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Selon lui, le monde est un combat. Il invite les Africains à travailler comme les Chinois, les Malaisiens, les Japonais, etc. 

Le développement économique et social du Mali demeure toujours un problème. Or, le Mali est un pays qui dispose d’énormes richesses naturelles. Moussa Kané, président de l’Association des Innovateurs pour le Conseil au Développement (AICD), donne plus de détails sur ladite situation. L’AICD évolue dans le domaine du développement économique et social.  

Quelle analyse faites du développement du Mali dans ces dernières décennies ? 

Moussa Kané : Pour qu’un pays puisse amorcer le développement, il faut au minimum une ressource humaine qualifiée. Il faut avoir les infrastructures et équipements de qualité. Les trois sont le minimum pour amorcer un développement économique et social. Nous n’avons pas. Nous n’avons pas un bon chiffre sur le développement humain. On n’a pas aussi. On n’a pas avancé du tout. S’il s’agit aussi des infrastructures et équipements, nous n’avons pas aussi. Pour amorcer d’abord le développement, il faut avoir les ressources humaines qualifiées et les infrastructures et équipements de qualité. Ça, c’est la base du développement. Dans ces dernières décennies, je ne les vois pas beaucoup. 

Que préconisez-vous pour le développement efficace et efficient du Mali ? 

M.K : Pour le cas spécifique du Mali, nous devons nous battre d’abord pour la stabilité et la paix. Malheureusement, ce n’est pas seulement propre au Mali, c’est la plupart des pays africains qui ont ce problème. Et pour avoir la paix durable, nous avons déjà opté pour la démocratie. Nous devons renforcer la démocratie, l’Etat de droit et la bonne gouvernance pour avoir une paix durable chez nous. La démocratie n’est mauvaise en tant que telle. Pour renforcer la démocratie, il faut revoir comment les gens accèdent au pouvoir et comment ils le gèrent ? Il ne faut que les gens accéder au pouvoir par l’argent seulement. Ce n’est pas une question d’argent. S’ils accèdent au pouvoir dans les conditions acceptables par la population, on aura moins de problèmes. Et si l’état de droit aussi fonctionne comme ça doit l’être. Cela favorisera la paix durable dans notre pays. 

Dans ce cadre, nous devons carrément combattre le clientélisme politique et moderniserl’administration malienne. Nous ne pouvons plus évoluer avec cette administration. C’est-à-dire numériser à 95 % pour combattre la corruption généralisée érigée en système. On ne peut pas combattre la corruption de façon manuelle. Les Maliens doivent penser à tout ça. Pour moi, on a tellement gaspillé d’argents. Nous devons moderniser l’industrie et le commerce. Nous avons un projet, intitulé, « Projet d’Appui à la Modernisation du Commerce dans l’espace CEDEAO (PAMC) ». C’est un projet qui facilite la modernisation du commerce et de l’industrie, un projet, techniquement et juridiquement faisable, économiquement viable et financièrement rentable. Il dispose deux (2) grands volets :

Création des parcs industriels sur des zones franches dans les quinze (15) pays membres ; et, 

Création d’une plate-forme d’échanges commerciaux et financiers. 

Pour le cas spécifique du Mali, pour moderniser le commerce et l’industrie, il faut créer une banque de développement industriel. C’est-à-dire la banque malienne de développement industriel. C’est ce qu’il faut. Cette banque va orienter nos opérateurs économiques vers l’industrie. Et au bout de 5 à 10 ans, on pourra transformer les 60 % de nos matières premières sur place. Il faut d’abord organiser le secteur agricole. Par exemple : si nous prenons le secteur agricole, nous devons organiser la production à la base. Si la production n’est pas organisée à la base, ça joue sur le secondaire et le tertiaire. Parfois, au Mali, les industriels ont du mal à planifier leurs approvisionnements en matière première. C’est pour cela que les centres spéciaux que nous avons établis dans les Communes rurales sont très bons pour ça. Une fois que ces centres spéciaux sont-là et ils sont là uniquement pour organiser la production à la base en créant des partenariats multi-acteurs (entre les petits producteurs et les : 

Services publics et parapublics et leurs partenaires techniques et financiers ;

ONG nationales et internationales ;

Industries agro-alimentaires et compagnies exportatrices des produits agricoles ;

Banques et compagnies d’Assurance ;

Universités et laboratoires de recherche agronomique, et beaucoup d’autres compétences) pour offrir les trois moyens aux petits producteurs à la base : les moyens de production, de transformation et de commercialisation. Si un petit producteur accède à ces trois moyens, mais il deviendra grand obligatoirement. Ces centres que nous avons présenténe sont pas pour l’Etat ni les bailleurs partenaires, cesont pour la population elle-même à la base. La population se regroupe dans une union de société coopérative au niveau des Communes rurales contiguës. Le centre est d’intérêt public et c’est la population qui nomme le directeur dudit centre. Tout ce que nous faisons, c’est pour accompagner l’Etat dans le cadre du développement socio-économique durable. 

Quel message avez-vous à adresser à la jeunesse malienne en particulier et à la population malienne en général ?   

M.K : Le bon Dieu nous a donné tout. Il nous a donné vraiment une richesse incalculable. Nous avons 1.241.238 Km2 et la population ne vaut même pas 30 millions. Elle est aussi très jeune. De façon globale, la jeunesse représente plus de 70 %. Ce sont des atouts. Dieu nous a épargné des catastrophes naturelles. C’est-à-dire les tremblements de terre, les volcans, … Mais avec toutes ces potentialités, pourquoi on n’arrive pas à amorcer le développement économique et social ? Parce que les élites ont mis leur intérêt personnel au-dessus de l’intérêt général. Ce n’est pas seulement le Mali, mais la plupart des pays africains. Il faut combattre ça. Si nous résumons nos problèmes à 100 points en Afrique, nous sommes à la base des 98 et les 2 autres points, c’est l’extérieur. Et l’extérieur profite de nos comportements. Tous les problèmes des pays africains, ce sont des élites. Il faut voir les pays asiatiques, ils sont sérieux. Ils avaient les mêmes problèmes que nous. Ils étaient dans la misère, mais ils se sont battus pour changer les choses. Mais ici, les gens passent tout leur temps à accuser les autres. On ne peut pas se développer parce que les puissants ne veulent pas qu’on aille de l’avant. Mais le monde, c’est un combat. Il faut travailler comme les Chinois, les Malaisiens, les Japonais.

Les Africains ne veulent pas travailler. Ils ne veulent pas aller de l’avant, si tu veux aller de l’avant, ils te bloquent pour des intérêts personnels. Nos problèmes, c’est nous-mêmes. Il faut changer cela. Et pour le faire, il faut avoir vraiment des bons dirigeants. C’est pourquoi, j’ai toujours proposé à la jeunesse, il faut aujourd’hui des gens qui ont une certaine qualité (désintéressé, intelligent, courageux, et patriote) pour gérer nos pays. Il faut qu’il soit quelqu’un qui est carrément désintéressé. Parce que s’il n’est pas désintéressé, il ne peut pas supporter longtemps. Il faut il soit très intelligents, pour tout simplement connaître les problèmes de son pays et avoir les solutions appropriées. Il faut aimer ton pays pour que tu puisses réaliser tes projets. 

Jacques Coulibaly

@Afribone