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Depuis plus d’une décennie, le Mali voire le Sahel est confronté à de nombreuses crises. L’ONG Association pour le Développement et Paix dans le Sahel (ADPS) a été créée en 2015 afin d’y œuvrer pour un développement durable à travers le Mali tout comme le Sahel. Mohamed Fomba, chargé de Projet de Promotion de la Citoyenneté, de l’Intégration sociale, économique et politique des communautés d’éleveurs et de pasteurs (PROCISEP) de ladite ONG, ingénieur d’Agriculture et du Génie Rural, nous livre d’amples informations sur le développement et la paix dans le Sahel.

Comment voyez-vous le développement et la paix dans le Sahel ?

Mohamed Fomba : Les causes principales de l’insécurité, de l’extrémisme violent sont dues aux problèmes de gouvernance et au chômage des jeunes dans ces zones. Ceux qui ont pris les armes ou qui ont rejoint les groupes terroristes ou djihadistes, avancent des arguments phares qu’ils sont sous-développés et délaissés par leurs autorités nationales. Pour moi, s’il n’y a pas de développement, les gens glissent facilement dans la rébellion. Il est très difficile d’être en paix si on n’est pas développé. Le sous-développement et l’appât de gain facile sont des causes  profondes de l’insécurité au Sahel à cela s’ajoute des règlements de compte entre communautés datant des décennies.

Développement et paix vont ensemble ; le développement est un levier stabilisateur d’une communauté.

L’ONG ADPS a initié un Projet de Promotion de la Citoyenneté, de l’Intégration sociale, économique et politique des communautés d’éleveurs et de pasteurs (PROCISEP), financée dans le cadre de Fonds d’Appui aux Moteurs du Changement (FAMOC). Ce que nous essayons de faire, c’est de travailler sur la médiation, le dialogue, la lutte contre l’extrémisme violent avec les communautés qui sont victimes de la rébellion dans les régions de Ménaka et Mopti. Mais nous essayons aussi de prévenir dans le Sud du Mali sur les questions de citoyenneté. Par exemple dans les régions de Sikasso et Bougouni, où il y a les attaques çà et là. L’ADPS travaille sur la prévention avec les communautés qui sont potentiellement enroulables par les Groupes Armés Terroristes (GAT).

Nous nous sommes rendu compte que les gens qui vivent dans les zones transfrontalières se sentent aussi très abandonnés et souvent naviguent entre deux ou trois pays. Certains ne prennent pas, par exemple, les pièces d’identité, ou ne soumettent pas aux règles d’un pays. Ils ne voient l’Etat que lorsqu’il faut payer les impôts à travers la police, la douane… Ce sont des zones où il n’y a pas assez d’écoles, de centres de santé… Nous travaillons aussi avec les maîtres coraniques, les talibés en leur formant sur les questions de citoyenneté et en leur sensibilisant pour qu’ils puissent inscrire leurs enfants à l’école et à l’état-civil. Tous ceux-ci pour qu’ils soient des Maliens tout courts et qu’ils ne se sentent pas comme des étrangers.

Il faut qu’on soit dans la logique de la prévention. Quand on est dans le développement, on doit prévenir la guerre, l’insécurité, les conflits. Et quand on est en période de crise, on ne doit pas aussi abandonner totalement les questions de développement. On doit essayer de faire le nexus entre paix et développement.

Pour le développement et la paix au Sahel, quelles doivent être les priorités des plus hautes autorités ?

M.F : Aujourd’hui, les grandes priorités sont d’abord celles liées à la survie des Maliens et des Sahéliens. La première priorité pour ADPS, c’est de stabiliser les pays du Sahel. La stabilisation passe par le dialogue, la médiation, les actions ponctuelles de développement dans les zones de crise pour que les gens puissent reconnaître que l’Etat pense à eux. Ça passe également par le retour des déplacés, la réhabilitation, la reconstruction des villages où il y a eu des destructions.

Pour faire cela, il faudrait quand même que la sécurité soit assurée pour que les gens puissent se déplacer sans être inquiétés.

Nous avons la chance que le Mali soit un pays où l’économie est basée sur l’agriculture et l’élevage. Les gens arrivent à s’en sortir malgré les changements liés au climat en s’adaptant et étant résiliant. Il faut que l’Etat intervienne beaucoup dans lesdits domaines. Mais il faut notamment la réforme de l’éducation en créant beaucoup d’écoles professionnelles de pastoralisme. Le développement de notre pays passe par ça.

Pour atteindre cet idéal, que préconisez-vous à la population malienne et à celle de l’ensemble des pays du Sahel ?

M.F : Aujourd’hui, il faut que les Maliens se parlent. Il faut aussi que les Maliens et les Sahéliens prennent conscience des dangers qu’ils sont en train de vivre. C’est l’être humain qui est à la base de tout cela. Il faut que les acteurs impliqués dans les tueries inutiles des civils soient arrêtés et traduis en justice. Finalement, la future génération n’aura pas d’espoir. Il faudrait vraiment qu’on se donne la main et qu’on travaille à la stabilisation du pays par des actions de sensibilisation, de communications stratégiques sur la citoyenneté la gestion des conflits, nos valeurs ancestrales et l’éducation pour tous. Même si l’Etat a la bonne volonté et que les populations n’y adhèrent pas, ça va être difficile. La solution est entre les mains des populations. Il faudrait que les populations acceptent de se pardonner afin d’aller de l’avant.

Jacques Coulibaly

@Afribone