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La peine de mort ou peine capitale est une sentence appliquée par le pouvoir judiciaire consistant à retirer légalement la vie à une personne ayant été reconnue coupable d’un crime tombant sous une qualification pénale passible de cette peine.

La peine de mort est un sujet qui depuis l’Antiquité partage les opinions sur son abolition ou son maintien. Bien que le débat soit ancien, les arguments ont peu changé avec le temps.

Alors que les uns invoquent le droit à la vie, l’irréversibilité de la peine et l’importance du pardon, les autres appellent la protection de la société et la nécessité de l’exemple pour dissuader les crimes.

Dans les sociétés primitives, la condamnation était réalisée par les victimes, lors d’un acte de vengeance. Pour éviter les cycles sans fin de vengeance, il a été instauré le principe de la loi du Talion, qui implique la juste réciprocité entre le crime commis et la peine.

C’est ainsi qu’est énoncé la formule « oeil pour oeil, dent pour dent, vie pour vie« . Cette juste réciprocité n’a pas été appliquée dans toutes les civilisations, où a persisté durant un certain temps : la vendetta.

En 1757 à Paris, suite à la cruauté de la torture que subit Robert François Damiens, lors de son exécution pour l’agression contre Louis XV, un mouvement abolitionniste apparaît.

Suivant les conseils du criminologue Beccaria, le grand duc Pierre Léopold de Toscane (futur empereur germanique sous le nom de Léopold Il) fut le premier souverain à abolir la peine de mort, en 1786 en Toscane. Depuis le début des années 1980, de nombreuses démocraties, comme la France ou l’Allemagne, ont aboli la peine de mort.

Beaucoup de personnes à travers l’histoire ont milité pour l’abolition de la peine de mort, en particulier Beccaria et Victor Hugo («  Que dit la loi ? Tu ne tueras pas ! Comment le dit-elle ? En tuant ! « ).

Ils l’ont fait en général pour des causes humanistes, donnant priorité à la vie humaine, fût ce celle du criminel, sur les questions d’ordre public, en estimant préférable la peine d’emprisonnement qui était moins courante alors.

La mort ne permet aucun retour en arrière, une éventuelle erreur judiciaire ou une injustice dans son application serait donc totalement irréparable alors qu’une personne emprisonnée à tort peut toujours être sortie de prison et indemnisée.

La justice étant humaine, il est impossible de garantir que de telles erreurs ne puissent arriver. On peut citer comme exemples d’erreur judiciaire ayant entraîné la mort d’un innocent la célèbre affaire du courrier de Lyon.

En l’espèce, pendant la nuit du 27 au 28 avril 1796, la malle poste qui va de Paris à Lyon est attaquée, près de Vert Saint Denis (Seine et Marne), par cinq individus. Les deux postillons sont assassinés, et la malle poste pillée : on vole quatre vingt mille livres en monnaie et sept millions sous forme d’assignats, destinés aux armées d’Italie.

Suite à l’enquête, six hommes sont accusés : MM. Lesurques, Couriol, Guénot, Richard, Bruer et Bernard. À la fin du procès, Lesurques, Couriol, Bernard et Richard sont reconnus coupables, les trois premiers sont condamnés à la peine capitale. C’est à ce moment que Couriol déclarera que Lesurques est totalement étrangers à l’affaire (ce qu’il réaffirmera sur l’échafaud).

Lesurques sera tout de même guillotinés. On retrouvera plus tard les autres responsables de l’attaque, Lesurques a été victime d’une erreur judiciaire. Une rue porte le nom de Joseph Lesurques dans la commune de Vert Saint Denis. L’affaire aurait été conçue dans un café restaurant parisien (qui existe toujours) à un des angles de la rue de Verneuil et de la rue du Bac.

En Chine, Teng Xingshan a été exécuté pour le meurtre de sa femme en 1989, alors qu’on l’a retrouvée en 2005. Une étude de l’Université de Columbia aux États-Unis a démontré que près de 7 condamnations à mort sur 10, prononcées entre 1973 et 1995, ont dû être révisées par les juges à la suite de manquements graves à la loi.

La peine de mort est en contradiction avec le principe de rédemption (sans connotation religieuse particulière). On renonce à la possibilité que le criminel puisse changer et s’améliorer, pour pouvoir regretter son action et reprendre une place dans la société.

Les justices « modernes » des démocraties ayant tendance à évoluer vers une logique de rééducation des criminels plutôt qu’une logique punitive, il est logique qu’elles abandonnent cette peine.

L’abolition de la peine de mort n’aurait pas d’effet dissuasif sur la criminalité. Aux États-Unis, où la peine de mort est appliquée, le nombre de crimes dépasse largement celui d’autres pays où elle ne l’est pas, comme en Europe Occidentale.

Le criminologue Roger Hood, qui a étudié à l’échelle de la planète l’application et les résultats de l’abolition de la peine capitale, a conclu qu’aucune augmentation des homicides n’a été observée et qu’aucune recherche n’a prouvé que les exécutions avaient un effet plus dissuasif que les peines de prison à perpétuité.

Utiliser la mort pour punir un meurtrier reviendrait à « se rabaisser à son niveau » et ne serait pas compatible avec les valeurs humaines. Le jugement peut être altéré par des éléments périphériques et contextuels, comme la prestation de l’accusé lors des audiences, son apparence, l’éventuel racisme du juge ou des jurés, la position sociale de l’accusé, la qualité de son avocat. Un jugement devenu injuste à cause d’un ou de plusieurs des éléments cités précédemment aboutissant à la mort de l’accusé est inacceptable.

Si l’on admet que la criminalité est en partie la conséquence de la promiscuité et des injustices et frustrations engendrées par la société (ce que l’on appelle les circonstances atténuantes), dès lors, il peut être vu comme injuste que cette même société exécute des criminels pour des fautes dont elle porte au moins une part de responsabilité, ce qui consiste à transférer une part de la responsabilité de l’accusé sur la société.

Que l’État montre un mépris pour la vie humaine au point de tuer ses sujets pour l’exemple est contre productif. Les régimes non démocratiques peuvent utiliser théoriquement le cas échéant la peine capitale comme un moyen légal pour se débarrasser définitivement d’opposants politiques mais pas les démocraties civilisées.

Aujourd’hui, de nombreuses associations ou organisations internationales luttent contre la peine de mort dans le monde. On peut citer notamment la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) Amnesty International, Ensemble contre la peine de mort (ECPM), ou encore l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT).

Suivant les pays, les abolitionnistes attaquent la peine de mort différemment. Alors qu’en Europe c’est principalement pour des raisons morales que la peine capitale a été abolie, aux États-Unis, les abolitionnistes préfèrent attaquer la peine de mort sur son principal point faible, les erreurs judiciaires.

Certaines personnalités célèbres sont opposées à la peine sur les cinq continents. On peut citer, entre autres, Nelson Mandela et Desmond Tutu en Afrique du Sud, Baudouin en Belgique, Voltaire, Hugo, François Mitterrand et Robert Badinter en France, Michael Dukakis, William 0 Douglas aux Etats-Unis, Cesare Beccaria en Italie, le Pape Jean Paul Il. Il faut donner la mort à la peine de mort, pour que le Mali soit davantage dans le concert des Nations.


Boubacar Diarra

Enseignant à la FSJP

31 octobre 2007.