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« Morila : maintenant et après ! Où va l’argent de la mine ? ». Tel est l’intitulé d’une étude réalisée par Amadou Keita, Moussa Doumbo et Kader Traoré. Elle était au centre d’une conférence de presse le 26 juin 2012, au Centre Aoua keita.

« Morila : maintenant et après ! Où va l’argent de la mine ? », C’est sous ce titre à la limite provocateur que les consultants Amadou Keita, Moussa Doumbo et Kader Traoré, du Groupe d’Etude et de recherche en sociologie et droit appliqué (GERSDA), commis par la Fondation pour le développement du Sahel (FDS), ont bien voulu livrer les résultats d’une étude qu’ils viennent de conduire. Tiémoko Souleymane Sangaré, Directeur exécutif de la FDS, a rappelé que l’exploitation minière, notamment aurifère, au Mali, suscite beaucoup d’interrogations quant à sa retombée pour l’économie nationale et sur les conditions de vie des communautés des zones minières. Préoccupée par cette dernière problématique, la FDS a demandé au GERSDA de lui réaliser une étude sur les conditions de vie des populations de la zone minière de Morila et les perspectives d’après-mine.

Les résultats de cette étude ont été présentés à la presse le 26 juin 2012. En ce qui concerne la question de développement communautaire à Morila, les consultants ont indiqué que les relations entre la société minière et les communautés ont d’abord été conflictuelles, avant de se stabiliser dans des formes d’actions qui ont été définies, en grande partie, par la mine et visant à améliorer les conditions de vie des populations. « L’importance des sommes englouties dans ces actions et la précarité qui caractérise la vie des populations incite à interroger l’efficacité des dynamiques créées par l’implantation de la mine », indique l’étude.

Elle a rappelé que de 2004 à 2011, la mine a payé à la commune de Sanso, la somme de 2,4 milliards de francs CFA, qui a permis de mettre en place un système d’adduction d’eau, d’acquérir une ambulance et de réaliser, dans le cadre d’un projet avec l’USAID un nombre important d’infrastructures comme : caniveaux, abattoir semi-moderne, centre multifonctionnel pour les femmes, salles de classe, pont, barrage, etc. L’étude a mis l’accent sur le fait que les relations de la mine avec les communautés, ont été construites sur la rhétorique du développement communautaire qui consiste à réaliser des actions tendant à améliorer les conditions de vie des populations. « L’éducation et la santé ont été les domaines prioritaires d’intervention, même si quelques actions ont été réalisées dans le domaine de l’agriculture », indique l’étude, qui a ajouté que la mine a pris l’habitude d’appuyer financièrement les villages à diverses occasions, y compris festives.

« Au total, les responsables de Morila SA font état de plus de 1,8 milliards de FCFA de contribution aux communautés locales entre 2001 et 2011 », révèle l’étude, qui admet qu’il y a un sentiment ambivalent des communautés vis-à-vis des retombées économiques de la mine. Par ailleurs, l’étude indique que l’un des sujets les plus controversés est relatif à l’emploi à la mine dont se sentent exclus les jeunes des villages. Aussi, les consultants diront que les impacts sociaux et environnementaux considérés par les villageois comme négatifs influencent considérablement leur sentiment négatif vis-à-vis de la mine.

« Le constat réel est qu’aujourd’hui, on peut difficilement parler de développement communautaire, dans la mesure où on n’assiste pas à de la création de richesses qui pourraient induire des mutations positives dans les structures économiques et sociales des communautés. Au contraire, les villageois, en développant une posture de capture de rente, se sont détournés de l’agriculture sans avoir pu diversifier véritablement les activités économiques », conclut l’étude sur cet aspect. Enfin, quant à l’avenir de Morila après la mine, les consultants ont mis en exergue le plan de fermeture de la mine élaboré en 2007 qui prévoit : le retraitement du parc à boue, le projet de micro finance en direction des anciens travailleurs, le projet d’agrobusiness.

Assane Koné

Le Républicain du 2 Juillet 2012