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Se prononçant sur le sort des milliers de compressés du pays, dimanche dernier, le président de la République Amadou Toumani Touré a admis que l’Etat n’est pas en mesure de payer les droits de tous les compressés. De plus, a-t-il avoué, ceux qui ont reçu leur dû ne sont pas identifiables par l’administration. Preuve si besoin est de la gestion informelle de l’Etat.

Avec la privatisation de plusieurs sociétés et entreprises d’Etat imposée par le Programme d’ajustement structurel (Pas) des institutions de Bretton Woods et plus tard par la volonté manifeste de liquidation des autorités, les licenciements ont commencé tous azimuts.

A leur arrivée, les nouveaux acquéreurs ont procédé à une réforme des sociétés, mises à genoux à cause d’une mauvaise gestion. Et la réduction du personnel au strict minimum a toujours été l’une des toutes premières mesures envisagées.

Les compressés ne se comptent plus aujourd’hui au Mali. Il suffit de faire un tour à la Bourse du travail ou sur certaines places publiques pour s’en rendre compte. Et ils mènent une existence des plus précaires. Dépourvus souvent de vie sociale comme l’une des conséquences de leur drame, ils remuent ciel et terre pour survivre. La faute certainement à l’absence de tout plan social visant à « sauver » leur vie après le bradage.

Face à cette situation des plus désastreuses dont ils ne sont très souvent nullement responsables, les compressés n’ont pas croisé les bras. Il y a quelques mois, ils avaient marché sur le ministère des Finances pour exiger le paiement de leur dû par l’Etat.

Mais, le maigre espoir de « réparation » qu’ils portaient en eux vient de se dissiper en ce sens que le président de la République a personnellement et solennellement reconnu l’inaptitude des autorités à répondre efficacement au dédommagement légitime des licenciés.

Lors de sa conférence de presse de dimanche dernier, ATT, répondant à la question d’un confrère, a affirmé que c’est un problème complexe et que « l’Etat ne peut pas ». Le président de la République a avancé comme raison le nombre pléthorique des compressés dont beaucoup auraient perçu, à ses dires, leur dû plus d’une fois.


Entêtement malgré

« Ils se promènent avec des papiers pour montrer qu’ils n’ont pas perçu leur argent », a souligné ATT, qui a ajouté que c’est à la justice qu’il revient de statuer sur les compressions. A quel saint doivent se vouer les pauvres compressés ? Dure peut paraître la réponse du chef de l’Etat d’autant plus que les compressés ne sont aucunement coupables de l’impasse actuelle de la nation et de la situation catastrophique de leurs structures au moment de leur bradage.

Le hic, c’est que le président de la République, sans s’étendre sur ce que l’Etat fait pour une administration efficiente, a mis en nu l’une des nombreuses tares de notre administration. A l’en croire, celle-ci n’est pas capable de préciser quel compressé a perçu son dû et quel compressé ne l’a pas eu.

Malgré tout le capharnaüm et le malheur engendrés par la privatisation, l’Etat s’entête dans sa volonté de bradage. Et dire que tout est mis en œuvre pour privatiser certaines des quelques rares de sociétés étatiques qui restent.

Après le cas de l’Huicoma « où à ce jour on note plus de 800 travailleurs licenciés sans aucun plan social et dont certains n’ont encore reçu aucun droit », c’est maintenant le tour de la CMDT dont les travailleurs ne ménagent aucun effort pour l’application du plan social de 2003.
Ils ne sont sans doute pas convaincus par les arguments de non licenciement avancés par l’Etat.

« Le ministre de l’Agriculture, Pr. Tiémoko Sangaré a affirmé que personne ne sera licencié. Ce n’est pas vrai. Nous les travailleurs sommes convaincus que l’objectif zéro licenciement visé par le gouvernement est un leurre. La première ambition des repreneurs sera de diminuer le personnel », a fustigé le secrétaire général du syndicat de la filière coton, Diakariaou Diawara.

Quid de la Sotelma ? Pourquoi privatiser si l’on est incapable de payer les droits des compressés laissés par la suite à eux-mêmes et si l’on n’est pas capable de résoudre les problèmes antérieurs liés au phénomène ? Un adage ne dit-il pas que le passé sert de point d’appui au présent ? « Mais c’est comme ça qu’on prétend combattre la pauvreté », ironise une vieille personne.


Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

11 Juin 2008