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A Son excellence M. le président de la République du Mali, Koulouba, Bamako.

Excellence M. le président de la République,

Le Pr. Oumar Doumbia n’a pas été un homme de télévision, ni un homme politique, mais un héros loin des yeux du grand public qui a drainé notre pays sur l’orbite de l’élitisme et de la compétition sous-régionale.

Né en 1953 à N’Kourala dans le cercle de Sikasso, le Pr. Oumar Doumbia fréquenta l’école de son village où il obtint le diplôme d’études fondamentales (DEF) en 1969. Il intégra le lycée Askia Mohamed en série sciences exactes (SE).

Titulaire du baccalauréat malien, il entreprit des études supérieures à l’Institut Mendeleïev en ex-Union Soviétique où il décroche un diplôme d’ingénieur chimiste avec mention honorifique. Il poursuivra ses études pour obtenir un doctorat en électrochimie.

De retour au bercail en 1982 avec un bagage intellectuel, le Pr. Doumbia a choisi le métier d’enseignement pour servir son pays. Recruté dans la fonction publique et muté à l’Ecole normale supérieure (EN Sup, école de formation des enseignants du secondaire) il enseigna et encadra plusieurs centaines d’étudiants.

Pendant ses quinze (15) années de service à l’EN Sup, il a occupé le poste de chef du DER de chimie. En 1997 à la création de l’Université de Bamako il fut muté à la Faculté des sciences et techniques (Fast).

Dans cette Faculté, le Pr. Doumbia occupa le poste de secrétaire principal jusqu’à sa mort le 18 janvier 2009. Avec son franc parlé, il servira à ce poste à la satisfaction de tous les étudiants, enseignants et même le personnel de l’administration.


En effet, il était la cheville ouvrière,
l’homme à tout faire pour la bonne marche de cette Faculté qui est la vitrine de l’Université de Bamako. Très humble, serviable et très généreux, le Pr. Doumbia assuma sa tâche avec dévouement, courage et honnêteté. Il a organisé les inscriptions, les examens de fin d’année, s’occupa de la multiplication des sujets, devoirs et examens, de la gestion des calculs de notes, de la répartition des salles de classes, des emplois de temps, etc. pendant onze (11) ans.

Le Pr. Doumbia était le premier des travailleurs de la Faculté à se présenter à l’école et le dernier à quitter. Le Pr. Doumbia s’est physiquement investi et n’a jamais connu de week-end ni de jours fériés, il travaillait 7 jours sur 7.

En plus des tâches administratives, il assurait son enseignement de chimie structurale jusqu’en janvier 2009 où il fut terrassé par la maladie. Mourir dans des conditions pitoyables à l’hôpital du Point G dépourvu de tout droit d’évacuation vers un hôpital à l’étranger technologiquement solide, alors que nombre de responsables abusent de ce droit, il méritait plus.


Le 19 janvier 2009 le Pr. Doumbia a été inhumé au cimetière de Sogoniko.

Excellence M. le président de la République,

Au même moment à l’autre côté de la rive, c’est 900 personnes qui bénéficient de la plus haute et honorable distinction de l’Etat. Ces 900 personnes promues aux différents grades de l’Ordre national du Mali ne sont pas plus méritantes que le Pr. Doumbia, surtout si ces décorations par la nation malienne expriment sa reconnaissance à ceux de ses fils qui ont mérité d’elle par leur courage, leur compétence, leur loyauté et par leur fidélité aux services et aux profits du Mali.


Excellence M. le président de la République,

Beaucoup de Maliens, toutes catégories socioprofessionnelles confondues pensent aujourd’hui que servir ce pays dans la loyauté avec amour et conviction serait peine perdue, le cas du Pr. Doumbia leur a donné raison. Mais, il n’est pas trop tard pour prouver le contraire afin d’apaiser la souffrance morale des uns et des autres pour satisfaire l’attente de ceux-là qui ont été choqués par cet état de fait.

Nous estimons que son oubli peut être un manque d’attention, manque d’une réelle politique de détection et d’identification des femmes et des hommes qui se battent pour sortir notre pays de l’impasse et non un refus. Il est temps et grand temps de se débarrasser des anciennes méthodes qui ne portent pas de fruits et qui ont même montré leurs limites.

Excellence M. le président de la République,

Décorer à titre posthume est possible au Mali, et c’est un acte constitutionnel. Nous vous demandons la décoration, à titre posthume, du secrétaire principal de la Fast, le Pr. Oumar Doumbia, après vingt-sept ans de services rendus qui serait un geste simple pour vous, mais un geste qui serait un soupir de soulagement pour le peuple malien.

Le cimetière est peuplé d’hommes valables et irremplaçables, qui ont laissé leur place vide dans ce monde ici-bas. Le Pr. Oumar Doumbia est de ceux-là. Cet homme est un monument à restaurer et à préserver, il servira de référence pour cette génération et les générations futures.

Le CRJ, c’est la lutte contre la sclérose qui règne dans les débats d’idées, c’est une voix qui s’élève au-dessus des intérêts particuliers. Nous voulons par ces actions aider avec loyauté, audace et imagination notre gouvernement à remplir son exigeante mission.

Veuillez trouver entre ces lignes, Excellence M. le président, tout notre engagement citoyen et notre profond respect.

Bamako, le 3 avril 2009

Le 1er vice-président bureau national

Hamma Cissé

09 Avril 2009