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Après avoir été débarqué de la tête du Comité des réformes de l’armée malienne, et prié sans ménagement de « libérer » le camp de Kati où une nouvelle hiérarchie militaire a été installée, Amadou Haya Sanogo pourrait être entendu sur les événements de fin septembre survenus au camp militaire de Kati sur les cas de disparition et de morts de militaires qui défraient la chronique au bord du fleuve Djoliba. Est-ce la fin des haricots pour lui ? En tout cas, les nouvelles autorités maliennes ont pris le problème à bras-le-corps et semblent décidées à faire la lumière sur cette affaire. Et à en croire le ministre malien de la Défense et des anciens combattants, « nul ne sera au dessus de la loi et les enquêtes en cours concernant ces événements de Kati seront conduites à leur terme en vue de rechercher et traduire en justice toutes les personnes concernées ». Cela n’est pas étonnant quand on connait l’engagement du président Ibrahim Boubacar Kéïta à ne tolérer aucune forme d’indiscipline au sein de l’armée.

Avec l’affaire des morts et des disparus de Kati, on est en passe de découvrir le visage hideux de la gouvernance Sanogo

De toute évidence, la nouvelle donne au Mali, avec la brillante élection d’IBK à la tête de l’Etat malien et le retour à l’ordre constitutionnel normal, aura mis à nu la question de l’avenir des putschistes du 22 mars 2012 qui ont renversé le régime d’Amadou Toumani Touré (ATT) alors à quelques semaines de la fin de son mandat, et qui s’apprêtait à passer le flambeau sans anicroche. Il aura fallu que Sanogo et sa bande donnent un coup de pied dans la fourmilière pour que l’on découvre le visage du régime corrompu d’ATT.

Aujourd’hui, avec l’affaire des morts et des disparus de Kati, on est en passe de découvrir le visage hideux de la gouvernance Sanogo.

Dans cette affaire qui a tout l’air d’un règlement de comptes entre anciens camarades de lutte, on comprend la frustration de certains de ses proches frères d’armes aux yeux desquels Sanogo bénéficie des largesses de la République en ayant les honneurs et l’argent de la République, sans avoir véritablement été au combat pour repousser l’envahisseur djihadiste. A contrario, certains maliens ont payé de leur vie, mais n’ont bénéficié ni ne bénéficient des mêmes égards ni des mêmes faveurs à la hauteur de leur « investissement physique et moral » pour la nation.

En cela, ils dénoncent l’égoïsme de Sanogo qui ne songe qu’à son seul avenir et qui bénéficie de conditions largement imméritées. Ils l’ont fait bruyamment savoir et tout porte à croire que cette dissidence a été réprimée dans le sang, par d’autres militaires acquis à la cause de Sanogo. Selon Amnesty International, qui a d’ailleurs demandé l’ouverture de cette enquête impartiale, il s’agirait d’une « purge » menée par un « groupe qui se considère au dessus de la loi ».

Si tel était le cas, Sanogo, qui est mis au banc des accusés, serait tout à fait comptable de ces crimes crapuleux et de ces exécutions sommaires de contestataires devenus gênants. Car, on imagine mal ces éléments agir pour son compte, sans avoir l’aval ni la bénédiction de leur mentor.

De toute évidence, Sanogo n’était pas un visionnaire et tout porte à croire qu’il aura usurpé ses galons de général

Au demeurant, la purge à laquelle ses thuriféraires se seraient livrés à l’encontre de leurs frères d’armes est inadmissible, révoltante et simplement nauséabonde car, dans un Etat de droit, on ne saurait régler les contradictions à la kalachnikov. Et à y regarder de près, Sanogo, qui a réussi le tour de force de se faire bombarder général quatre étoiles dans ce qui a tout l’air d’un deal sordide et indécent, aura cristallisé des rancœurs à son encontre dans ses propres rangs.

Il est loin donc de mériter ces étoiles pour n’avoir pas été un seul jour combattre les djihadistes au Nord-mali au contraire d’autres vaillants soldats maliens qui y ont perdu la vie. Et quand on pense qu’il avait poussé le culot jusqu’à s’ériger farouchement contre l’arrivée de troupes étrangères au secours du Mali alors occupé par les djihadistes, arguant que son armée pouvait s’en sortir, on se demande, ce qu’auraient été aujourd’hui le Mali et la sous-région si on s’en était tenu aux élucubrations de l’ancien capitaine.

De toute évidence, Sanogo n’était pas un visionnaire et tout porte à croire qu’il aura usurpé ses galons de général (les galons de la discorde), comme il a usurpé le pouvoir un jour de mars 2012, entraînant son pays dans le chaos, et donnant l’image d’un parvenu, assoiffé de pouvoir. Ainsi, le monde découvre avec stupeur la face hideuse de sa gouvernance où il n’y avait pas de place pour la contestation.

Il est donc heureux que cette dictature naissante ait été rapidement contenue. C’est le lieu de féliciter la CEDEAO qui avait, très tôt, vu clair dans le jeu de Sanogo et qui lui avait refusé certaines concessions comme cette volonté, toute honte bue, de vouloir bénéficier du statut d’ancien chef d’Etat pour se la couler douce avec tous les honneurs dus à ce rang.

Finalement, il n’aura pas été à la hauteur des espoirs qu’il avait suscités chez certains de ses compatriotes. Il faut espérer que les enquêtes aillent jusqu’à leur terme et que le fin mot de cette affaire soit connu. Et si Sanogo est l’instigateur de ces événements, qu’il en réponde devant les juridictions compétentes. En cela, son titre de général ne devrait en aucun cas être un paravent au point de l’y soustraire.

Outélé KEITA

Publié le mardi 29 octobre 2013

Source : Le pays.bf