Partager

une-38.jpgMais quoique inconscients à l’époque, il ne nous était jamais arrivé de nous comporter comme ces deux jeunes le firent l’autre jour : se défier à coup de bouteilles de pastis ; et quel pastis ? De ce tord-boyaux qui vous brûle lèvres, foie et estomac, qui rend le regard larmoyant et avachi et qui lisse les cheveux. Observez bien les vrais consommateurs de ces frelatés.

Daouda, jeune maçon avait fini sa journée et après avoir remisé pelles et moules, il s’apprêtait à rentrer lorsque lui vint l’envie d’une consommation de pastis. Il disait que cela lui donnait de l’appétit. Mais en fait de consommation, c’était plutôt retrouver les autres pour boire à satiété. Lorsque Daouda arriva au kiosque, les autres étaient là, ponctuels. Les autres y compris Razo le bavard. Personne ne saura vous dire comment cela a commencé mais la discussion s’engagea entre Daouda et Razo sur leurs capacités respectives à boire plus de pastis l’un que l’autre.

La tablée se divisa. Les uns vantaient la puissance de Razo, les autres, la résistance de Daouda. L’on passa donc au défi. Ils prirent chacun une bouteille de pastis et dédaignant l’eau qui sert à mélanger l’alcool, ils entreprirent de se tutoyer à même le goulot. C’était à qui viderait sa bouteille le premier. Et l’absurde partie s’engagea. Les deux « malades » avalaient de longues rasades de cette eau empoisonnée injustement baptisée pastis sous les encouragements de leurs amis ou de leurs ennemis ; ça dépend.

C’était alors qu’il avait dépassé la moitié de sa bouteille et qu’il était en passe de remporter la partie, que Daouda eut un drôle de hoquet, qu’il adressa aux autres un regard vide et qu’il pivota sur lui-même avant de s’effondrer lourdement au sol carrément groggy. Se transformant en secouristes, les spectateurs après avoir tenté de redonner à Daouda ses esprits à coups de seaux d’eau en vain, le transportèrent à l’infirmerie du coin tandis que Razo tirant leçon de la chute de son adversaire, tanguait, vomissant sur le chemin de sa maison. L’infirmerie ne put rien pour Daouda et Daouda jeune maçon marié et père d’un enfant est ainsi mort.

Repose-t-on en paix lorsque l’on meurt d’alcool ?

Sacré Chédou OUEDRAOGO

Sidwaya du 08 juillet 2008