Partager

Engagé dans une dynamique de recomposition tous azimuts, le petit monde politique malien surprend ces derniers temps par des revirements spectaculaires, des retrouvailles et rapprochements des plus inattendus. Des démarches qui s’expliquent pour certains par des enseignements tirés de péripéties de l’histoire, mais pour d’autres par des calculs et motivations sur fond de dessein inavoués.

L’étonnant spectacle récemment offert par le Ministre de l’Artisanat et du Tourisme appartient sans doute à la seconde catégorie. Certes la proximité de N’Diaye Bah avec le MC n’était qu’un secret de Polichinelle – depuis les soubresauts ayant entraîné sa suspension au Parti du Soleil Levant -, mais à franchir le Rubicon d’emménager définitivement dans le camp politique d’un autre collègue membre du Gouvernement relève d’une dégoutante bouffonnerie.

Et pour vrai que le départ fracassant du Secrétaire Général ait provoqué des vagues au sein de sa formation d’origine – en sonnant le tocsin d’une inévitable et logique recomposition de la scène politique nationale -, les ardeurs et attentes politiques y relatives n’en sont pas moins émoussées et freinées par les embarrassantes interrogations et présomptions qui pèsent sur ses motivations profondes de la démarche.

À quel dessein un ministre fragilisé par la disgrâce auprès de ses camarades choisirait-il de brûler aussi facilement ses dieux pour débarquer avec armes et bagages dans l’inconnu où il est accueilli les bras ouverts ?

La réponse paraît d’autant plus claire que le contexte est suffisamment instructif sur les motivations de chacune des protagonistes du contrat passé entre le Ministre N’Diaye Bah et le Mouvement Citoyen. Pour le premier les calculs ne vont guère au-delà de l’intérêt évident qu’il éprouve pour un prolongement de séjour au sein d’un Gouvernement, dont le renouvellement est de plus en plus éminente, à en juger par au regard annoncé avec insistance.

Cet objectif n’étant plus réaliste dans le cadre du CNID, la nouvelle formation envisagée par les acteurs du Mouvement Citoyen tient lieu visiblement de tremplin beaucoup plus exploitable pour les irréductibles ambitions ministérielles du chef de file des démissionnaires du Parti du Soleil Levant.

Quid du parti que pourrait en tirer, de leur côté, les nouveaux partenaires politiques de N’Diaye Bah ?

La question n’est guère plus difficile que la première d’autant plus que les éléments de réponse résident clairement dans les intentions de la famille politique du Ministre Séméga d’instrumentaliser le Secrétaire Général du CNID pour des besoins évidents d’impressionner et de provoquer un effet d’entrainement dans le reste de la classe politique.

Mais le projet, selon toute évidence, semble avoir fait chou blanc, à en juger tout au moins par un engouement largement en deçà des attentes des précurseurs du nouveau parti dont l’annonce ne provoque pas, pour l’heure, la saignée annoncée au sein des grandes formations de la place.

Et dire que la satisfaction des intérêts de l’ensemble des parties est pourtant tributaire d’une formation assise sur un degré de légitimité assez solide pour justifier les représentativités conséquent au sein du futur gouvernement. Faute de quoi, il n’est pas exclu que le combat pour les strapontins prenne corps et ait raison de la future formation politique avant même son implantation.

N’Tji Diarra

…………….

Ahmed Diane Séméga :Le Président ATT et moi

L’actuel ministre des transports et de l’équipement et non moins président du CENA du Mouvement Citoyen a de grandes ambitions politiques. Chose parfaitement légitime. Si l’on ne sait encore s’il possède véritablement les moyens de ses ambitions, il ne demeure pas moins qu’il sait parfaitement ce qu’il veut et les moyens de l’obtenir. Toute sa stratégie repose, en clair, sur son idole, le président de la République Amadou Toumani Touré de qui il tient son aura et la reconnaissance politique. Et il espère bien profiter davantage des épaules salvatrices du Président ATT.

Tenez : dans l’interview accordée à notre confrère, « L’Indépendant », il prononce une vingtaine de fois le nom du  » Président Amadou Toumani Touré «  sans compter l’usage du pronom personnel supplétif  » il ». Après ATT, eh bien, c’est lui, Ahmed Diane SEMEGA et personne d’autre :  » Moi, ma préoccupation, c’est construire une force politique qui incarne les valeurs portées par le Président de la République ». Concédons ici que l’usage du  » Nous  » royal aurait convenu. On notera qu’au même moment, il se prive délibérément d’évoquer le seul nom du chef du Gouvernement, M Modibo Sidibé, pour lequel il ne semble visiblement ressentir de bien bonnes choses : « 

L’action du gouvernement malien, sous l’impulsion du Président ATT (…) ». On eut dit que le président ATT est aussi Premier Ministre de son État. La bienséance aurait voulu, là aussi, qu’il évoque les mérites de Modibo Sidibé sous le gouvernement duquel, le PDES a été adopté et mis en œuvre. Ce n’était pas trop demander. Enfin…

B.S.D

Aurore du 02 Juillet 2010.