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15 octobre 1987-15 octobre 2012 ! Cela fait 25 ans que le capitaine Thomas Sankara a été trahi puis assassiné. Cela fait un quart de siècle que l’Afrique a perdu l’un de ses rares dirigeants qui avaient su ressusciter la flamme d’espoir allumée par des panafricanistes comme Patrice Lumumba, Kwame Nkrumah, Modibo Kéita…

Ayant compris les aspirations profondes des populations, notamment des femmes et des jeunes, Sankara avait redonné espoir et confiance à la jeunesse africaine avant de tomber sous les balles des traîtres, des valets d’un Occident qui ne parvenait plus à être tranquille avec sa conscience à cause du discours accusateur, novateur et émancipateur de cet anti-impérialiste et panafricaniste convaincu.

Le capitaine Thomas Isidore Sankara a été assassiné et, 25 ans après, justice n’est pas toujours faite à Mariam et à ses enfants, à la famille et aux millions de jeunes Africains orphelins de leur leader. Notre vieux père a rejoint ses ancêtres avec l’espoir que, un jour, l’histoire jugera ceux qui ont privé le Burkina et l’Afrique d’un dirigeant à la hauteur de leur attente.

Papa Sambo Joseph Sankara s’est en effet éteint le 4 août 2006 (maman Marguerite s’était éteinte en mars 2000) en espérant que cet autre fils viendrait confesser le crime de son frère. En effet, Thomas et Blaise n’étaient pas seulement que des frères d’armes. « Le patriarche Joseph Sambo Sankara attend toujours son fils Blaise Compaoré pour partager le repas familial comme par le passé… Avant, tous les samedis soirs, le vieux partait à l’église avec eux, Blaise Compaoré et Thomas Sankara« , témoignait ainsi Mme Florence Sankara, l’une des sœurs éplorées, à l’occasion du 18e anniversaire de la mort tragique de son frère (2005).

« Le jour où Blaise ne s’y est pas rendu, il attendait le vieux à la maison. Il sait à quelle heure papa revient. Tous les samedis soirs, papa l’attend pour manger. Maman savait la sauce préférée de Blaise. S’il arrivait avant le vieux, maman lui demandait de manger sa part de nourriture et d’en garder pour papa« , avait-elle-ajouté. « Cette bonne ambiance s’est interrompue trois mois avant les événements tragiques du 15 octobre 1997… Depuis le 15 octobre 1987, Blaise ne vient plus ici« , avait précisé Florence.

Un quart de siècle après, l’assassin de Sankara est toujours cramponné au pouvoir et n’est pas prêt à lâcher prise de peur de devoir répondre de tous ses crimes ! Et pourtant, de nombreux témoignages, notamment d’anciens compagnons de Charles Taylor, ont plus tard mis en cause Blaise Compaoré dans l’assassinat de Thomas Sankara, avec la complicité d’Houphouët-Boigny, mais aussi de la France, de la CIA et d’autres personnalités africaines.

Et en avril 2006, le Comité des droits de l’Homme de l’ONU, saisi par le Collectif juridique de la Campagne internationale justice pour Thomas Sankara (CIJS) au nom de la famille, avait également donné raison aux plaignants en demandant à l’Etat burkinabé d’élucider l’assassinat de Thomas Sankara, de fournir à la famille les moyens « d’une justice impartiale, de rectifier son certificat de décès, de prouver le lieu de son enterrement, de compenser la famille pour le traumatisme subi, et de divulguer publiquement la décision du Comité…« !

« Les bourreaux de Thomas ont été pardonnés par les membres de la famille. Même le président Blaise Compaoré a été pardonné… C’est dur, c’est difficile. On essaie d’oublier. On laisse tout à Dieu puisque c’est Lui qui a permis que cet événement douloureux ait lieu. On a pardonné mais, on ne peut pas oublier. Depuis que sa femme (Mariam Sankara) a quitté le pays, elle ne veut plus entendre parler du Burkina Faso… La tristesse était telle que toute la famille a failli s’exiler. Mais, nous sommes restés en fin de compte grâce au soutien des gens. La visite des gens sur la tombe et à la famille, les coups de fil des parents, amis et connaissances d’ici et d’ailleurs nous réconfortent« , disait Florence en octobre 2005, soutenue par Valentin et Pauline Sankara, son frère et sa sœur.

Aujourd’hui, l’affaire est classée par la justice burkinabé. Heureusement, on peut échapper à la justice des hommes, mais pas à la divine ! Et il est incontestable que Thomas Sankara a légué aux générations futures la verve et l’énergie de l’espoir, l’emblème de la probité et la conscience historique de l’inaliénabilité de la lutte contre toutes oppressions.

RIP Thom Sank ! La patrie ou la mort nous vaincrons !

Moussa Bolly

17 Octobre 2012