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PIÈCES à conviction introuvables, dossiers égarés, rapports d’experts non remis à la justice… Plus étranges les uns que les autres, les dysfonctionnements s’enchaînent dans l’enquête sur le décès d’Abou Bakari Tandia, un Malien sans papiers mort après sa garde à vue au commissariat de Courbevoie (Hauts-de-Seine) il y a plus de trois ans.
Mais un rebondissement inattendu vient de se produire dans cette affaire de plus en plus embarrassante pour la police.

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Arrêté en situation irrégulière le 5 décembre 2004, Abou Bakari Tandia est placé en garde à vue. Il quittera le commissariat dans le coma et s’éteindra un mois et demi plus tard à l’hôpital. Selon la version policière, le Malien s’est violemment cogné la tête contre les murs de sa cellule, désespéré de voir se profiler un imminent retour au pays.

Mais cette version est battue en brèche par l’apparition d’un rapport médico-légal essentiel, resté introuvable plus de trois ans. Déposé par une main anonyme et exhumé d’on ne sait où, celui-ci a échoué le 30 août dernier sur le bureau de la juge en charge de l’affaire, à Nanterre. Une si mystérieuse apparition que la magistrate, perplexe, l’a consignée sur procès-verbal. Daté du 21 mars 2005, ce document est une copie de l’examen radiologique pratiqué sur le cadavre.

Chargé de rechercher « les causes de la mort » et « la localisation de projectiles d’arme à feu » dans le corps, le radiologue n’a pas détecté la moindre balle. Mais il n’a pas observé non plus la moindre trace de blessure à la tête. « La version des policiers vient de s’effondrer, commente Yassine Bouzrou, l’avocat des proches du Malien. Le radiologue a seulement constaté des zones opaques sur le thorax. Les stigmates d’une blessure ? Peut-être ».


Toujours aucune trace du dossier

Quand son neveu était hospitalisé, l’oncle d’Abou Bakari Tandia avait remarqué une importante plaie à la poitrine. Les vêtements que portait le Malien lors de son arrestation pourraient recéler de précieux indices. Malheureusement, impossible de remettre la main dessus. Au lendemain du décès, ses proches ont réclamé les effets personnels du défunt… sans jamais obtenir satisfaction. L’avocat a fini par demander la saisie des vêtements. Mais au commissariat de Courbevoie on n’a retrouvé qu’un pantalon et une veste sans manches. « Un soir en plein mois de décembre, M. Tandia portait forcément autre chose. Donc, le seul vêtement qui pourrait porter des traces de lutte ou de blessure a disparu », souligne M e Bouzrou.

Volatilisé aussi, le dossier médical de la victime. A l’hôpital de Colombes, où il a été soigné, on ne s’explique pas cette disparition. Fin mai, le procureur a ordonné qu’on enquête sur ce dossier médical évaporé. De même que sur le mystère des caméras de surveillance de garde à vue, « en panne » selon la police. Aucun incident n’a pourtant jamais été signalé.

Cette fois, l’information judiciaire ouverte pour « torture et actes de barbarie » pourrait prendre un tournant décisif. A l’époque des faits, le parquet n’imaginait certainement pas une évolution du dossier. L’affaire avait été classée quelques semaines après le drame. Mais les proches avaient déposé une plainte avec constitution de partie civile, contraignant la justice à mener des investigations.

Le Parisien du 11 Septembre 2008