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Le Mouvement populaire du 22 mars communément appelé le MP22 avait appelé ses militants à une marche le samedi 8 juin. La manifestation qui se tenait dans un contexte d’état d’urgence a été réprimée par les forces de sécurité.

Interdite ? Pas interdite ? L’appréciation du contexte politique du pays diffère selon les acteurs. En appelant ses militants à marcher le 8 juin 2013, les responsables du MP22 se disaient convaincus d’une chose :
«l’état d’urgence impose de la vigilance au peuple mais ne peut nullement signifier une interdiction de manifestation». C’est pourquoi, l’organisation politique a maintenue la marche en dépit de la prorogation de la mesure de restriction des libertés en cours dans le pays depuis plus de cinq mois.
«Le peuple malien avait envie de marcher pour soutenir son armée. Le
MP22 a pris la responsabilité politique d’offrir cet espace parce que nous, nous avions déjà dit «Non» à Serval [opération militaire française en cours au Mali dans le cadre de la lutte contre le terroriste, Ndlr].

Le serval est là pour soutenir le Mnla [Mouvement national de libération de l’Azawad], pour diviser le Mali», a indiqué à Afribone le Professeur Rokia Sanogo, présidente du MP22.

La marche avait, entre autres, pour but d’exiger la présence de l’armée nationale à Kidal encore aux mains du groupe indépendantiste du mnla ; la libération des responsables du syndicat de la police et le retour des orpailleurs de Foroko et de Kobadani récemment chassés des sites miniers dans le cercle de Kangaba.

Tôt le samedi matin, un dispositif impressionnant de sécurité avait été déployé à la place de l’indépendance et le long de tout le parcours que devaiet emprunter les marcheurs. Les premiers manifestants arrivés sur le site ont été dispersés à coup de gaz lacrymogènes. « Cette répression est une déclaration de guerre », a réagi une dame.

L’opération des forces de l’ordre s’est soldée par l’interpellation de plus d’une vingtaine de personnes dont un vieillard qui aurait finalement été libéré. Les personnes interpellées, selon des sources concordantes, doivent être présentées au procureur ce lundi 10 juin.

Pour faire le point de cette situation, le MP22 prévoit la tenue d’une assemblée générale extraordinaire ce 10 juin à 16 heures.

La manifestation aurait-elle été interdite ?

Pour les initiateurs, la réponse est non. « Nous avons déposé une déclaration de marche à la mairie… En retour, nous n’avons pas reçu de document écrit nous disant voilà l’objet de l’interdiction de la marche », a souligné le Pr. Rokia Sanogo. « Les autorités se sont contentées de nous appeler au téléphone pour dire qu’il y a l’état d’urgence », a-t-elle ajouté.
Du côté des autorités, la réponse est plus vague. Pour un policier que nous avons rencontré à la place de l’indépendance, Talk-walki à la main, « Les forces de l’ordre n’agissent pas de leur plein gré ». « Tous ceux qui sont là [sur le terrain, Ndlr] ne sont que des exécutants », a renchéri son collègue inspecteur de police, vêtu en civile.

S. Coulibaly


jpg_une-1873.jpgTrois questions au Pr. Rokia Sanogo, présidente du MP22 : “Nous avons marché pour le Mali”

La marche du Mouvement populaire du 22 mars a été dispersée par la police le 8 juin 2013. Dans cet état de fait, la présidente du mouvement initiatrice de la marche a bien voulu répondre à quelques questions.

Le MP22 avait-il reçu une déclaration d’interdiction de la manifestation ?

Pr. Rokia Sanogo : Non ! Nous avons déposé une déclaration de marche à la mairie. Celle-ci a transmis une copie à la police et une autre au gouvernorat du district de Bamako. En retour, nous n’avons pas reçu de document écrit nous disant « voilà l’objet de l’interdiction de la marche ». Les autorités se sont contentées de nous appeler au téléphone pour dire qu’il y a l’état d’urgence. Nous leur avons répondu que l’état d’urgence nous impose la vigilance pour que des personnes malintentionnées ne puissent pas nous infiltrés.
Notre marche était une initiative de soutien à l’armée pour qu’elle aille à Kidal. C’était donc en faveur de l’intégrité du territoire.

Des personnes ont été interpellées suite à cette marche avortée. Un chiffre exact sur le nombre ?

Nous sommes encore en train de réunir les informations. Mais ce que je peux dire déjà, c’est que cela concerne plusieurs personnes dont le camarade Mohamed Tabouré, secrétaire à la communication du MP22, journaliste de son état. Il est détenu au commissariat du premier arrondissement.

En fait, c’est quand les forces de sécurité ont arrêté des personnes au niveau de la place de l’indépendance, que Tabouré, avec son reflexe de leader du MP22 et de journaliste, les a suivis juste pour chercher à comprendre la situation. C’est ainsi qu’il a été retenu par la police.

Ceux qui avaient des drapeaux maliens ont tous été ramassés et jetés dans des camions. Les gens commençaient à venir massivement. Ils ont été gazés. Au MP22, nous considérons que nous avons marché pour le Mali, pour que l’armée soit à Kidal. Et, voilà que les ennemis du Mali, ceux qui veulent que le Mali ne soit pas libéré par son armée, nous ont gazés à la place de l’indépendance !

Voulez-vous dire que la manifestation a été une réussite en dépit de cette intervention des forces de sécurité ?

La réussite politique est que nous avons maintenu cette marche. Et les populations adhéraient à l’initiative. Elles sont sorties massivement mais elles ont été empêchées d’accéder au lieu du rassemblement. Les forces de l’ordre entraient même dans les rues de Bamako pour chercher à disperser les foules.
Nous avons finalement été obligés de leur dire « Rentrez chez vous sans violence et restez à l’écoute pour qu’on vous donne des instructions ».

Propos recueillis par Seydou Coulibaly

10 Juin 2013

AFRIBONE