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DE QUOI JE ME MÊLE

-Monsieur l’avocat, vous êtes un gros menteur ;

– Et vous monsieur l’accusé, un grand voleur.

Puis les propos malicieux d’un président de la cour serein : « maintenant que le client et son défenseur se sont mutuellement identifiés, nous passons au reste du procès ». Cruauté anglaise et décor malien. Direction ? L’Assemblée nationale du Mali, prorogée pour un an dans le but de renforcer la légalité constitutionnelle ! Après le duel reporté Gassama- Mariko -qui consolidait mieux la transition pourtant-, voici que Bagadadji productions met en affiche son best-seller imminent : « l’avocat et le client ».

Avec le Yerewolo Ton, tous tambours battant, dansant autour des deux frères ennemis et guettant le scalp du vaincu, certainement pour exposition dans le musée du défunt Mali. Qui va gagner ? L’enfant de Kénieba, Babani, n’a plus trente ans. Mais il connaît toutes sortes d’arbres, semble t-il. Et les potions qu’il ingurgite le rendent capable de tout, y compris convaincre qu’il vaut mieux faire multiplier l’argent par ses soins que de le placer en bourse où rôdent toujours les Madof. Son challenger plus jeune, Me Tall, n’a pas le physique de Tyson.

Mais il sait tout tirer du haricot : l’enduit pour être invisible comme le philtre pour être invincible. Et l’histoire qui les oppose est honorable ? Non mais c’est une histoire entre honorables. Il suffit de chanter l’hymne national pour mériter du Mali 2012. Debout sous les « lampan », nous sommes désolés de mourir. Pouuurou l’Afrique et pour toi, Mali… Et tout est permis : le client peut accuser l’avocat et celui-ci peut accuser le client qui le ré-accuse avant d’être réattaqué.

Par voie de presse, svp. Yafoyi, l’origine première de l’argent n’est pas malienne. Et à chacun ses oignons. Ou ses moutons à l’œil. Car hier, j’ai vu rôder dans mon quartier la pick up de Belmoktar el Boni. Un ancien député d’une zone sous occupation et qui est le plus grand spécialiste planétaire d’enlèvements de moutons à l’approche de la fête du même nom.

Adam Thiam

Le Républicain du 23 Octobre 2012