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Au cours de son séjour européen dans le cadre da la conférence des donateurs, Dioncounda Traoré a fait une double déclaration qui a particulièrement retenu l’attention des Maliens. De Paris à Bruxelles, le Chef de l’Etat a non seulement indiqué le 28 juillet comme nouvelle date du premier tour de l’élection présidentielle, mais aussi il s’est engagé à entreprendre des négociations avec le Mouvement national de libération de l’Azawad. Depuis lors, ces deux déclarations présidentielles font l’objet de discussions dans les bureaux et autres salons feutrés de la capitale malienne. Pour vous, nous sommes allés à la rencontre des Bamakois pour recueillir leurs avis et impressions.

La plupart des personnes rencontrées, à la limite, font du désarmement un préalable sinon, rejettent toute négociation avec quel que groupe armée qu’il soit, malien fût-il. Aussi, elles en veulent au Président de la République pour avoir, encore une fois, choisi l’extérieur pour se prononcer sur des grands dossiers du Mali. Les plus radicales voient en ces déclarations celles d’un pouvoir illégitime, à la solde des grandes puissances.

Aguibou Bouaré, Conseiller Juridique : «L’irresponsabilité du Mnla n’a d’égal que la versalité et l’inconstance de nos autorités transitoires»

J’ai l’habitude de dire à propos de la cacophonie institutionnelle : «si les discours officiels – écrits- des deux têtes de l’exécutif pouvaient ressembler un tant soit peu aux actes posés au quotidien par les autorités de la transition».
C’est dire en réalité que l’on ne retrouve un semblant de cohérence que dans les discours officiels rédigés dans une certaine sérénité ; pour le surplus, nous faisons face au quotidien à une absence totale de visibilité et à une cacophonie structurelle dans le fonctionnement de nos autorités transitoires.
Les Ministres entre eux se contredisent à longueur de journée, certains Ministres remontent la bretelle au Premier Ministre, le Président de la République signe des décrets et les annule le surlendemain, certains décrets sont signés et attendent le moment opportun – lorsque le peuple se serait endormi – pour être publiés, etc.

Dans ces conditions troubles, les réactions du Président de la République par intérim ne devraient nullement surprendre lorsqu’il prend souvent le peuple à contre-pied à partir de l’extérieur. Cette attitude semble congénitale à cette transition. L’on se rappelle que c’est depuis Abidjan que M. Dioncounda Traoré avait déclaré être défavorable aux concertations nationales avant de se raviser, une fois sur le territoire malien, pour enfin annuler purement et simplement lesdites concertations à la faveur d’un report de 24 heures. C’est l’héritage politique – fait de fourberie -laissé aux jeunes générations par nos fameux démocrates.
Curieusement, chaque fois que nos autorités se débinent, le peuple est utilisé comme bouc émissaire, alors même qu’elles débitent des décisions capitales engageant la nation à partir de territoires étrangers sans jamais consulter le peuple. Il est temps que l’on nous dise maintenant quelle portion du peuple – dans quelles circonstances – les aide à prendre de telles décisions !

En définitive, l’irresponsabilité du Mnla n’a d’égal que la versatilité et l’inconstance de nos autorités transitoires, cherchant éternellement leur marque. Vivement que cette parenthèse exceptionnelle se referme.
S’agissant de l’attitude de la France sur la question Kidal, nous souhaiterions qu’elle nous explique le fondement de la protection d’un groupuscule d’individus armés (Mnla) qui plus est refuse- en défiant toute une nation – d’être désarmé, dans une République à la quelle l’on impose une gouvernance démocratique.
Nous avons hâte de découvrir le pacte secret liant la France au Mnla !

Mory Kaba Diakité, Consultant écologue : «Je ne vois pas sur quelle base on va discuter avec le Mnla»

Pour ce qui me concerne et que je pense être l’opinion de bon nombre d’autres compatriotes, c’est qu’à partir du moment où le Mnla est la source de tous nos malheurs et que, dans leurs revendications, ils ne se sont jamais présentés comme étant des Maliens, on ne peut pas discuter avec eux. Car, on ne peut discuter qu’avec des Maliens. Ils se disent être les représentants légitimes des Touaregs alors que l’évolution sur le terrain porte un discrédit sur ces affirmations gratuites. Ils ne peuvent donc se réclamés d’être les porte-paroles d’une frange importante des populations touarègues. Je ne vois donc pas sur quelle base réelle on peut négocier avec le Mnla. D’ailleurs, on va négocier sur quoi ? Ils se disent qu’ils ne sont pas Maliens et à tout moment ils disent vouloir négocier avec l’Etat malien. Cela veut dire qu’ils ne sont pas dans le terreau national et qu’ils sont des indépendantistes. A la limite, nous les considérons comme des terroristes. Pourquoi donc vouloir les obliger à se considérer comme Maliens ? Surtout quand on sait que c’est le Mnla qui a ouvert la porte à tous les autres groupes terroristes tels qu’Aqmi, le Mujao et Ançar Dine. Personnellement, je ne suis pas du tout en faveur d’un dialogue avec des criminels. En engageant le dialogue avec eux, cela voudrait peut être dire qu’ils ne seront plus poursuivis par la CPI, comme s’ils n’avaient rien fait contre la nation. Cela sera bien dommage.

Au sujet de la nouvelle date de la présidentielle, je dois dire que nous avons un président intérimaire qui prend toutes les décisions à l’extérieur du pays. Nous avons été mis devant les faits accomplis lorsqu’il a été décidé de proroger son intérim. Son déplacement à Bruxelles, bien que des résultats monétaires soient à saluer, il y a le prix à payer. Les forces vives ne pouvant pas faire autrement sous peine de violer l’état d’urgence, on nous impose de négocier avec le Mnla et de tenir les élections à des dates qui ne sont pas celles décidées par le peuple. Sinon, à l’heure actuelle, le peuple, dans son écrasante majorité, est meurtrie. C’est vrai qu’à un moment donné, compte tenu du fait que la libération des deux tiers du pays a été fait grâce à son appel, nous l’avons tous salué. Mais des questions essentielles, liées à notre existence en tant que peuple souverain, ne devraient pas être prises à l’extérieur. C’est à l’extérieur, à Bruxelles, pour être précis, que nous avons tous appris que le report de la présidentielle a été effectif. Combien de fois les concertations ont été reportées ? C’était au moins pour avoir un point de vue des forces vives pour que la transition ne soit toujours pas pilotée sous tutelle.

Souleymane Fané, Bourrelier au marché Dibida : «Dioncounda a commis une grave erreur»

Nous ne sommes pas d’accord avec ces négociations parce que le Mnla est à la base de tous les problèmes auxquels nous faisons face. On ne peut pas négocier avec ces gens d’autant plus qu’il nous est difficile de leur faire confiance. On ne peut pas les considérer comme étant des Maliens tant qu’ils prennent les armes contre notre pays. Tout ce qu’on leur demande, c’est de déposer les armes et qu’ils viennent dans la République. En tout cas, il n’est pas question qu’on négocie avec eux.
Par ailleurs, avant de décider à l’extérieur du pays que la présidentielle commencera à partir du 28 juillet, le Président Dioncounda aurait dû consulter le peuple. Si les Maliens décidaient de commun accord de repousser la date de l’élection présidentielle du 07 au 28 juillet, il n’y aurait pas eu de problème. Mais, en prenant la décision de manière unilatérale, il a commis une grave erreur. D’ailleurs, les élections ne constituent même pas le problème mais, encore faudrait-il qu’elles se tiennent sur toute l’étendue du territoire national, mais surtout dans un climat apaisé.

Aminata Cissé, Coiffeuse : «Dioncounda doit consulter le peuple avant de décider quoi que ce soit»

A moins qu’il dépose les armes, je ne vois pas ce qu’on va négocier avec le Mnla. Car, c’est lui, à mon entendement, qui a commencé la rébellion au Nord. S’il ne dépose pas les armes, on le chasse. Pourquoi ne pas faire la guerre si c’est cela la solution.
Au sujet des élections, puisque nous sommes dans un Etat démocratique, la voix du peuple compte beaucoup. Dioncounda doit consulter le peuple avant d’aller décider quoi que ce soit à l’extérieur. D’ailleurs, je ne crois pas que les élections puissent se tenir en juillet puisqu’une partie du territoire national, notamment la région de Kidal, demeure toujours sous occupations des terroristes. Or, pour tenir des élections dans un pays, il faut que ledit pays jouisse de son intégrité territoriale.

Cheick Hamala Dravé, Enseignant à la retraite : « Dioncounda est au service de ceux qui l’ont imposé »

Les négociations sont opportunes à condition que le Mnla désarme. C’est cela la condition première. Puisque c’est des Maliens comme nous, on peut dialoguer avec eux. Mais, on ne peut pas négocier avec un groupe armé. C’est cela qui choque justement. Un gouvernement responsable ne négocie pas avec des groupes armés. Il faut que le Mnla accepte de désarmer.
J’ai été choqué par le fait que Dioncounda a attendu d’être en France pour dire que les élections sont reportées au 28 juillet. C’est vraiment difficile à croire qu’un président qui parle au nom des Maliens et qui les représente à l’extérieur n’attende pas d’être dans son propre pays pour annoncer certaines grandes décisions concernant la vie de ce pays là. Il aurait dû attendre d’être de retour à Bamako pour annoncer toutes ces décisions. Ou bien, il aurait pu, depuis Paris, faire un communiqué qui sera diffusé sur les antennes de l’Ortm, sur celles des radios ou dans les journaux. Mais, puisque c’est un président imposé de l’extérieur, on doit comprendre qu’il est au service de ceux qui l’ont imposé.

Amadou Seydou Traoré dit Amadou Djikoroni, Ecrivain : « C’est un faux problème de parler de réconciliation »

Les négociations ! Elles sont guidées par l’idée qui consiste à dire qu’il y a une réconciliation à opérer. Réconciliation entre qui et qui ? Le Mnla a pris les armes contre le drapeau du Mali, contre l’armée du Mali, contre l’Etat malien, contre la Constitution malienne afin de pouvoir hisser leur drapeau, promulguer leur constitution et chasser d’une partie du territoire national l’Armée et l’Administration maliennes. Donc, le conflit c’est entre le Mnla et l’Etat malien. La réconciliation va se faire sur quelle base? Donc il n’y a pas de réconciliation a envisagé. Parce que s’il y avait des conflits entre des ethnies, on pouvait penser à mettre en place une commission de négociation entre ces ethnies pour qu’elles s’entendent.

Le Mnla, à priori, n’est contre aucune ethnie et aucune ethnie n’est contre le Mnla en tant qu’ethnie. Le Mnla est contre l’Etat malien, le drapeau malien et la constitution malienne. C’est un faux problème de parler de réconciliation. Ceux qui en parlent ne savent pas de quoi il s’agit. Ils sont en train de transposer des schémas d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre comme dans certains autres pays. On pense au Mali que c’est des ethnies qui se sont affronté.

Le cas du Mali se résume comme suit : un groupe d’hommes venu de nulle part qui s’est levé contre le peuple en entier, y compris contre l’ethnie Tamashek. Parce que leur première action a constitué à installer l’insécurité dans la zone occupée par la population Tamashek. L’insécurité a été suivie d’un exode massif vers le sud et vers l’extérieur des frontières. Donc, ces populations nomades qui ont été déplacé de force ont laissé derrière elles leurs animaux, leurs implantations, leurs propriétés et tous leurs biens. Je ne sais pas où on va puiser le motif de réconciliation. La solution en est que ceux qui ont pris les armes n’ont qu’à laisser le drapeau et la nation tranquille dans la mesure où c’est des conditions qui ne sont pas négociables. Je suis de la génération qui a fait face déjà à une rébellion en 1963. Nous avons réussi à mettre fin à cette rébellion en utilisant deux moyens, notamment un moyen politique et un moyen militaire.

L’option politique est de convaincre les populations dans leur majorité, y compris les chefs de fractions et de tribus que ces affrontements sont mauvais et négatifs pour même ceux qui portent les armes. Parce que le bonheur du Mali c’est tous les Maliens qui vont le faire ensemble. Les chefs de fractions à cette époque ont compris. C’est pourquoi en 1963-1964, les chefs de fractions des tribus Tamashek ont désarmé plus de rebelle que l’armée malienne n’en a désarmé. Aussi, nous avons opté pour la solution militaire contre ceux qui ont refusé de déposer les armes. Et d’ailleurs ils étaient minoritaires. Donc les deux options sont à utilisés. Quand les Français sont venus pour l’opération Serval ils ont utiliser quel moyen ? A quelle date ils ont négocié pour récupérer Konna et les autres villes ? Ils ont réglé les choses de leur manière.

Daouda Keita, commerçant au marché Dibida : « Le Président Dioncounda m’a déçu … »

En ce qui concerne la négociation avec le Mnla, je ne partage pas cette option. Ils ont commis trop d’impunité et s’il faut négocier avec eux, je dirais que c’est de l’insulte. Je ne suis pas d’accord avec les autorités de la transition et plus particulièrement le Président, Dioncounda Traoré. Il faut donner le feu vert à l’armée de les mater et sans réserve. Avec la négociation, tôt ou tard ils vont se lever encore. C’est le Mnla qui est à la base de ce que nous endurons aujourd’hui. Le Président, Dioncounda Traoré m’a vraiment déçu de part son comportement. C’est surtout quand il est allé à l’extérieur pour décider du sort de notre pays et sans consulter le peuple. Autrement dit le décalage de la date jusqu’au 28 juillet 2013. Le Ministre de l’Administration territoriale a confirmé la possibilité de la tenue des élections au 7 juillet devant les élus nationaux. Aussi, le Délégué général aux élections l’a confirmé. Maintenant pourquoi le Président Dioncounda Traoré décide de repousser la date ?

Dramane Keita, Diplômé sans emploi : « Le Mnla doit d’abord renoncer à toute idée d’autonomie et d’indépendance »

Je suis d’accord avec la négociation à condition que le Mnla renonce à toute idée d’autonomie, d’indépendance et de séparation. Aussi, si ont doit repousser les élections pour une date ultérieure, je ne vois vraiment pas la raison de négocier. Mais, si les autorités de la transition décident que les élections se tiennent le 28 juillet donc il faut essayer d’entamer la procédure de négociation mais toujours à condition que l’unité et l’intégrité du territoire soient respectées. Le Président, Dioncounda Traoré nous a toujours déçu surtout avec ses décisions prisent à l’extérieure.

Hawa Sissoko, Ménagère : « Pas de négociation avant la justice »

Pour les négociations, je crois que tous les Maliens ont été clairs depuis le début. Pas de négociation avant la justice.
D’abord, avec le mot Azawad qu’ils mettent en exergue, ils ne se réclament même pas Maliens. La preuve lors d’un débat télévisé de TV5, quand le journaliste a posé la question à Moussa Ag Assarid de savoir s’il est Malien. Il a tout simplement ignoré la question. Le mot Azawad est la source de tous nos malheurs. Le Mnla doit d’abord répondre de ses actes et ensuite nous allons peut être négocier leur sort. Un Etat c’est une autorité. Sinon pourquoi la notion de puissance publique. Quant à la décision du Président, Dioncounda Traoré, çà ne doit aucunement nous surprendre dans la mesure où il a été imposé. Aussi, ce n’est pas sa première fois de prendre unilatéralement des grandes décisions qui concernent le peuple à l’extérieur du Mali et sans consulter la base.

Propos recueillis par Bakary SOGODOGO et Ibrahim M.GUEYE

Le Prétoire du 23 Mai 2013