Partager

« Vous pouvez marcher jusqu’à Gao ! » Ainsi parlait le président du Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP) aux premières heures du processus démocratique dans notre pays.

Nous n’allons pas nous étendre sur la charge ironique de la boutade parce que plus tard, le tombeur de GMT avait expliqué qu’au départ craintif, il s’était finalement vacciné contre la marche, alors expression la plus courante de la liberté pour laquelle le peuple a payé le plus lourd tribut.

Mais, revenu aux affaires par la grâce de Dieu et des urnes, le pouvoir du héros du 26-Mars se montre aujourd’hui particulièrement allergique à la marche.

L’exercice n’est plus toléré tant qu’elle vise à dénoncer, à protester… Il faut plutôt voir dans la même direction que les princes du jour pour être autorisé à battre le pavé face à la crise alimentaire mondiale. Recul démocratique ?

Sans doute ! De fait, ces derniers temps, des associations et mouvements régulièrement constitués et totalement indépendants, sont empêchés d’exercer leur droit de marche contre la vie chère alors même qu’ils ont accompli les préalables et démarches nécessaires à leur action.

Plus grave, à la moindre résistance, les organisateurs sont rudoyés par les forces de l’ordre ou interpellés. Dans notre Constitution non écrite, il serait donc interdit de marcher.

Il n’y a pas longtemps des citoyens ont marché et accepté jusqu’au sacrifice suprême pour qu’un nouvel ordre soit et l’on veut aujourd’hui que ce peuple dont ils sont issus continue de mourir de faim en silence.

Pourquoi bon sang continue-t-on encore de citer le Mali en exemple de démocratie en Afrique alors qu’ailleurs (Cameroun, Burkina, Sénégal, Côte d’Ivoire…) des populations marchent à longueur de… semaine contre la flambée des prix ? Foutaise !

Et comme le dit l’autre, des gens peuvent toujours s’envoyer des lettres à eux-mêmes pour se féliciter et entretenir l’illusion qu’ici tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Pour notre part, nous disons adieu aux dix premières années de la démocratie au cours desquelles pour un oui ou un non, les Maliens marchaient, manifestaient leur mécontentement et s’en retournaient chez eux tant qu’ils ne cassaient pas !

Fini aussi le temps de la « Copposition » où le mot d’ordre était à l’antipode même des règles du jeu démocratique ! Sous le règne en cours, tout le monde apparemment doit rentrer dans les rangs et mourir calmement d’inanition.

Au vu de la situation qui prévaut, des nostalgiques de l’ordre ancien pourraient se tordre de rire et expliquer qu’ils n’ont pas à rougir du multipartisme et de la consécration des libertés individuelles et collectives, car de leur temps on répondait à la marche par la contre-marche.

Hélas ! L’arrestation de journalistes, les intimidations, les voies de fait et l’insécurité au nord… ajoutés à l’interdiction de fait des marches, font de notre démocratie un processus bien bancal.

« La faim sort le loup du bois », dit l’adage. Une nouvelle dose de vaccin contre la marche pour l’autorité suprême ne ferait de mal à personne parce que face à la mort il faut quand même qu’on nous laisse la possibilité de nous débattre et, en l’occurrence, à crier famine.

A. M. T.

02 Juin 2008