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C’est en principe ce week-end que se tient à Bamako l’assemblée générale constitutive du Parti pour le développement économique et social du Mali (PDES). Beaucoup de questions surgissent sur les vrais motifs de la création d’un « parti présidentiel » aujourd’hui alors qu’une frange du Mouvement citoyen (MC) celle de l’ancien ministre du Développement social, Djibril Tangara, avait réclamé sans succès l’érection du MC en parti politique.

 » L’histoire ne tolère aucun intrus, elle choisit elle-même ses héros et rejette sans pitié les êtres qu’elle n’a pas élus, si grande soit la peine qu’ils se sont donnée », a dit le penseur autrichien Stefan Zweig. Le Mouvement citoyen (MC) va enfin mener ses activités politiques à visage découvert et le temps a donné raison à un homme, qui, par le passé, s’était vainement battu pour qu’il en soit ainsi. Cet homme n’est autre que Djibril Tangara.

L’ancien ministre du Développement social, de la Solidarité et des Personnes âgées croyait en la nécessité d’ériger cette association tantôt dite « apolitique » tantôt qualifiée de  » politique », qu’il a lui-même contribué à porter sur les fonts baptismaux, au début des années 2000 en parti politique. Une conviction que l’on comprend aisément dans la mesure où le Mouvement était sorti de son cadre associatif pour s’immiscer dans les affaires politiques. Au grand désarroi des textes régissant les formations politiques.

Face au refus catégorique de nombre de ses camarades politiques et du général ATT lui-même, selon des indiscrétions, de voir le MC transformé en un vrai parti politique, Djibril Tangara a jeté l’éponge de la présidence du MC pour créer la Force citoyenne et démocratique (FCD). Selon l’actuel président du conseil d’administration de l’Ageroute, « les textes du MC stipulent que lorsque vous êtes dirigeant d’un cadre politique, on ne peut vous permettre d’être dirigeant d’un organe du MC ». Aussi l’enfant de Kignan avait dans la foulée déclaré que « nous considérons la FCD comme l’aile politique du MC ».

Les intérêts inavoués définissant les plans d’action du réseau de placement des cadres proches du général ATT qu’est le MC, très peu d’actions ont séparé ces déclarations de Djibril Tangara et la décision de faire du MC un parti politique. Au point de révéler la primauté des calculs politiciens au sein des laudateurs du régime en place.

Comme Djibril Tangara avec la FCD, l’actuel président du comité exécutif national (Cena) du MC, Hamed Diané Séméga ou le « fils spirituel d’ATT » note « le soutien inconditionnel » du futur Parti pour le développement économique et social du Mali (PDES) au président de la République. « Avec le président ATT, derrière le président ATT et pour le président ATT », clame le ministre de l’Equipement et des Transports.

La FCD et le PDES se donnent donc comme ambition principale d’accompagner le chef de l’État dans ses œuvres à la tête du Mali et de défendre son héritage politique. Mais à quelle fin ? Là se trouve toute la question. Les prochaines échéances nous en édifieront certainement.
Amis d’hier, adversaires d’aujourd’hui ?

Pour l’heure, l’on imagine mal des dirigeants politiques, de surcroît africains, continuer à se réfugier derrière un président indépendant en fin de mandat. La preuve éloquente est que les démissionnaires politiques de l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) parlent de moins en moins de soutien à ATT, les élections de 2012 occupant de plus en plus leurs esprits.

Souvent dubitatif sur les ambitions du parti PDES pour la magistrature suprême, souvent sans équivoque sur les destinées politiques de la formation qu’il représente, Hamed Diané Séméga affirme tout de même par voie de presse que  » tout parti politique à vocation à se battre pour la conquête et l’exercice du pouvoir, y compris le mouvement politique que nous allons créer ».

D’un seul groupement d’hommes et de femmes aveuglement dévoués à un indépendant, qui n’a pas eu besoin de talent pour « manipuler » à sa guise de hauts cadres, se retrouverait-on avec « deux partis politiques présidentiels ? » Bien que Djibril Tangara ait inlassablement mouillé le maillot pour ATT, notamment lors de sa réélection en 2007, la FCD semble moins bénéficier des faveurs de l’homme du 26 mars 1991. Du moins à s’en tenir aux déclarations publiques du général. Comme sur le futur PDES, ATT n’a jamais eu l’audace de mentionner ouvertement la FCD, pourtant composée de personnes ressources qui l’ont soutenu bien avant son accession à la magistrature suprême.

Se référant au PDES lors de son compte-rendu du 8 juin dernier à la presse, ATT a dit qu’« ils ont ma bénédiction ». Un tel propos n’a été entendu du général à l’endroit de la FCD. Ce qui a tendance à confirmer les allégations que Djibril Tangara serait tombé en disgrâce. Même si l’ex-président du Cena du MC, tout en réitérant son soutien à ATT, ne l’a jamais admis après son éviction du gouvernement en octobre 2007.

Le MC nouvelle version qu’est le futur PDES sera-t-il moins fort sans la FCD que l’ancien directeur des impôts de Mopti, Djibril Tangara, avait appelé « aile politique du MC » ou assistera-t-on à un bicéphalisme autour de « l’héritage d’ATT » ? En tout cas, dans un entretien récent accordé à nos confrères de « L’Expression » en Côte d’Ivoire, où il a passé une partie de son enfance, Djibril Tangara dresse un bilan « satisfaisant » de sa formation politique.

 » Je suis arrivé à composer un bureau de 91 membres, tous du MC. La FCD est une formation jeune, mais elle est costaud par les hommes et les femmes qui l’animent. Et, surtout qui ont une expérience dans l’accompagnement d’un chef d’État. S’agissant des élections communales de 2009, la FCD a participé pour la première fois à une élection générale. Sur les 703 communes que compte le pays, nous avons engagé des candidats sur près de 200 communes, avec des moyens très minces. Au finish, nous avons glané 90 conseillers et quatre maires », s’est félicité M. Tangara.

Des rapports FCD-MC, bon nombre de nos compatriotes retiennent ce problème de siège qui a failli voir Djibril Tangara expulser le MC du local qui abritait ce dernier à Hamdallaye ACI-2000. En définitive, des questions importantes restent pendantes à l’orée de la grande mue du MC en PDES.

Et à défaut d’éclaircissements verbaux des vrais acteurs, les gestes et actes seront assez évocateurs non seulement à l’assemblée générale constitutive du parti présidentiel ce week-end, mais aussi à l’occasion des prochaines joutes électorales.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

14 Juillet 2010.