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De l’avènement de la démocratie malienne à nos jours, le pays tarde à amorcer le développement réel tant souhaité et attendu par les citoyens. Les défis restent toujours énormes et il faut des solutions holistiques et concrètes.
De 1991 à nos jours, quelle analyse faites-vous de la démocratie malienne ?
Moussa Zan Diarra : Bientôt 30 ans de démocratie, l’analyse que nous portons sur la démocratie est vraiment mitigée. Car elle souffre toujours avec la mauvaise gouvernance dont le corollaire, la crise au nord et les conflits intercommunautaires, la crise scolaire et j’en passe. Il faut noter que la mauvaise gestion du pays à creuser un fossé entre les citoyens et les autorités. Alors qu’on ne peut pas parler de démocratie sans la participation citoyenne. Car l’Etat ne parvient pas à assurer ses responsabilités vis-à-vis de la population.
Mais je pense aussi que les citoyens n’ont pas jusqu’à présent compris leurs rôles et responsabilités dans le fonctionnement de la démocratie. C’est à travers les élections que les citoyens sont appelés à élire les dirigeants responsables. Mais nous avons compris que les Maliens ne votent pas et si, on se réfère aux résultats des élections législatives de 2020, sur 7 663 464 inscrits sur la liste électorale seulement 2 726 292 ont participé au scrutin du 29 mars 2020 soit un taux de participation de 35,58 %. Et un taux « d’abstention » de 64,42 % soit 4 937 172 personnes inscrites au fichier qui n’ont pas pu « participer » au scrutin.
Ce chiffre nous montre que les citoyens ne connaissent pas réellement le sens de la démocratie. Car en démocratie, les dirigeants sont élus par le vote. Et quand on ne vote pas pour élire des hommes qui sont à la hauteur pour bien diriger un pays, on ne peut pas aussi parler de la bonne démocratie. Donc, même si une minorité participe au vote et élit un président, députés et ou un maire, la majorité qui n’a pas participé en subiront les conséquences. Sur d’autres angles, nous pouvons également affirmer que c’est le comportement des hommes politiques qui fait que les citoyens ne participent pas aux votes. Car ils ne respectent pas leurs promesses de campagne après les élections.
Pour une réelle refondation au Mali, que devons-nous faire ?
M.Z.D : Pour la refondation, il s’agit d’un nouveau Mali. Et cela commence par la participation et l’engagement des citoyens sans aucune forme de discrimination. Pour cela, il faut un nouveau type de malien. Des maliens qui vont jouer pleinement leurs rôles et responsabilités. Des maliens qui vont exercer leurs devoirs et demander également leurs droits à l’Etat notamment l’alimentation, l’éducation, la santé etc. Les autorités de la transition doivent aussi s’assurer que tous les maliens soient inclus dans le processus de la refondation sans aucune forme de discrimination. Les réformes institutionnelles et politiques doivent être faites dans l’intérêt général des citoyens et non dans l’intérêt des autorités eux même comme on a vu dans les régimes passés. Il nous faut également des dirigeants responsables pour occuper nos institutions, des dirigeants qui vont travailler dans l’intérêt général et non pour leurs propres intérêts. Il faut noter également que la refondation n’est pas possible sans une justice indépendante. Car il ne peut pas avoir de démocratie sans une justice indépendante, juste et équitable. Cela permettra de renforcer la confiance des citoyens en la justice.
L’emploi des jeunes, il faut que l’Etat crée également des emplois pour les jeunes, au moins pour faire face à l’extrémisme violent.
Nous, en tant qu’organisation de la société civile, le RJA estime aussi que les jeunes ont un rôle primordial à jouer dans ce processus. Car notre vision est vraiment d’amener la jeunesse malienne à prendre conscience pour pouvoir donner leur voix et s’impliquer davantage dans la refondation du Mali notamment à travers les élections. Pour cette refondation, la jeunesse doit être le bénéficiaire, mais également un acteur. Pour faciliter, il est temps que les jeunes soient aussi au niveau des postes de responsabilité et décisionnel et cela passe par l’adoption d’une loi pour déterminer un quota pour les jeunes 18 à 30 ans conformément à la charte de l’UA dans les fonctions nominatives et électives. C’est pourquoi depuis 2018, le RJA travaille jour et nuit pour faciliter la participation des jeunes dans la vie publique et politique. Pour mieux toucher les jeunes, le RJA dans le cadre de son projet Jeunesse et la Démocratie au Mali qui est mise en œuvre, le RJA avec l’accompagnement technique et financier du National Democratic Institut (NDI, l’USAID et la Coopération Suisse, a mis en place trois Centres Régionaux d’Information pour une éducation civique et électorales permanente à l’endroit des jeunes. De janvier à maintenant, ces centres ont pu former environ 1000 jeunes sur le civisme, la citoyenneté et les valeurs démocratiques. Donc, permettez-moi de saluer le NDI, l’USAID et la Coopération Suisse pour leur accompagnement.
En cette veille de l’indépendance du Mali, que préconisez-vous à la jeunesse malienne ?
M.Z.D : D’après notre père de l’indépendance, le Président Modibo Keita, la jeunesse est l’avenir de ce pays. La jeunesse a toujours raison, il ne s’agit pas d’aller détruire, mais il s’agit de faire les choses dans le bon sens. Je dis à la jeunesse que cette indépendance n’est pas uniquement pour les militaires, mais pour tout le peuple malien. Généralement, c’est l’armée qui fait des défilés militaires lors des 22 septembre et cela laisse croire à certains citoyens que c’est une fête des militaires alors que c’est pour toute la population, principalement la jeunesse.
Ce que je préconise à la jeunesse malienne est qu’elle prenne vraiment leur sort en main pour être des citoyens responsables pour défendre nos valeurs. Les jeunes doivent s’impliquer dans les activités de développement notamment de s’impliquer dans la vie associative, dans les mouvements politiques et dans la veille citoyenne auprès des élus communaux afin de faire des interpellations, dans les régions, dans les cercles, dans les communes. Il faut que les jeunes montrent leur talent et non de s’apitoyer sur leur sort.
J’appelle vraiment la jeunesse à être responsable de jouer pleinement leurs devoirs avant de demander leurs droits. Car notre sort est entre nos mains. En cette veille de notre indépendance, je dirais vraiment que le Mali a besoin d’être indépendant et non dépendant. Il est temps que la jeunesse se donne la main pour prendre le sort de ce pays en main.
Je souhaite bonne fête à toute la population malienne.

Jacques Coulibaly

@Afribone