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Même si avec la forte majorité parlementaire dont jouit le gouvernement, l’adoption de la motion de censure initiée par l’opposition (22 députés) semble peu probable, le Premier ministre Moussa Mara sera très attentif au déroulement de la plénière de demain à l’Hémicycle. Car, il y joue sa survie politique dans un véritable quitte ou double. Sans oublier que le dépôt de cette motion de censure revêt en soi une importance particulière tant aux yeux de l’opinion que des analystes politiques.

En déposant cette motion de censure le vendredi dernier, l’opposition malienne démontre qu’elle veut jouer crânement son rôle en s’inscrivant dans un cadre totalement républicain et constructif.

La voie légaliste…

En effet, après avoir vainement demandé la démission du Premier ministre Moussa Mara pour « sa responsabilité dans le drame de Kidal du 21 mai 2014″, Soumaïla Cissé et ses amis empruntent la voie légaliste pour convaincre l’opinion sur la nécessité pour le pouvoir de changer de cap. En contraignant le gouvernement à la démission, si la motion venait à être adoptée aux 2/3 des membres composant l’Assemblée nationale, soit 98 députés sur les 147.

Ce qui est difficile, même si certaines sources prévoient que de nombreux députés de la majorité profiteront du vote à bulletin secret pour voter favorablement la motion. Donc, le résultat de ce vote demain à l’Hémicycle sera un baromètre de la cohésion au sein de la majorité parlementaire. Normalement, seules les 22 voix de l’opposition devraient être favorables à la censure du gouvernement.

Si, l’on enregistrait un nombre de voix supérieur à cela, ce sera le signe que des députés de la majorité ne se sentent plus solidaires vis-à-vis de l’équipe Mara. Ce qui corroborerait les critiques selon lesquelles, le parti majoritaire, le RPM (70 députés) brûle d’envie de voir sortir le Premier ministre de ses rangs. La question se pose de savoir si Mamadou Diarrassouba et ses amis peuvent comploter pour un renversement du gouvernement, afin qu’un des leurs soit nommé à la primature.

Vont-ils tenter un nouveau pied de nez à IBK, après l’épisode d’Issaka Sidibé, qui n’était pas le candidat de Koulouba pour le perchoir ? En votant cette motion de censure certains députés du RPM, de l’ADEMA et de l’APM supporteront-ils l’idée d’avoir fait le jeu de l’opposition ? Ce sont là des questions qui poussent à comprendre que l’initiative de l’opposition vise plus à marquer les esprits qu’à atteindre l’objectif ultime d’une telle procédure.

En effet, après la débâcle de Kidal des 17 et 21 mai 2014, la majorité de l’opinion publique s’est rendue compte que IBK et son gouvernement, avec à sa tête Moussa Mara, peinent véritablement à combler les attentes des populations. L’exécutif, qui semblait patauger dans d’éternels tâtonnements sur les grandes préoccupations du peuple (Kidal, cherté de la vie, l’école avec l’organisation chaotique des examens, la lutte contre la corruption, etc) venait de montrer qu’il fait preuve simplement d’un pilotage à vue, d’un amateurisme dans la gestion des affaires publiques.

A titre d’exemple, les récriminations faites par le PARENA, dans son mémorandum intitulé « IBK, sept mois après, le Mali dans l’impasse« , exacerbaient le sentiment de désillusion d’un peuple qui a pourtant accordé près de 78 % de ses suffrages au président Ibrahim Boubacar Kéita. Un peuple qui se pose aujourd’hui la question de savoir s’il ne s’est pas trompé sur les capacités réelles de celui qu’il a plébiscité pour diriger le pays et relever les nombreux défis auxquels il fait face.

C’est dans ce sens que la motion de censure énonce les griefs comme « la gestion calamiteuse des finances publiques avec des dépenses extrabudgétaires importantes en si peu de temps ; l’école qui va mal avec les incertitudes de l’année universitaire 2014 et des examens du D.E.F et du BAC émaillés de fraudes graves sans précédent ; les mensonges au sommet de l’Etat (avion présidentiel, décision d’ouverture des hostilités à Kidal …etc.) ; le peu de lisibilité dans les négociations sur Kidal ; la quasi absence du dialogue politique ; la non approbation de la lettre d’intention avec le FMI ; la dégradation du pouvoir d’achat et l’absence de politique de relance de l’investissement et de la consommation ; l’insécurité grandissante dans les villes et campagnes ; la corruption généralisée et la totale opacité dans la passation de certains grands marchés de l’Etat « .

L’opposition félicitée par des députés de la majorité

Et il nous est revenu, de sources sûres, que l’opposition a reçu des félicitations de plusieurs députés de la majorité pour avoir eu le courage de dénoncer ces insuffisances de la gouvernance actuelle. C’est la preuve qu’en tant que représentants du peuple, la plupart des députés reconnaissent la pertinence des griefs évoqués. S’ils devaient donc prioriser les attentes de leurs électeurs, la motion aura des chances réelles de passer.

C’est donc le ça passe ou ça casse pour le Premier ministre Moussa Mara et son gouvernement demain à l’Assemblée nationale. Rappelons que la motion de censure se fonde juridiquement sur les articles 78 et 79 de la Constitution du 25 février 1992 et sur les articles 95 et 96 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale.

Cette motion de censure est la deuxième du genre de l’histoire politique du Mali et intervient 20 ans après celle déposée, en 1994, par Me Mountaga Tall du CNID Faso Yiriwa ton, alors député à l’Assemblée nationale, contre le gouvernement d’un certain Ibrahim Boubacar Keïta (Premier ministre). Elle n’avait pas été adoptée car l’Hémicycle était dominé par l’Adema, le parti du chef du gouvernement d’alors. Le même sort sera-t-il réservé à la présente motion ? La Réponse demain, au moment où Moussa Mara retient son souffle. Le pays aussi…

Bruno Djito SEGBEDJI

17 Juin 2014