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Affublé du sobriquet de « l’insaisissable », celui qui détient des Occidentaux en otage entre l’Algérie et le Mali est un habile ravisseur de longue date. Parcours d’un terroriste hors du commun qui a toujours défrayé la chronique le long de la bande sahélo-saharienne.

Né en 1972 à Ghardaïa, en Algérie, Mokhtar Belmokhtar est l’un des chefs des groupes armés détenant 6 otages occidentaux dans la bande sahélo-saharienne. Connu aussi sous le nom de Mokhtar Ben Mokhtar, il se fait également appeler Belaouar ou Laouar. Affublé du sobriquet de «l’insaisissable» en 2001 par les services secrets français, ce chef terroriste, après ses forfaits, réussit toujours à se réfugier dans le Sahel.

Cette ubiquité lui est d’autant plus facile qu’il a des liens familiaux tissés dans la région. En effet, il a épousé une femme de la tribu des Brabiches, Arabes vivant au nord du Mali.

Mokhtar Ben Mokhtar a donc des atouts importants dans le Sahel. Il a ainsi recruté des combattants dans les pays comme l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger. Mais on rencontre également dans les rangs de son groupe des Anciens d’Afghanistan. Outre la mobilité que lui offrent le relief et les complicités dans la région, Belmokhtar possède aussi une grande capacité à acquérir des armes de gros calibres et des munitions.

La contrebande et le rapt d’Occidentaux, libérés contre rançons, constituent ses principaux moyens de financement. Il a récemment reconnu l’enlèvement des otages occidentaux détenus quelque part dans le grand Sahara entre l’Algérie, le Mali et le Niger. Parmi ces otages, il y a deux diplomates canadiens, enlevés en décembre 2008 au nord du Niger.

Les quatre autres, des touristes européens, ont été enlevés entre le Mali et le Niger en janvier 2009. L’enregistrement vidéo envoyé récemment aux autorités maliennes revendique leur enlèvement par Al Qaïda au Maghreb islamique dont Mokhtar Belmokhtar est devenu un des chefs.

Mais certains observateurs estiment que, dans ce cas, comme dans les précédents, le rapt d’Occidentaux n’a rien d’une action à hautes visées politiques. Plus que jamais, le kidnapping est devenu un commerce juteux dans les régions désertiques, car un otage occidental se négocie en millions d’euros. Pourtant, Belaouar insiste dans le cas présent sur la libération de certains militants d’Al Qaïda arrêtés et emprisonnés au Mali.


La plus grosse affaire du genre fut
, bien entendu, celle des otages européens kidnappés près de Biskra (Sahara algérien) en 2003 par Amari Saïfi, dit Abderrezzak el Para ou encore Abou Haïdara. Il ne faisait plus de doute quant à la négociation par les autorités allemandes pour la libération de leurs ressortissants. Au moins 5 millions d’euros auraient été versés aux ravisseurs quand ils ont pu rejoindre le nord du Mali. Dans cette affaire, 17 otages avaient été précédemment libérés par l’armée algérienne.

Quelques semaines après la libération des otages au Mali, 13 terroristes avaient été tués dans la région d’In Salah (toujours en Algérie). A bord de 4 véhicules tout-terrain, le groupe transportait un arsenal impressionnant.
En février 2008, Al Qaïda au Maghreb islamique revendique une autre prise d’otages. Deux touristes autrichiens ont été enlevés en Tunisie par l’émir Abou Zeïd.

Les deux otages, Wolfgang Ebner et Andrea Kloiber avaient été libérés dans le nord du Mali également, après 252 jours de captivité dans le fief de Mokhtar Ben Mokhtar. Au début, les ravisseurs demandaient la libération de détenus islamistes en Algérie et en Tunisie en contrepartie de la remise des otages.

Comme lors des précédentes prises d’otages, les ravisseurs des 6 Occidentaux sont activement recherchés par les forces de sécurité des différents pays de la bande sahélo-saharienne. Un homme qui a été présenté comme le principal suspect dans l’affaire aurait été arrêté récemment. Cela s’ajoute à l’arrestation d’autres suspects. Ces opérations coups de poing, même si elles peuvent être un moyen de pression sur les terroristes, ont cependant des limites.

D’une part, les suspects mis aux arrêts sont des “sans-grades“, des intermédiaires ayant monnayé leurs prises. De l’autre, les terroristes ont infiltré les populations locales et sont dispersés entre le Sahara et le Sahel, un espace désertique difficile à maîtriser.


Sambou Diarra

09 Avril 2009