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Nous vous proposons la dernière partie de la grande interview que le Coordonateur du Projet d’Appui à la Filière Lait Péri Urbaine du Mali (PAFLAPUM), Moussa Diabaté, a bien voulu nous accorder.
Pouvez-vous nous parler des résultats engrangés par votre ONG dans la valorisation du lait malien et des difficultés que vous rencontrez?

D’abord, nous avons quand même pu organiser la collecte. En termes de collecte dans le réseau PAFLAPUM nous avons un excédent de 7 000 litres de lait. Cela veut dire que le lait qui n’est pas vendu dans les zones de production. Sinon nous avons des collectes journalières dans les laiteries qui vont de 1 000 litres à 5 000 litres de lait par jour dans les zones de pic. C’est par jour et par laiterie.

Quid du ratio de lait à consommer par an selon les normes internationales et la quantité effectivement consommée?

Ce que nous écoulons à Bamako représente à peine 1% de la production nationale. Selon la politique de 1980, il fallait 40 litre par personne et par an. Mais les normes de la FAO font état de 60 litres par personne et par an. Mais le Mali s’était déjà proposé à 40. En 2006, nous étions à 20 litres. Ces statistiques ne sont pas très justes. Sinon, si l’on essaie de voir le montant qu’on attribue aux importations- plus de 20 milliards de FCFA – et la production locale qu’on essaie de transformer en quantité nous avons, à peu près, des zones comme Bamako qui s’en tirent avec plus de 60 litres par personne et par an. Si nous prenons la moyenne nous sommes dans les 30 litres par personne et par an, tous produits confondus parce qu’il ne s’agit pas que du lait produit localement. Mais les gens confondent parce qu’ils pensent que si l’on parle de lait ce n’est pas le lait produit localement, c’est tous laits confondus, même le lait pour les enfants. C’est ce qui constitue les 60 litres de la FAO. Si nous prenons, par exemple, les importations plus la production locale divisées par la population, à Bamako on dépasse déjà les 60 litres. Il y a des couches où nous avons à peu près un ratio 70%.

Qu’en est-il de la valorisation du lait local?

S’agissant de la valorisation, nous avons ce qu’on appelle les mini laiteries. Aujourd’hui, dans la zone périurbaine nous avons 4 mini laiteries, 7 centres de collecte et à Ségou aussi nous avons une mini laiterie. Les mini laiteries collectent et transforment le lait. C’est la transformation primaire parce qu’elles font du lait pasteurisé et du « fènè », le lait fermenté et le fromage frais. La différence entre le yaourt et le « fènè » c’est quoi Le «fènè» se fermente naturellement sans rajout d’autres ferments. Le yaourt se fermente avec l’ajout de nouveaux ferments artificiels. Donc, si tu fais un bon « fènè » tu fais un bon yaourt, on te les présente tu ne peux pas faire la différence. Les gens qui étaient allergiques naguère au lait local sous prétexte qu’il n’était pas sain sont aujourd’hui rassurés grâce à nos actions. Nous avons donné une meilleure visibilité au lait local mais nous convenons que ce n’est pas suffisant. On aurait du faire plus de débat, de forums sur les utilités, les valeurs nutritives des différents produits.

Quels sont vos projets d’avenir?

Les perspectives pour nous les noyaux laitiers et une usine de grande capacité pour la transformation du lait local en lait frais pasteurisé, en lait caillé, en «fènè» (crème maturée) et en fromage frais. Les noyaux laitiers nous permettront de bien planifier les vêlages…

Pouvez-vous nous expliquer le concept de noyaux laitiers?

Le noyau laitier va nous permettre d’introduire un paquet technologique. Le paquet technologique consistera en la gestion du vêlage, l’amélioration génétique que ce soit par l’insémination ou par l’utilisation des géniteurs pur sang. Ce seront aussi le suivi sanitaire des animaux et un meilleur suivi de l’alimentation des animaux. Le paquet technologique passera aussi par la réduction de l’effectif et aller ainsi vers l’amélioration de la productivité. Le noyau laitier, c’est aller donc vers l’amélioration de la productivité. Il faut fixer troupeau pour qu’il n’y ait pas de divagation ni de transhumance. On ne fixera que les vaches qui sont rentables. Ce sera un type de troupeau dont le nombre oscillera entre 15 et 20 têtes au maximum qui vont être parquées dans des étables dignes de ce nom qu’on peut bien nettoyer et surveiller. Maintenant ce qu’il y a comme problème, ce sont les changements que les gens doivent accepter. Nous sommes en train de sensibiliser pour les pousser à pratiquer un élevage plus rationnel. Vous avez 200 têtes, d’accord, mais parmi les 200 têtes apportez-nous les vaches que vous estimez productives. Les autres vous en faites ce que vous voulez mais cela ne nous regarde pas. Ici, on va se concentrer par rapport à une meilleure production de lait.

Progressivement, les éleveurs doivent comprendre que les vaches qui ont été fixées sont, peut-être, en petit nombre, mais en termes de résultat elles prennent en charge les autres parce que le lait qui est produit et vendu permet non seulement d’investir dans le noyau laitier, mais aussi de soutenir le grand effectif, parce que le grand effectif n’apporte absolument en dehors des problèmes de divagation. Les bêtes ont été fixées et il y a une production contrôlée. Les étables sont dignes de ce nom. Elles sont sous forme de maisons qui nous coûtent la bagatelle de 4 millions de FCFA par unité. S’y ajoute le fait qu’il y a moins de problème de vol, tout simplement parce qu’il n’ya pas de divagation. S’agissant de la faitière elle est en train d’être mise en place et ce sera une interprofession. L’interprofession va porter la mise en place de l’usine. Les coopératives, à leur tour, vont beaucoup travailler dans la mise en place des noyaux laitiers. Voilà les trois défis que nous sommes en train de relever. L’interprofession regroupera et les producteurs et les revendeurs de lait, les prébendiers (les vendeurs d’aliments bétail) les inséminateurs, brefs tous les acteurs qui sont dans la filière lait.

Que peut apporter à l’économie malienne la valorisation de la filière lait?

Notre objectif aujourd’hui n’est pas de supprimer l’importation. Si on a 20 milliards de FCFA d’importations et qu’on arrive à réduire déjà cette facture cela nous fera 10 milliards de FCFA de moins. Et 10 milliards de FCFA d’emplois on n’en a pas encore pareil. Les mini laiteries dont on parle portent sur la création d’emplois, ruraux mêmes. Si je prends, l’exemple de Kasséla, ils emploient à peu près une vingtaine de personnes. Toutes sont de Kasséla et ce sont des gens qui n’ont guère été à l’école ou qui, s’ils ont été à l’école, ont été recalés à 7ème – 8ème ou ont eu le DEF mais n’ont pas été orientés. Tous sont issus du milieu.

Avez-vous un appel à lancer?

Ce sera pour la mise en place d’une politique digne de ce nom. La stratégie est là mais c’est loin de la politique. Vivement aussi un cadre de concertation, un espace de retrouvailles entre le privé et le public pour une meilleure collaboration parce qu’aujourd’hui tout le monde parle de lait. Mais il n’y a pas de collaboration ni d’entente.

Propos recueillis par Yaya Sidibé

22 Septembre du 19 Décembre 2013