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Journaliste de formation, Moussa Kéita est depuis 2003 le président du Conseil supérieur de la communication du Mali. Dans cet entretien qu’il nous a accordé hier 3 juillet 2007 à Ouaga-2000, il revient sur l’affaire de « La maîtresse du président », qui défraye la chronique sur les berges du Djoliba. Pour lui, ce n’est au fond qu’une banale affaire qui a malheureusement pris une tournure dramatique tout simplement parce que des gens ont voulu être plus royalistes que le roi. Mais avant, l’interviewé nous parle de la situation du paysage médiatique malien. Lisez.

L’affaire dite de la « maîtresse du président » a défrayé la chronique au Mali. Dites-nous, M. le président du CSC, qu’est-ce qui s’est vraiment passé ?

Ce qui s’est passé au Mali est dommage et très malheureux, mais c’est ce qui arrive très souvent dans nos Etats. Il y a toujours des gens qui conseillent mal le chef. Je crois que c’est une banale affaire dans laquelle il n’y a eu aucune faute professionnelle du journaliste. Ce dernier a été d’une intégrité intellectuelle hors du commun. Il a donc fait correctement son travail.

Mais ce travail, malheureusement, a été mal interprété à un haut niveau par des gens qui sont censés certainement conseiller le président de la République, mais qui ne comprennent rien en la matière. C’est donc une affaire malheureuse.

Mais dans la mesure où l’affaire était déjà lancée, il était très difficile de l’arrêter. Le Conseil supérieur de la communication s’est réuni en session extraordinaire. Nous avons émis un avis qui a été publié ; un avis dans lequel nous avons déploré le fait que notre avis technique et professionnel n’a pas été pris en compte, le fait que l’avis académique de l’enseignement dont relève le lycée où exerce le professeur n’a pas été considéré. Donc ce sont des gens qui ont pris une décision en toute méconnaissance de cause.

Ce qui nous a aussi choqué, c’est le fait que le procureur nous a dit qu’il s’est autosaisi de l’affaire. Mais sachez que c’est chez lui que le dépôt légal se fait. On ne comprend pas pourquoi il a attendu 14 jours après avoir lu le journal pour enfin s’autosaisir. Il est clair qu’il y a quelque chose qui cloche quelque part. Mais d’autre part, il a fait une jonction de procédure. La loi sur le régime et les délits de presse au Mali ne permet pas de faire entendre un journaliste sur procès-verbal par la police ou la gendarmerie en cas de délit de presse, a fortiori le mettre en détention préventive.

Or, le procureur voulait tellement embastiller le journaliste pour faire plaisir à ses chefs qu’il a passé outre cette loi en appliquant le code de procédure pénale qui est une loi générale. Pourtant, en pareille situation, quand il y a une loi spécifique et une loi générale qui parlent du même délit, c’est la loi spécifique qui a autorité sur la loi générale. Mais le procureur a fait fi de tout cela. Ce sont des choses que nous avons déplorées dans l’avis du CSC.

Franchement, ç’a été une affaire très malheureuse et l’image du Mali en a pris un sale coup. D’ailleurs par rapport à notre classement par Reporter sans frontière en 2006, je crois qu’en 2007 nous allons être vers la queue. Malheureusement, on ne nous a pas compris, on ne nous a pas consulté, on ne nous a pas suivi.

Est-ce que le président du Mali était cité dans le papier objet de cette polémique ?

Il n’a été cité nulle part dans le papier. Le président est imaginaire, le pays est imaginaire. Tout y est fictif. Je vous demande très sincèrement : dans quel pays du monde pouvez-vous voir un individu, un citoyen ordinaire faire irruption dans une salle du Conseil des ministres ? Quand même il ne faut pas rêver ! Tout est fictif dans cette histoire. N’oubliez pas que c’est un devoir qui avait été donné à des élèves dans une école. Je ne vois donc pas en quoi le président du Mali pouvait se sentir visé.

Quelle était la nature de cette épreuve ?

C’était une contraction de texte. Le professeur demandait aux élèves de contracter le texte au quart de son volume. Ensuite, la question principale demandait aux élèves de donner leur avis sur le comportement de la fille. _ Il n’est même pas question du comportement du président.

En fait, c’est un sujet très pédagogique, un sujet de société. Vraiment, c’était très anodin. D’ailleurs, le texte était passé inaperçu au Mali. Il a fallu cette saisine malheureuse du procureur pour que tout le monde se rue là-dessus pour voir de quoi il s’agissait. Sinon nos peuples ont une capacité de digestion de l’information telle que le lendemain les gens demandaient ce que le journaliste avait écrit en plus. Il faut dire que ceux qui ont monté cette affaire devant la justice ont fait plus de tort au président qu’ils ne lui ont fait du bien.


Quels sont les journaux qui ont été mêlés à cette affaire-là ?


Tout a commencé par le journal Info-Matin. C’est parce que le procureur n’est pas passé par la loi sur les délits de presse, sinon c’est le directeur de publication qui devait être entendu et incarcéré à la place du journaliste. Mais puisqu’il est passé par le code de procédure pénale, il ne pouvait qu’arrêter le professeur et le journaliste.
Maintenant, par solidarité, les autres journaux ont publié le texte et ce sont leurs directeurs de publication qui ont été arrêtés. Le surlendemain, d’autres encore ont publié le texte, mais ils n’ont pas été inquiétés, peut-être que le procureur n’a pas lu ces journaux.

Présentement, où en êtes-vous avec cette affaire ?

Il n’y a pas encore de verdict final, puisque les condamnés ont interjeté appel. Le journaliste en question, Seydina Oumar Diarra, a été condamné à 13 jours de prison ferme correspondant au nombre de jours qu’il avait passé en prison. Son directeur de publication a écopé de 8 mois avec sursis. Et pour la même faute, les 3 autres directeurs de publication des journaux Les Echos, Le Républicain, Le Scorpion, ont écopé de 4 mois avec sursis.

Tenez-vous bien, c’est par solidarité que tous les 4 directeurs ont été incarcérés pour le délit de complicité. Mais dans la complicité, il y en a un qui a écopé d’une peine de 8 mois avec sursis et les 3 autres de 4 mois avec sursis. Vraiment, allez savoir, allez-y comprendre quelque chose si vous pouvez ! Ensuite, l’enseignant a été condamné à 2 mois ferme avec interdiction formelle d’exercer la profession d’enseignant.

Propos recueillis par
L’Observateur Paalga (Burkina) du 4 juillet 2007

05 juillet 2007.