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Victimes d’accident de travail, Bakary Diarra et Alpha Diallo auraient perdu la vie suite à la négligence coupable des responsables de Moolman, une société sous-traitante à la mine d’or de Sadiola.

Avec plus de 800 travailleurs, Moolman est une société qui intervient dans l’extraction de l’or à Sadiola. La création de cette société en 1998 avait suscité beaucoup d’espoir tant du côté des populations que des employés.

Mais c’était sans compter que les choses pouvaient prendre une autre tournure. Avec le temps, tout ne semble plus marcher comme sur des roulettes. Las des mauvaises conditions de travail et des brimades, les travailleurs de Moolman ne savent plus où donner de la tête.

Les problèmes d’eau potable, les accidents de travail et le manque de moyens de protection sont le lot quotidien des travailleurs. Cependant, cette traversée du désert ne semble émouvoir les responsables de la société sous-traitante qui ne cessent de multiplier pressions et intimidations sur les employés à la moindre plainte ou protestation.

Selon nos sources, la qualité de l’eau laisse à désirer. « Travailler à la société Moolman correspond à de l’esclavage. La société employeur pense qu’elle a droit de vie et de mort sur nous. Le problème d’eau se pose avec acuité. L’eau est imbuvable parce que amer. Nous-nous sommes plaints mais en vain », confie un employé.

La situation qui n’a que trop duré a fini par susciter l’indignation des épouses qui ont marché en érigeant des barricades et en brûlant des pneus. « Même s’il y a de l’eau, elle est mal traitée. Mais nous sommes obligés de la boire comme telle parce que nous n’avons pas le choix. Ceux qui sont sensibles au problème nous ignorent superbement. C’est le calvaire pour ne pas dire le branle-bas dans nos rangs ».

Il est évident que travailler dans une mine d’or va de pair avec des risques, mais encore faudrait-il que la société employeur soit responsable pour prendre en compte cet aspect en dotant les travailleurs de moyens adéquats de protection, ou en cas d’accident de travail grave les évacuer d’urgence dans un hôpital.


« Je-m’en-foutisme »

Malheureusement, la société Moolman est apparemment peu soucieuse des bonnes pratiques. « Rares sont les jours où nous n’enregistrons pas de cas d’accidents mais les accidentés sont laissés pour compte », se plaint un magasinier. Et le hic, c’est qu’il n’y a pas de médecin qualifié pour leur prise en charge.
Récemment, apprend-on, la société a perdu deux de ses agents suite à des accidents de travail.

Il s’agit de Bakary Diarra et de Alpha Diallo. « On ne peut pas travailler, dans une mine où il n’y a pas d’accident. Mais les conditions doivent être mises en place pour parer au plus pressé. Tout dernièrement il y a eu deux décès. Suite à un choc au niveau de son dos, Bakary Diarra (paix à son âme) n’a été évacué sur Bamako qu’un mois plus tard.

Alpha Diallo, qui a également subi un choc au niveau de sa tête et qui est décédé à la clinique Pasteur il y a pas un mois, a longtemps séjourné ici avant d’être transporté à Bamako. Mais convient tout le monde, ils ont perdu la vie par suite de négligence de la part des responsables de la société », charge notre source.

A l’en croire, c’est parce qu’ils ont peur des dépenses que les responsables de Moolman traînent les pieds avant d’évacuer les victimes d’accident de travail. « Ils ont peur de faire des dépenses et les gens sont évacués tardivement à Bamako. Ici à Sadiola, il n’y a pas de bons médecins. Même si on fait des chocs, il nous est imposé le silence. Ils nous ont toujours dit de soutenir que ça va même si tel n’est pas le cas », nous a-t-on dit.

Les Echos

Mohamed Daou

22 Juillet 2008