Partager


«Les mangues ont rapporté au Mali en 2008 plus de 15 milliards de FCFA»

Le Mali a exporté, en 2008, l’équivalent de 12 676, 7 tonnes de mangues principalement vers l’Europe et le Moyen Orient pour plus de 15 milliards de FCFA. Les exportations concernant cette manne verte ont connu, en fait, une croissance exponentielle passant de 2 915 tonnes en 2005 à plus de 12 000 tonnes en 2008, soit une progression de 335% sur la période. C’est ce qui ressort de l’entretien exclusif qu’a bien voulu nous accorder Mohamed Sidibé, Coordinateur national de l’UNité de mise en oeuvre du Cadre Intégré, un structure mise en place par l’Etat et ses partenaires pour booster les exportations d’une manière générale et lutter contre la pauvreté à travers le commerce.

Pouvez-vous faire succinctement le bilan de la campagne de commercialisation de la mangue 2008 ?

Mohamed Sidibé : Le bilan de la campagne de commercialisation 2008 fait ressortir le maintien de la dynamique que connaissent les exportations de mangues ces trois ou quatre dernières années. En effet, il ressort de l’atelier d’évaluation de la campagne 2008 organisé en collaboration avec le Comité National de Validation des Statistiques de Commerce Extérieur sur la base des données collectées auprès de différents services (DNCC, Poste de contrôle phytosanitaires, Direction des Transports, etc. . .) et des acteurs de la filière que les exportations contrôlées du Mali s’élèvent à 12.676, 7 tonnes de mangues fraîches, soit 48 % d’augmentation part rapport à 2007.

Dynamique parce que les exportations sont passées de 2.915 tonnes en 2005, à 4.517 tonnes en 2006,8.521 tonnes en 2007 et à 12.676, 7 tonnes cette année, soit un taux de progression de 335 % sur la période (année de base: 2005).

Qu’est-ce qui explique l’augmentation significative du volume des exportations qui est passé d’un peu plus de 8 000 tonnes en 2007 à plus de 12 000 tonnes en 2008 ?

L’augmentation significative des exportations de mangues s’explique pour l’essentiel par les activités menées par les projets/programmes impliquées dans le développement de la filière mangue au Mali. Pour sa part, il est avéré que le programme Cadre Intégré a largement contribué par le renforcement des capacités des acteurs de la filière (producteurs, intermédiaires et exportateurs) et aussi des structures d’encadrement technique.

C’est ainsi que le Cadre Intégré a mis en place des programmes de sensibilisation et de formation aux Bonnes Pratiques Agricoles, à la mise en place de système et de management de la qualité, la formation d’auditeurs et de contrôleurs internes, l’accompagnement à la certification au référentiel GlobalGap des exportateurs et l’organisation de leur participation aux grandes manifestations commerciales telles que le Salon International «  Fruit Logistica  » de Berlin.

Mais l’action d’envergure menée par le Cadre Intégré est certainement l’appui à l’entretien des vergers de mangues qui comprend un volet traitement phytosanitaire en vue de réduire la pression parasitaire au moment de la campagne.

Cette année, la superficie traitée est de 5.000 ha. Cette activité permet, en plus de la disponibilité de mangues saines, selon les producteurs, d’augmenter le rendement des vergers qui atteint 5 à 6 tonnes de mangues de qualité exportable à l’hectare. L’activité est menée en étroite collaboration avec l’Office de Protection des Végétaux et le Programme Africain relatif aux Pesticides, le premier pour les conseils sur les techniques de sa compétence et le second pour sensibiliser sur la sécurité liée à l’utilisation des pesticides et les questions environnementales.


Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées au cours de cette campagne ?

La première difficulté est liée à la disponibilité des ressources au moment approprié pour réaliser les activités à temps, généralement au premier trimestre de l’année pour préparer la campagne qui débute en fin mars début avril selon la variété de mangue. Certaines activités ne sauraient souffrir de retard car le cycle de production est lui aussi lié aux phénomènes naturels.

Il y a, par exemple, un moment pour procéder aux traitements. Heureusement, le partenaire stratégique, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD/Mali) dans la mise en œuvre du programme pourvoit aux besoins à chaque fois que le problème se pose.

Il n’y avait pas aussi de produits phytosanitaires autorisés sur la mangue au Mali: aujourd’hui le processus d’autorisation est pratiquement à terme et l’année prochaine une liste de produits devrait être disponible.

Quelles sont vos prévisions pour la prochaine campagne ?

Nous prévoyons de maintenir la dynamique des exportations de mangues fraîches mais surtout de focaliser nos efforts sur la transformation des mangues par l’appui aux PME et la mise en place de nouvelles unités plus grandes en vue d’une production plus élaborée qui pourrait être des mangues séchées, des concentrés, de la confiserie et des jus.

En tout cas, nous envisageons d’appuyer les activités de transformation jusqu’au segment de la chaîne de valeur où la compétitivité est optimale. Nous assistons le Groupe AGAKHAN au titre de notre ministère de tutelle, le ministère de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce, en vue de la création d’une unité de transformation de fruits et légumes.


Les fruits, en particulier la mangue, peuvent devenir un poste important des exportations du Mali et même devenir un levier de taille pour le développement du Mali si l’on sait que le potentiel dépasse les 200 000 tonnes. Que faut-il faire pour que cela soit effectif ?

Tout à fait. Par rapport aux exportations, figurez-vous que 10.000 tonnes de mangues exportées au prix moyen de 2 euros, soit 1.311 FCFA le kg rapporteraient 13.119.140.000 FCFA, c’est-à-dire 20.000.000 d’euros: De plus, et c’est ce qui justifie le choix de la mangue par le Cadre Intégré, le revenu que peuvent en tirer les producteurs est substantiel. D’abord, il faut comprendre que les producteurs maliens sont ceux qu’on appelle les  » petits producteurs  » caractérisés par des vergers de 2 à 3 ha en général, à la différence des producteurs d’Amérique du sud.

On peut dire qu’au Mali, dans toute sa partie du sud, chaque famille a un verger de fruit, de mangue en général pour des raisons que l’histoire récente du pays nous enseigne: le premier régime après l’indépendance a encouragé l’implantation de vergers.

Il est donc évident, comme constaté dans les zones d’intervention du programme, que le prix au producteur atteint 90.000 à 95.000, voire 100.000 FCFA la tonne, un verger de 3 ha peut rapporter environ 900.000 à 1.000.000 FCF A au producteur chaque campagne.

Vous conviendrez qu’à l’échelle du Mali et du monde rural c’est une somme confortable. De plus, la campagne de mangue peut permettre au paysan d’acheter les engrais pour la culture du coton au lieu de s’endetter et mieux la fin de la campagne de mangue coïncide avec le début de l’hivernage et le produit des ventes de mangue permet de passer la période redoutée dite de  » soudure « . Ceci illustre bien notre slogan «  Réduire la pauvreté par le commerce « .

De même, il est vrai qu’il faut compter les fruits et légumes comme une source de croissance qui peut devenir un levier de développement, de croissance durable.

Entretien réalisé par Yaya SIDIBE

18 Septembre 2008