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Après avoir attaqué Kidal le 23 mai dernier, Iyad et ses hommes ont annoncé leur volonté de « négocier » avec le gouvernement malien. Par la même occasion, le chef de file des déserteurs de l’armée nationale, depuis les montagnes de Tegharghart, « exige » la médiation d’un pays étranger.
Certaines raisons pourraient expliquer cette position des insurgés. Tout d’abord, ils voulaient étendre les échos de leur action à l’extérieur et du coup, obtenir une caution internationale d’éventuels accords avec le gouvernement d’Ousmane Issoufi Maiga. Mais une autre raison est la volonté des insurgés à se victimiser aux yeux de la communauté internationale.

Pour mémoire, Fagaga avait lancé sur les antennes d’une radio étrangère un appel à l’endroit de bonnes volontés pour « sauver les Touaregs maliens d’un génocide« .
L’effet escompté : mettre l’opinion internationale sur le dos du Mali, comme en 1992. A l’époque, le parlement européen avait « voté une résolution sur la situation du peuple touareg », après avoir dénoncé « des massacres et des arrestations arbitraires qui ont conduit à l’exode massif des populations civiles ». Aujourd’hui, Iyad semble isolé. A propos des négociations, les autorités maliennes n’étaient pas très réceptives à l’idée d’une ingérence étrangère. En témoignent les propos du Président Amadou Toumani Touré lors de sa dernière rencontre avec la presse, le 8 juin 2006. Selon le Président de la République, les événements intervenus à Kidal et à Ménaka constituent une affaire intérieure. C’est à ce titre que le dossier de la gestion de la crise a été confié au Général Kafougouna Koné, ministre de l’Administration territoriale. Finalement, les autorités maliennes ont du accepter la médiation du voisin. Et pour cause. Alger a été un des parrains du Pacte national. Et le Mali partageant une large une large frontière avec l’Algérie, tout ce qui touche le nord du Mali est étroitement suivi par Alger. En réalité, Iyad et ses hommes veulent une intervention de l’Algérie à cause de leurs accointances dans ce pays. Mais force est de constater que l’Algérie est devenue incontournable pour la stabilité du nord-Mali. Ainsi, si la médiation algérienne a des chances, c’est parce que le pays d’Abdelaziz Bouteflika connaît suffisamment le dossier pour avoir été parrain du Pacte national, ce qui peut constituer un atout pour gérer la crise.

L’Algérie a également une dette morale envers le Mali qui a soutenu sa lutte de libération. Un autre atout de la médiation algérienne est que les principaux animateurs de l’insurrection sont bien connus à Alger. Dans les années 1990, Iyad et certains combattants du MFUA ont séjourné chez Bouteflika. Par conséquent, l’Algérie a une influence certaine dans le milieu touareg. Par ailleurs, l’Algérie a tout intérêt au retour de la stabilité dans le septentrion malien, au risque de revoir son « sud » basculer dans la déstabilisation liée à la présence des groupes islamistes salafistes qui sont très actifs le long de la frontière commune entre les deux pays. L’on se rappelle les accrochages enregistrés, en fin 2005 sur le territoire malien, entre l’armée algérienne et les salafistes. Le bilan était lourd des deux côtés.

Cependant, la médiation algérienne pourrait avoir des limites. Le Mali et l’Algérie ne se regardent pas encore en chiens de faïence, mais leurs relations sont loin d’être cordiales. Pour preuve, le Président ATT n’a effectué, depuis son accession à la magistrature suprême, qu’une seule visite en Algérie. Son homologue algérien non plus ne s’est jamais intéressé au Mali.

Par ailleurs, le Mali n’apprécie pas l’immixtion de l’Algérie dans ses relations externes. Ce fut le cas lors de l’ouverture du consulat libyen à Kidal. A l’occasion, les autorités maliennes n’ont pas cédé face à la pression.
Mais sur un autre plan, les choses s’annoncent difficiles.
Aussi, une des revendications des insurgés à savoir le statut particulier de Kidal, est sans objet, selon de hauts responsables maliens. C’est dire que le négociateur algérien aura fort à faire pour concilier les vues des deux parties sur ce point. En outre, Iyad et ses hommes, pour l’instant, exigeraient la réinsertion socio-professionnelle de nombreux ex-combattants qui avaient déjà bénéficié des financements après la signature du Pacte national en 1992. Les projets financés à l’époque étaient estimés à une dizaine de milliards de nos francs. Aujourd’hui, ces projets sont tombés en faillite. Cette exigence (la réinsertion) nécessiterait plusieurs milliards de francs CFA. Le gouvernement n’est pas prêt à accepter cette doléance non plus. Et aucun partenaire du Mali ne semble prêt à débloquer un centime pour donner satisfaction aux insurgés. S’agissant des déserteurs, l’armée malienne est prête à les accueillir à la condition qu’ils soient soumis au règlement militaire et qu’ils ramènent avec eux les armes de guerre dérobées dans les magasins de Kidal et de Ménaka. En tout cas, la tâche qui attend le médiateur s’avère délicate. Il s’agira pour lui d’abord d’instaurer la confiance entre les deux parties avant de parvenir à un accord.

Soumaïla T. Diarra

20 juin 2006