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Jeudi dernier, le Niger a connu deux attentats terroristes, les premiers de son histoire. Ces actes criminels se sont déroulés simultanément, à l’aube, dans le nord du pays. L’un à Agadez où un camp militaire a été attaqué d’abord par un véhicule bourré d’explosifs, ensuite par des hommes lourdement armés. Bilan : vingt-quatre soldats nigériens sont tués de même que huit terroristes. L’autre à Arlit, contre les installations d’une mine d’uranium exploitée par le groupe français Areva. Cette attaque fera trois morts, un civil et deux kamikazes.

Le lendemain vendredi, les deux attentas ont été revendiqués par le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (Mujao) et le groupe « les signataires par le sang » de l’Algérien Moktar Belmoktar, un dissident d’Al Qaeda pour le Maghreb islamique (Aqmi). Par ces attentats, ils entendent ainsi punir la France et le Niger qui ont intervenu militairement contre eux et les ont mis en déroute dans le nord du Mali qu’ils occupaient depuis avril 2012.

Mauvaise foi ou hypocrisie

Mais avant même la revendication de ces actes barbares par communiqués sur des sites islamistes, Radio France internationale (Rfi) et la chaine de télévision France 24, les voix extérieures de l’Hexagone, ont affirmé, tout au long de leurs journaux, que l’auteur des drames d’Arlit et d’Agadez n’est autre que le « Mujao malien ». Mauvaise foi ou hypocrisie ? Il n’est un secret pour personne que le Mujao est un groupe salafiste, jihadiste, narcotrafiquant qui a été créé ailleurs en dehors du Mali, que ses principaux responsables ne sont pas des Maliens, que la quasi-majorité de ses combattants sont originaires de pays autres que le Mali. Il est vrai que lors de l’occupation de Gao, pendant plus de neuf mois, ce mouvement terroriste a été rejoint par plusieurs ressortissants des communautés de cette région, les uns et les autres pour des motivations diverses. Il est vrai également que le Mujao a bénéficié de la sympathie et de la collaboration active de plusieurs natifs du nord malien. Il est vrai enfin que le Mujao s’est allié avec le Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla) et le groupe islamiste Ansar Eddine, dirigés par des Maliens. Mais tout ceci ne peut faire du Mujao un groupe « malien ». Surtout que, Rfi et France 24 le savent, les autorités nigériennes ont déclaré que les assaillants sont venus du sud de la Libye, un pays avec lequel le Mali ne partage pas le moindre millimètre de frontière.

Ceci dit, le Mali possède effectivement ses groupes terroristes. Il s’agit du Mnla de Bila Ag Acherif et d’Ansar Eddine d’Iyad Ag Ghali. Ils ont créés et sont animés, essentiellement, par des Touareg. Ceux-ci, après avoir gagné des fortunes grâce à Mouammar Kadhafi, grâce aux administrations successives d’Alpha Oumar Konaré (1992-2002) et d’Amadou Toumani Touré (2002-2012), grâce aux partenaires techniques et financiers du Mali, à travers des agences, projets et programmes gouvernementaux, ont préféré acheter des armes de guerre avec l’argent du développement pour faire la guerre au peuple malien, guerre d’indépendance pour les uns, guerre sainte pour les autres. Rfi et France 24 savent également cela. Mais cela n’empêche nullement ces deux organes, et d’autres, de faire passer les terroristes touaregs pour des anges dont le ciel est sans cesse sombre, dont les régions sont laissées pour compte par les pouvoirs publics maliens. Alors qu’un simple audit de l’aide publique au développement permettra de révéler que les trois régions du nord, de l’indépendance à aujourd’hui, ont englouti des centaines de milliards de francs, plus que toutes les autres régions du pays.

Dans leur rôle

Mais ces deux médias sont dans leur rôle, ils sont la voix extérieure de la France. Or l’ancienne puissance coloniale veut faire quelque chose pour ses chouchous touaregs, ses martyrisés du nord. Elle a d’abord fait fi des mandats d’arrêt internationaux lancés par la justice malienne contre certains terroristes touaregs qui continuent à se pavaner librement chez elle, multipliant les déclarations provocatrices. Ensuite, elle est en train de tout mettre en œuvre pour remettre les terroristes, chassés du nord malien justement par le Mujao, sur selle. Ainsi, l’opération Serval, salutaire il est vrai, est une excellente occasion pour le Mnla et compagnie d’occuper la région de Kidal débarrassée de leurs anciens alliés d’Aqmi, du Mujao et de Boko Haram. Une bonne occasion pour ses leaders de faire de la ville de Kidal une grande usine de blanchiment de terroristes. Ainsi, les terroristes touareg d’Ansar Eddine sont récupérés et recyclés en Mia (Mouvement islamique de l’Azawad), et doivent se joindre aux terroristes du Mnla pour former le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad, la seule structure devant penser et parler à la place de toutes les communautés du nord lors des futures négociations.

Des négociations qui auront bel et bien lieu, à en croire un président par intérim embobeliné de même que son ministre des affaires étrangères. Les deux n’écoutent plus que la voix du maître, François Hollande, président contesté de plus en plus dans son propre pays, la France. Mais de cela, il se soucie peu, il a le Mali à gouverner, et ne se prive pas de décider que non seulement l’élection présidentielle se fera en juillet sur toute l’étendue de « son » territoire malien, mais qu’elle se fera à Kidal avec seulement l’administration civile. Les militaires sont priés de ne même pas s’approcher des portes de cette région.
Et bien entendu, c’est Rfi et France 24, les porte-voix de la France, qui relaient toutes ses informations. Il faut préparer l’opinion publique.

Cheick TANDINA

Le Prétoire du 27 Mai 2013