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Sur l’invalidation puis la validation de sa liste aux communales du 26 avril 2009, ses ambitions pour la Commune IV et ses supposées visées sur l’Hôtel de ville de Bamako, Moussa Mara, candidat indépendant a bien voulu nous entretenir.

Les Echos : Votre candidature avait été invalidée par le Tribunal de la Commune IV et validée par le juge administratif. Quelle sensation cela vous fait-il d’être invalidé et validé après ?

Moussa Mara : Comme d’habitude, nous avons subi des attaques de deux de nos concurrents sur notre liste. En première instance malheureusement, en dépit des arguments juridiques, de la jurisprudence des explications, des explications de bon sens et logique que nous avons pu produire, nous avons été éliminés. Grâce à Dieu, contrairement aux municipales de 2004 où nous avons subi le même sort, le jugement du Tribunal de la Commune IV n’était pas donné en premier et dernier ressort. Nous avons eu la possibilité de faire appel.

A la Cour d’appel, nous avons produit exactement les mêmes arguments. Par chance, en raison de la logique, je dirais, notre liste a été validée. Ça a été long, mais le droit a été dit. C’est le plus important. C’est le plus réconfortant. La démocratie s’en trouve renforcée. La compétition va se jouer normalement entre les postulants qui vont tenir leurs arguments devant leurs électeurs afin que le meilleur gagne.

Ce qu’il faut retenir au-delà de tous les points négatifs, l’issue a été heureuse non pas pour notre liste, mais pour la compétition et pour la démocratie malienne. Celle-ci ne doit pas être une démocratie où l’on permet à des juges de peser sur les résultats des élections. Nous souhaitons que le peuple soit le seul juge de ces municipales de 2009.

Les Echos :Moussa Mara candidat aux législatives de 2007 et le même Mara candidat aux municipales de 2009. Quelle différence y a-t-il entre les deux candidats ?

M. M. : Il n’y a pas de différence de fond sauf que les élections ne sont pas pareilles. Nous sommes dans les élections municipales qui sont des élections de proximité, qui ont pour but d’avoir un mandat exécutif. La différence doit se faire normalement sur le programme, sur la personnalité des candidats. Les législatives sont des élections où l’on désigne un représentant, mais qui a un mandat national et qui doit aller légiférer à l’Assemblée nationale au nom des populations de l’ensemble du pays et non d’une circonscription donnée.

Les municipales sont, pour moi, les élections les plus importantes. Elles donnent l’occasion à un candidat, qui est porteur d’un programme de pouvoir l’exécuter dans les meilleures conditions et au bénéfice de l’ensemble de la population. Cela me donne l’occasion d’insister sur la nécessité que tous les candidats participent aux élections, que les populations y participent pour que le meilleur choix puisse se faire dans l’intérêt de notre commune.

La différence majeure entre les deux élections, c’est qu’on a des élections de proximité (les élections du 26 avril) et les suffrages de représentativité que sont les législatives. Si on a la chance d’être élu, on va agir pour le bonheur exclusif des habitants de la Commune IV.


Les Echos :Justement, quels programmes et ambitions avez-vous pour ces populations ?

M. M. : C’est une question très vaste que les gens ont l’habitude de nous poser. Nous avons un programme qui a deux volets. On a un volet classique que tous les candidats présentent généralement et qui concerne la vie de tous les jours dans la commune.

Pour nous, l’élément le plus important de notre programme est d’essayer de rétablir la confiance entre les élus et la commune. L’esprit de la démocratie et de la décentralisation est que les élus agissent exclusivement au nom de la population. On veut faire en sorte que les populations comprennent cela et nous accompagnent. Pour ce faire, il faut que les populations aient confiance en nous pendant les campagnes et pendant le mandat.

On a un second volet qui porte sur tout ce qui concerne la vie de tous les jours. Il y a le domaine de la santé, de l’hygiène, de la salubrité, les investissements, le respect du domaine public.

Ces aspects sont dans le programme de beaucoup de candidats, mais notre différence c’est que nous connaissons les moyens de la commune, nous connaissons le budget de la commune, nous connaissons ce qu’un maire ou un élu communal peut faire dans les détails. Donc, nous n’allons pas faire des propositions irréalistes. Si on a le temps, on abordera dans les détails le reste.

Les Echos :Vous ne cachez pas vos ambitions pour la Commune IV. Mais au cas où vous seriez élu, auriez-vous des ambitions pour le district ou être maire du district ?

M. M. : C’est une question qui revient régulièrement. Mais il est difficile d’y répondre. Je vais essayer d’être le plus honnête possible à ce sujet. Dans mon objectif aujourd’hui, c’est la mairie de la Commune IV qui m’intéresse. La liste Moussa Mara va se présenter en Commune IV et espère remporter les élections pour occuper des responsabilités à la tête de cette commune.

Mais ce qu’il faut savoir, c’est que la Commune IV fait partie du district de Bamako. D’ailleurs la mairie du district est composée des élus des six communes de Bamako. Nous allons envoyer certains de nos élus pour occuper des fonctions au conseil du district.

Ces personnes auront à cœur deux choses : défendre les intérêts des populations de la Commune IV et créer l’harmonie entre toutes les communes dans l’intérêt de nous tous. Parce qu’il y a des choses qui relèvent du district, mais qui ont une incidence sur la vie de la commune.

Je pense au domaine de la voirie qui est dans l’intérêt de la commune. Nous sommes intéressés par la mairie de la Commune IV, mais nous ne pouvons pas être indifférents au district. C’est ce que je peux dire par rapport aux communales de 2009.

Les Echos :Les indépendants sont mal aimés des politiques, selon certains. Vous êtes indépendant, quelle raison y a-t-il à cela selon vous ?

M. M. : Franchement, je pense que cette question s’adresse plutôt à ceux qui ont l’habitude d’attaquer les listes des candidatures indépendantes. Je ne peux pas spéculer. Mais je pense que le phénomène des candidatures indépendantes dans notre pays n’est pas bien compris par ceux qui se considèrent comme des politiciens professionnels, c’est-à-dire ceux qui sont organisés et agissent à l’intérieur des partis politiques.

Les indépendants sont considérés essentiellement comme des concurrents répartis dans leur généralité. Alors que je ne vois pas sur le plan pratique de différence entre un indépendant à une élection municipale et une tête de liste d’un parti X ou Y.

J’ai du mal à comprendre certaines personnes qui ne voient dans des candidatures non partisanes que des attaques contre les partis comme si être indépendant est une opposition systématique aux partis politiques. Non on est indépendant parce qu’on a une trajectoire, une démarche, une ambition singulière, qu’on veut réaliser dans un cadre particulier. On est contre personne. Au contraire, nous avons des amis dans des partis.

J’ai fait des activités pour des partis, des formations pour des responsables de partis. Je ne suis contre personne et je pense que c’est le cas pour la plupart des indépendants. Il faudrait que la maturité des uns et des autres les conduise à accepter le fait que tout le monde n’est pas pareil et qu’il faut au contraire utiliser le talent des uns et des autres pour aller de l’avant. Qu’on soit partisan ou non, on est avant tout des Maliens. Chacun doit essayer de travailler dans le sens de l’intérêt collectif.


Les Echos :Avez-vous un appel en direction des populations de la Commune IV ?

M. M. : Depuis le début de l’heure démocratique avec les élections communales, nous n’avons pas vu d’amélioration dans la gouvernance démocratique. Nous avons plusieurs moyens pour le faire et nous entendons ouvrir le conseil municipal aux populations, les amener à participer à la session du conseil municipal. La salle du conseil sera aménagée à cet effet. Nous allons informer par le lancement d’un journal communal qui va parler de toutes les actions de la mairie et de ces composantes. Nous cherchons un partenariat qui est en bonne voie.

Le journal sera distribué gratuitement et nous comptons sur l’expertise des journaux de la commune dont « Les Echos ». Toujours pour restaurer la confiance, nous allons instituer des journées portes ouvertes une ou deux fois par an dans les structures de la mairie. Nous allons mettre sur place une charte des usagers pour faire comprendre aux populations à quelle porte frapper pour des démarches d’état civil, de certificats et autres, le coût, le temps pour être servi, etc. La mairie se portera garant du retard ou autres tracasseries subies par l’usager en sanctionnant l’agent fautif.

Nous allons nous battre pour que les jeunes aient plus de stage dans les entreprises situées dans la commune, financer les projets intéressant les jeunes, aider les artisans à se former. On va solliciter le concours de l’Apej ou des bailleurs de fonds.

Nous allons agir sur la question foncière qui est déjà un sujet explosif dans tout le pays, ferons de telle sorte que nous serons des porteurs de solutions aux litiges puisqu’il n’y a plus de terrain à attribuer en Commune IV. Il y a des milliers de litiges qui opposent la municipalité aux particuliers du fait des double ou triple attributions. Les victimes sont la frange la plus démunie de la population. Nous allons solliciter le concours de l’Etat même s’il faut nous attribuer des parcelles dans d’autres communes voisines.

Nous allons accorder une grande importance au respect de la loi dans la commune. Lutter contre l’occupation anarchique du domaine, la prolifération des établissements hôteliers comme les maisons de passe. Celles-ci représentent une grande plaie pour la protection des mœurs, pour la sécurisation des recettes communales du fait de la concurrence déloyale contre les hôtels régulièrement créés.

Nous allons nous employer à mettre le holà à ces bars-restaurants déguisés en maisons de passe. Nous allons d’abord mettre un moratoire à la délivrance d’autorisation de création d’hôtels. Les hôtels qui ne respecteront pas la loi seront fermés.

C’est un vaste programme. Le socle de tout est que la décentralisation ait un sens dans notre pays. Les maires et élus communaux sont beaucoup décriés dans notre pays. Si nous créons un minimum de confiance entre la base et le sommet cela sera salutaire pour les autres communes. Nous souhaitons faire de notre commune un exemple.

L’appel que je lance aux populations est qu’elles aillent chercher leurs cartes d’électeurs afin que le taux de participation soit le plus élevé possible. Sinon si on est élu avec des taux de participation ridicules, on sera des dirigeants légaux, mais on ne sera pas forcément légitimes.

Nous souhaitons que la légitimité et la légalité soient un. Que les gens sortent massivement et votent pour la liste qu’ils soutiennent ! L’Etat fait son mieux à travers les sketches invitant les gens à retirer leurs cartes et à voter.

Propos recueillis par

Abrdahamane Dicko

09 Avril 2009