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Au moment où les partis politiques, surtout ceux du camp majoritaire restent muets face aux questions brûlantes, objet de préoccupations nationales, l’Alliance pour la démocratie et la justice (ADJ) a décidé de monter au créneau pour jouer pleinement son rôle de sentinelle d’alerte. Dans une contribution qu’il nous a adressée, le président de la coordination de l’ADJ du district, El Hadji Moustapha Soumaré soutient que les problèmes de la Nation pris dans leur ensemble indiquent très clairement que le pays vit une crise politique profonde et pernicieuse.

Après tous les évènements survenus depuis la publication du « Manifeste pour la Démocratie », il apparaît nécessaire aujourd’hui de clarifier certaines choses. L’Association Démocratie et Justice (ADJ) a certainement appelé à la création d’un front pour la démocratie afin d’arrêter l’affaissement des partis politiques et la fragilisation des institutions de la République par la volonté de domination d’un homme ; afin aussi de restaurer l’exercice véritable de la démocratie et aboutir à son ancrage définitif dans notre pays.


Mais après cet appel, avions nous eu raison de devenir membre actif du Front pour la Démocratie et la République ?

La question ne se posait pas pour tous ceux de nos membres militants des partis politiques ayant adhéré au Manifeste, notamment le RPM, le PARENA entre autres. Mais pour tous les autres militants dont les partis n’étaient pas signataires du Manifeste, le dilemme était cornélien. Les débats autour de la question ont majoritairement été pour la participation de l’ADJ au front pour une question de logique simple : appeler à la création d’une structure et rester en dehors était inconvenant.

Toutes les conditions n’étaient peut être pas réunies à l’époque. Et si le « Manifeste pour la Démocratie » a emporté une très large adhésion auprès des militants de beaucoup de partis politiques, leurs états majors ont préféré ne pas franchir le pas, ayant pour la plupart élaboré des stratégies de soutien à la candidature du président sortant. Il ne fallait surtout pas rater l’occasion de se signaler pour une future participation aux affaires, et il ne fallait en aucune manière rater le partage du gâteau. Première bizarrerie de la « démocratie consensuelle » du Mali !


Que vivons-nous aujourd’hui ?

Au sortir des élections précédentes le fait politique (c’est-à-dire le rôle et la place des partis politiques) a une fois de plus été mis sous le boisseau. En effet, comment comprendre qu’il n’ait pas été possible de désigner un Premier ministre parmi la cinquantaine de partis politiques ayant appelé à voter pour le président sortant ? Surtout après des législatives qui ont clairement dégagé une majorité ! Même si cette majorité est quelque peu composite, c’est quand même le camp présidentiel qui est sorti victorieux de cet exercice. Il a suffi de « mettre d’accord » les membres de cette majorité sur un bureau de l’Assemblée Nationale pour que les partis politiques qui la composent ne se préoccupent plus de la gestion de l’exécutif, de leur implication rendue évidente et légitime à cause des résultats des urnes.

Par un saupoudrage savant mais sans règle particulière, l’équipe gouvernementale a été constituée avec un premier ministre, certainement gros travailleur comme son parcours nous le signifie, mais qui n’est pas un homme politique ! Et les politiques supposés avoir fait le gros du travail pour la « brillante » réélection du président actuel n’ont émis aucune protestation et n’ont rien réclamé. Un silence assourdissant s’est installé depuis. Encore une bizarrerie de cette « démocratie consensuelle » du Mali !

Quelle désillusion et quelle aberration : l’amertume est d’autant plus vive que le gâteau paraissait savoureux.

Aujourd’hui plus qu’hier les questions brûlantes de l’heure sont devenues préoccupantes pour le pays. A ce niveau aussi, les partis politiques, surtout ceux du camp majoritaire, sont muets, ils sont comme muselés pendant que ces problèmes, pris dans leur ensemble, indiquent très clairement que le pays vit une crise profonde, une crise politique, latente certes, mais présente et très pernicieuse.

L’exemple concret de ce que nous avançons est la crise du Nord Mali. Tout le monde en parle, tout le monde s’en inquiète, mais personne n’arrive à proposer une solution pour en sortir. Pourtant, il existe un tout petit bout par lequel le problème aurait du être appréhendé : il ne s’agit ni plus ni moins que du terrain politique. A ce jour, aucun parti politique, aucun démembrement de parti politique ni aucun responsable politique dans les zones concernées par cette crise n’ont eu la présence d’esprit de mener la moindre action -ne serait ce que des concertations- et s’impliquer dans la recherche de solutions pouvant apporter la quiétude des populations du nord. Est-il nécessaire de rappeler qu’Ibrahim Ag Bahanga est un élu national ?

Les grands partis présents dans les zones de conflit sont tellement silencieux sur la question qu’on se demande s’ils se sentent réellement concernés par cette crise.

L’implication des partis politiques est de la même manière inexistante dans la gestion de toutes les autres questions d’inquiétude. Aucune proposition émanant des partis politiques sur l’école à l’annonce par le gouvernement de l’organisation d’un forum sur l’école. Comment un parti comme l’Adéma/PASJ a pu se faire piéger autour de la privatisation de la CMDT ? Que comportent les programmes des uns et des autres au sujet de la cherté de la vie ? Quelle analyse doivent-ils faire quant à l’initiative riz ? Quelles peuvent être leurs préoccupations face à la commission de relecture des textes fondamentaux ? Comment s’approprier les conclusions des différents rapports du Vérificateur Général (il s’agit des affaires de la Nation) ? Qu’en sera-t-il de celles de la commission sur la corruption et qu’ont-ils à proposer à cette commission ? La liste est encore longue.

Face à toute cette situation, il est plus que nécessaire pour l’ADJ de monter au créneau et de se sortir du confinement dans lequel il s’est risqué et jouer pleinement son rôle de sentinelle d’alerte, d’aiguillon des partis politiques afin de les inciter à s’assumer et assumer le pouvoir d’Etat. L’ADJ a voulu un front large de défense des acquis de la démocratie et entend toujours y œuvrer pour la préservation de l’idéal de lutte qui nous a amenés au 26 Mars 1991.

Ceci n’est pas une nouvelle tâche, mais bien ce pourquoi le Manifeste pour la Démocratie a été initié : un appel pour que tous les partis, de l’opposition ou non, adhèrent au front pour la préservation de notre démocratie chèrement acquise.

Cette contribution est un appel à tous les militants soucieux du devenir de cette démocratie et une invitation à un débat sein, sans animosité ni insulte de quelque sorte à qui que ce soit.

El Hadj Moustapha Soumaré
Président Coordination ADJ du District

12 Septembre 2008