occupant Kidal. Ce projet d’accord est intervenu après 72 heures de pourparlers sous l’égide du président burkinabè Blaise Compaoré, médiateur désigné par CEDEAO.

Lundi en fin d’après-midi, le conseiller spécial pour le nord, Tiébilé Dramé a regagné Bamako pour s’entretenir du projet d’accord avec le président Dioncounda Traoré et le Premier ministre Diango Cissoko. Les émissaires des rebelles devaient également retourner à leur base pour discuter du contenu de l’accord dont la signature était prévue hier. Les deux groupes avaient été reçus auparavant par le médiateur de la CEDEAO.

Que renferme cet accord ? Pour le moment, seuls quelques passages ont été rendus publics par le chef de la diplomatie burkinabè, Djibril Bassolé. Il s’agit de la cessation des hostilités, des modalités de redéploiement de l’armée malienne suivie de l’administration civile, du cantonnement des groupes armés sous la supervision des forces armées françaises et africaines, de la création d’une commission mixte de sécurité. Après la signature de cet accord, on en saura plus sur les modalités et le calendrier du redéploiement de l’armée malienne et sur le désarmement et le cantonnement des groupes armés quelque part dans la région de Kidal.

Optimiste, Djibril Bassolé croit en la tenue de l’élection présidentielle sur l’ensemble du territoire malien, y compris à Kidal, en raison de la convergence des points vue des différents protagonistes. Soulignant l’implication de la communauté internationale à ces négociations, Djibril Bassolé a laissé entendre que des dispositions sont en train d’être prises pour que politiquement et militairement il y ait un encadrement et un accompagnement des mesures qui ont été adoptées.

Au moment où nous mettions sous presse, les bandes armées occupant Kidal se disaient prêtes à signer « sans problème » le projet d’accord avec le gouvernement proposé par la médiation burkinabè, a indiqué une source au sein de leur délégation. « Nous ne constituerons pas un obstacle au processus », a affirmé cette source. « Le moment venu, on va signer sans problème », a-t-elle ajouté.

De son côté, une source gouvernementale a indiqué que Bamako souhaitait que « quelques amendements» soient apportés au projet d’accord pour être en mesure de le signer aujourd’hui.

A. DIARRA

Essor du 12 Juin 2013