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Jeudi 18 janvier 2007, la nouvelle est tombée tel un couperet sur la tête de surveillants de prison. Le ministre de la Justice, Me Fanta Sylla, par une décision datée de ce jour a muté des agents qui étaient de garde le 29 décembre 2006, jour où six détenus dont trois condamnés à mort ont pris la clef des champs.
Sur les 30 agents, le ministre a muté 25 agents et ignoré les cinq autres.

Or, accusent les « martyrs », les 5 agents « favorisés » font partie de l’équipe de garde du 29 décembre. Ce qui, à leurs yeux, est discriminatoire. « Nous ne sommes pas contre la mutation qui est d’ailleurs un des principes de l’administration. Mais là où le bât blesse, c’est que le ministre a fait du favoritisme », proteste un responsable d’un groupe de surveillants très remonté contre Fanta Sylla.

Pis encore : ceux qui se sont défendus corps et âme et qui ont été sérieusement blessés par les fugitifs font partie des mutés. « S’il devait y avoir favoritisme, ça devait profiter aux blessés qui ont reçu du piment dans les yeux et qui ont été battus avec des barres de fer ». Les surveillants mutés affirment que le ministre, au lieu de signer une telle décision devait chercher à voir clair dans cette affaire. « Un responsable avant de trancher, doit chercher à savoir qui a fait quoi », s’indignent-ils.

Au ministère de la Justice, on ne prête aucune oreille attentive aux complaintes des « rebelles ». Le seul commentaire fait, c’est qu’on ne demande pas à un agent s’il désire être muté ou pas. « On le fait souverainement sans sentiment », affirme un interlocuteur. A ses dires, les surveillants mutés ne sont pas les seuls. « Il y a plus d’une vingtaine autres qui sont concernés par la décision ».

Des agents s’apprêtent dans un premier temps à saisir leur syndicat (le Syntade) afin qu’il intervienne auprès des responsables de la Justice pour qu’ils reviennent sur leurs décisions ou, à défaut, muter aussi ceux qui ont été délibérément ignorés par la mesure. Si la médiation du Syndicat échoue, les agents affirment qu’ils vont attaquer la décision du ministre devant les tribunaux…

Avant la mutation, certains avaient accusé aussi la direction de l’administration pénitentiaire et de l’éducation surveillée de fouler au pied le principe de suspension. « Aucune décision écrite par une autorité que ce soit ne nous est parvenue ».

Le 29 décembre 2006 au moment où des surveillants de prisons étaient partis à la prière du vendredi, 6 prisonniers dont 3 condamnés à mort ont réussi à prendre la poudre d’escampette.

Ils se sont servis de poudre de piment et de barre de fer pour assommer des agents qui ont tenté de déjouer leur coup. Le ministère de la Justice considère l’absence momentanée des agents comme une désertion de poste.

Amadou Sidibé

23 janv 07