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Le mystère qui entourait la mort de l’otage français, Philippe Verdon, enlevé le 24 novembre 2011 à Hombori avec Serge Lazarevitch, est en passe d’être levé. Son corps, dit-on, a été récupéré par les Français dans la région de Tessalit, non loin de la frontière algérienne.

L’information a été donnée par le ministère français des Affaires étrangères, dans la soirée du 14 Juillet, jour de la fête nationale de la France dédiée cette année à l’opération Serval, ainsi baptisée par Paris et à laquelle ont pris part directement ou indirectement, des troupes africaines dans le Nord-Mali. Pourquoi avoir choisi particulièrement ce jour pour annoncer une telle nouvelle ? Bien malin qui saura y répondre.

En effet, on se souvient que depuis le début du mois de mars, Al-qaida au Maghreb islamiste (AQMI) avait revendiqué la mort de cet otage aux temps forts des violents combats qui opposaient les djihadistes aux armées française et tchadienne dans le massif montagneux des Ifoghas. Des combats au cours desquels le chef d’AQMI, Abou Zeid, avait été tué. Mais la France n’a jamais confirmé cette mort. En tout cas, les circonstances de sa mort sont jusque-là méconnues. Philippe Verdon, on le sait, était malade à telle enseigne que son état de santé préoccupait beaucoup les autorités françaises qui lui avaient même fait parvenir des médicaments pour ses soins.

Sa santé s’était-elle dégradée avec les dures conditions dans lesquelles il était détenu ? Une hypothèse plausible. A-t-il été exécuté par ses ravisseurs comme eux-mêmes l’avaient annoncé ? Rien n’est moins sûr. Si tel est le cas, quel intérêt ont-ils à le faire ? On sait que ces « prisonniers » constituent des boucliers, des instruments de pression, des monnaies d’échange, bref des biens précieux.

Le corps de Philippe Verdon est un véritable cadavre à mystère. En tout état de cause, il faut saluer la démarche du président français, François Hollande, qui est toujours resté ferme sur sa position : celle de ne pas verser de rançons pour la libération des otages car, nul n’ignore que ce sont ces mêmes rançons perçues qui permettent à ces terroristes de s’équiper, de s’armer, de se nourrir et de toujours continuer leur sale besogne. Cette nouvelle découverte vient démontrer que ces fous d’Allah n’ont pas encore dit leur dernier mot et que leur détermination à saper le moral des combattants africains et français n’a pas flétri.

C’est également l’occasion de reconnaître que la guerre au Nord-Mali est loin d’être terminée. Les djihadistes ont disparu mais ils ne sont pas totalement vaincus. C’est pourquoi la vigilance doit être de mise du côté des Occidentaux, eux dont le goût pour l’aventure et le risque n’est plus à démontrer. En effet, ils sont nombreux ceux qui, malgré les mises en garde et les communiqués de leur pays à ne pas franchir certaines zones rouges, n’hésitent pas à les outrepasser.

Leur curiosité est si démesurée qu’ils mettent non seulement leur vie en danger mais aussi leurs autorités dans l’embarras. Pour les plus chanceux, c’est-à-dire ceux qui arrivent à être libérés, c’est la gloire à travers notamment des livres, voire des best-sellers, qu’ils produisent à n’en point finir. Quant aux malheureux, ils laissent derrière eux leurs familles dans la douleur et le deuil et la nation dans la désolation et parfois le remords. Mais faut-il en vouloir à ces fous du risque et de la curiosité quand on sait que tout progrès naît de la curiosité et du risque et qu’il en dépend ?

Colette DRABO

Publié le mardi 16 juillet 2013

Source : Lepays.bf