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La fougue du cheveux afro était bouillonnante depuis le début des années 2010. Mais c’est vers 2014, que le mouvement s’est vraiment répandu au Mali. Telle une révolution capillaire, toutes les femmes semblaient s’être données le mot : « Revenir au Naturel ». Les cheveux afro ont donc fait longtemps la Une des magazines de mode et cela, partout dans le monde.  En effet, le mouvement Nappy ( Une contraction de « Natural & Happy » ) est ré-apparu aux Etats-Unis dans les années 2000. C’est ensuite qu’il s’est diffusé en Europe puis en Afrique, telle une réponse à la crise identitaire des africains. Il fait référence à la gent féminine aux cheveux crépus qui a décidé d’arrêter le défrisage et de laisser leurs cheveux pousser de façon naturelle pour valoriser leur appartenance à la race noire. Néanmoins, cela ne les empêche pas de continuer à réaliser des coiffures qui ne modifient pas la texture des cheveux de manière définitive. Aujourd’hui, la température de la révolution paraît, on ne peut plus basse. La révolution identitaire a laissé place à la tendance des « afro ». Une fausse ou vraie impression ?

Avis contradictoires de deux filles Nappy :

Nènè Keïta, 24 ans  :

« Pour ma part, je pense que la tendance du Nappy n’est pas morte au Mali. Mais ce n’est plus la même ferveur qu’en 2014/2015. Certaines de mes copines ont suivi la tendance et ont renoncé plus tard à cause de la difficulté d’entretenir les cheveux crépus. Mais je pense juste que c’est la conviction identitaire et sanitaire qui leur manquaient. Personnellement, j’ai adopté le Nappy en 2015, après avoir visionné une vidéo de Fatou la Nappy, une youtubeuse, qui encourageait à faire le pas vers les cheveux afro pour nous accepter telles que nous sommes. C’est après une année de réflexion que j’ai sauté le pas, car j’essayais de faire les jolies coiffures de Fatou la Nappy, sans succès. Je n’ai pas regretté une seconde. Jusque-là je suis Nappy. Mais c’est vrai que c’est plus dur à entretenir que les cheveux défrisés. En plus ce que les youtubeuses préconisent, c’est d’acheter les produits naturels sans toxine pour mieux entretenir les cheveux afro. Ils sont un peu chers j’avoue, mais la santé de nos cheveux n’a aucun prix pour moi. Aujourd’hui j’ai gagné en volume et en plus, sans démagogie, mes cheveux sont en bonne santé !  »

Fanta Kanté, 23 ans :

«  Je l’étais ! Mais à cause du dur entretien des cheveux crépus, je me suis défrisée au bout d’une année. Je pense qu’au Mali, on a suivi la tendance des célébrités qui prônent la culture africaine comme Inna Modja, Fatou N’diaye, Roukhaya Diallo ou Solange Knowles. Quand on regarde nos créatrices de mode au Mali, la plupart est Nappy. Donc, on est pas à la traîne de la révolution capillaire. Moi personnellement, je l’ai fait pour assumer mes vrais cheveux et je pense que c’est le cas de beaucoup de filles. La tendance des coiffures afro est plutôt une petite motivation pour garder ses cheveux afros. »

Le Nappy aujourd’hui continu son bonhomme de chemin au Mali. Mais la difficulté de trouver les produits adéquats pour cette chevelure «  de la révolution » rend la donne compliquer.

Ce que recommande Aminata Traoré, propriétaire du salon «  Madame » sis à Niamakoro qui projette de se spécialiser dans le soin et la coiffure Nappy,  c’est de se tourner vers nos produits naturels comme le beurre de karité : « Être Nappy, est synonyme de retourner aux sources. Et le beurre de karité est une de nos sources. Source de bienfaits pour les cheveux et aussi pour beaucoup d’autres choses. Je projette de me lancer dans le soin des Nappy car la clientèle est bien présente. Mais c’est surtout des femmes qui ont vécues en France, aux Etats-unis, au Canada qui se sont installées au Mali. Mais les maliennes d’ici sont aussi friandes sur cette chevelure volumineuse mais c’est surtout pour les coiffures telles que les TWIST-OUT, les curlies, Bantu knouts, les Afro-puff etc…Ce sera en quelque sorte mes offres à ses dames qui veulent rester Nappy. Sinon, oui la tendance est bien présente au Mali. On est toutes un peu Nappy sous nos perruques, nos tresses etc… Mais ici, le Nappy, c’est plus une tendance de la coiffure qu’une révolution identitaire ou une question sanitaire ».

L’autre côté négligé par celles qui suivent la tendance au Mali, comme le dit notre coiffeuse, c’est la question sanitaire qui paraît essentielle ici. Selon le docteur Boubacar Diallo, médecin généraliste : «  Le défrisage contient une substance particulièrement dangereux, la soude et ses dérivés. Plus concrètement, c’est ce que l’on trouve dans le Destop qui sert à déboucher les tuyaux de nos toilettes. La soude caustique est irritante et corrosive pour la peau, les yeux, les voies respiratoires et digestives. A moyen et long terme les produits chimiques du défrisage passent dans le sang et peuvent donner le cancer. Ce mouvement de « Nappy » m’est inconnu, mais si c’est pour arrêter le défrisage, cela ne peut qu’être bénéfique pour la santé des femmes ».

L’énorme business des produits spéciaux pour une chevelure spéciale
Les cheveux afro requièrent des soins spéciaux. Il faut se procurer de dizaines de produits pour soigner le « nappy hair ». Tel refaire sa garde-robe quand on change de boulot. Ainsi, beaucoup de marques cosmétiques ont fait  le pari de rendre « happy » les « Nappy » en proposant des produits adaptés à la texture des cheveux crépus. On peut citer la Marque In’OYA dont une Franco-malienne, Mamy Laure, est une des ambassadrices. Elle aide à la commercialisation de ces produits qui sont même vendus lors des expositions du festival BAMA ART, grâce à la demande grandissante. Cette marque In’OYA propose des masques, pour apporter des vitamines et fortifier les cheveux ; des shampoings hydratants ; des après-shampoings et des crèmes hydratantes à appliquer sur la chevelure quotidiennement. Leur pack « NAPPY-Pack » a d’ailleurs été élaboré dans ce sens. Argan oil, Cantu, Creme of nature, Jamaican black castor, Eco styler ( très connu au Mali ), KeraCare sont entre autres des marque qui se sont spécialisés depuis la déferlante du mouvement Nappy. Mais avant tout, une importante transition est d’abord de mise. Ce qui est le béaba de toute transition capillaire « Nappyste », c’est de faire un big chop. Ce procédé consiste à se couper les cheveux jusqu’à la racine crépue. Si on n’en a pas, il est recommandé de tout couper pour repartir sur de bonnes bases. C’est une transition, où la personne arrête les traitements chimiques, et coupe les pointes abîmées jusqu’à n’avoir que sa texture naturelle.

La question identitaire pour l’émancipation des noirs et afro-descendants est la première cause du mouvement Nappy depuis les années 60 où régnait la ségrégation raciale aux États-Unis. C’est la jeune activiste Angela Davis, militante des droits de l’homme et membre du mouvement révolutionnaire des Black Panthers, en 1966, qui a rendue célèbre la « coupe afro ». Elle symbolisait alors l’émancipation et l’affirmation culturelle des Afro-américains. Mais cette question de l’émancipation semble pervertie aujourd’hui pour laisser place à une tendance capillaire dénuée de connotation  d’affirmation culturelle d’où la renonciation de beaucoup de femmes qui ont sautées le pas. Mais le Nappy est surtout une question d’engagement politique avant d’être une question de mode.

Aïssata Keïta

Bamako, le 18 Janvier 2019

©AFRIBONE