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Le Mali est en passe de devenir une terre fertile pour l’aboutissement des revendications de ravisseurs. La preuve, les preneurs d’otages choisissent toujours notre pays pour ouvrir les négociations autour de leurs revendications. Au cours des dernières années, plusieurs otages européens et du Moyen orient ont été libérés au Mali, grâce à une forte implication des autorités maliennes dans les négociations.

Le fait que les ravisseurs choisissent le Mali même lorsque leurs otages ont été capturés ailleurs, n’est-il pas un indicateur de l’opinion que peut se faire la communauté internationale de notre pays ?

A plusieurs reprises, il a été établi que les personnes enlevées ne l’ont pas été au Mali, mais les ravisseurs se sont arrangés à trouver dans notre pays, des courroies de transmission pour porter leurs revendications en lieu voulu, aux destinataires indiqués, qui sont généralement les hautes autorités des pays dont les ressortissants sont en otage.

Les cas qui défraient actuellement la chronique concernent l’enlèvement de six Occidentaux, à la mi-décembre et en janvier, au Niger et qui sont toujours aux mains des ravisseurs.

La polémique qui était alimentée la dessus, au sujet du lieu de leur enlèvement s‘est estompée avec la sortie médiatique des auteurs : ce n’est pas au Mali mais au Niger que les ravisseurs ont fait leurs prises. Ils ont été capturés fin janvier à la frontière entre le Mali et le Niger. Les touristes étaient en train de rentrer d’un festival de la culture nomade dans la ville d’Anderamboukane lorsqu’ils ont été capturés.

Mais la question aujourd’hui tournera autour de leur lieu et conditions de libération. Et surtout qui en seront les négociateurs, c’est-à-dire les intermédiaires entre les auteurs et la Suisse, l’Allemagne, le Canada, la Grande Bretagne ou tout autre pays qui seraient concernés par la détention de leurs nationaux comme otages. Le Mali en tout cas s’est plusieurs fois illustré par l’efficacité de sa diplomatie qui n’hésite pas à utiliser les ramifications à la base, en impliquant les notables des tribus du nord Mali.

Le cas le plus récents concerne la libération d’un couple autrichien Wolfgang Ebner et Andrea Kloiber qui ont été libérés au Mali, le 30 octobre dernier, grâce à un engagement remarqué des autorités maliennes. Alors qu’ils avaient été pris en otage depuis le 22 février 2008 en Tunisie, et détenus par les ravisseurs très mobiles entre le Mali et les pays voisins, les deux otages ont été finalement remis au président ATT à travers des médiateurs interposés.

L’enlèvement des six Occidentaux a été revendiqué par la branche Maghreb d’Al-Qaïda qui a publié sur internet les photos de quatre otages. Cette organisation a accompagné cette publication d’un message audio sur leurs revendications, rapporte Rfi la semaine dernière (19 février 2009) .

L’image montre selon notre confrère, un paysage désertique, deux hommes (otages) fatigués et deux femmes, une Suisse et une Allemande derrière eux, des hommes armés au visage masqué. Ces otages sont les quatre touristes européens, et non les deux diplomates canadiens enlevés, à la mi-décembre, également au Niger.

La question des otages, puisqu’il s’agit de marchandage, de rançons sur des vies humaines, mais aussi de question de relation internationale et de géopolitique, a bénéficié d’une forte médiatisation. Le porte-parole d’al-Qaïda au Maghreb islamique aurait précisé que son mouvement annoncera ultérieurement les conditions de libération des otages.

A Bamako, une source malienne proche du dossier affirme, selon Rfi que « AQMI exige la libération de deux de ses éléments arrêtés dans un pays du Sahel. Il parle aussi d’une autre condition non précisée. Ces exigences ont été transmises aux autorités canadiennes. Pour l’instant, aucune réaction du côté d’Ottawa qui reste très discret depuis le début de cette affaire», précise notre confrère. Nous n’avons pu obtenir aucune réaction officielle sur le sujet.

Un article de « Romandie News » publié le 23 février sur le site internet « Temoust », évoque l’arrestation d’un suspect: « Les forces de sécurité maliennes détiennent un prédicateur islamiste soupçonné de complicité dans l’enlèvement de quatre otages européens, dont un couple suisse, en janvier. L’homme a été arrêté jeudi dernier, a indiqué lundi un responsable des services de sécurité.

Le prédicateur a été appréhendé dans la localité d’Anderamboukane, à l’extrême nord-est du Mali, près de la frontière avec le Niger. Il a été emmené à la gendarmerie de Gao, a indiqué à l’agence Reuters le responsable des services de sécurité maliens.

Ses papiers indiquent le nom d’Abdalah Ould Salah, mais les enquêteurs les pensent falsifiés.»

Affaire à suivre.

B. Daou

26 Février 2009