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Assurément, le Premier ministre Modibo Sidibé a le profil de l’emploi. Mais, son action manque encore de visibilité. Il tarde à indiquer une direction lisible et à mettre en musique le Programme de développement économique et social (PDES).

La nomination de Modibo Sidibé au poste de Premier ministre est intervenue dans un contexte conjoncturel très difficile : une hausse vertigineuse des prix, sous la poussée d’un baril du pétrole tous les jours plus cher. Mais, en même temps, il suscitait des espoirs : Modibo Sidibé n’est pas en terra incognita, pour avoir flirté depuis une quinzaine d’années avec la haute administration. Sur papier, il a le profil qui convient.

De plus, ses différents passages dans des départements sensibles comme la Santé et les Affaires étrangères ont été concluants. Il a laissé une bonne image dans l’opinion, une image de travailleur. Secrétaire général de la présidence, il a été la bête noire de tous ceux qui étaient dans l’à-peu-près. Très vite il lui a été collé à la peau le titre de technocrate qui filtrait, tamisait sérieusement les dossiers avant les conseils des ministres. Mais, à ce niveau, il avait également le beau rôle, celui de l’homme de l’ombre, qui peut tirer les ficelles, sans se mouiller forcément.

Maintenant, Modibo Sidibé est descendu dans l’arène. Il est devenu un fusible, obligé d’évoluer en pleine lumière. Premier ministre, il a reçu comme mission de mettre en musique le Programme de développement économique et social, (PDES). Une mission à première vue à sa portée. Mais, depuis sa nomination, il n’a pas posé d’actes forts permettant de le démarquer, de le distinguer des deux autres Premiers ministres qui l’ont précédés.

Modibo Sidibé, par rapport à sa mission, avait à envoyer un message fort et clair à la fois à la classe politique et à la société civile. Cependant, la première zone d’ombre semble résider au niveau de sa communication. Il se dégage chez l’homme une véritable volonté de communiquer, en témoigne le site de la primature, animé, attractif et régulièrement alimenté, mais, jusque là, sa communication n’a réussi qu’à le présenter qu’en homme de clan, qu’en homme d’un camp, ne transcendant pas des considérations subjectives et émotionnelles.


Polémique stérile

A preuve, la polémique stérile qui a noyé son premier déplacement dans la zone office du Niger (avec deux titres de presse privée) et la sortie malheureuse et hasardeuse dans l’affaire des deux décrets concernant le porte-parole du gouvernement. Jusque là, nous avons eu l’image d’une communication sélective classant d’office et d’autorité la presse en « pro » et « anti », avec sa propre grille de lecture, la première étant adulée et la seconde vouée aux gémonies, contre toutes règles de communication.

Modibo Sidibé, de plus, semble peiner à mobiliser, ou du moins à rassurer et donner une indication de direction claire à la classe politique. Il se dégage de ses relations avec les partis politiques, (y compris ceux de l’ADP), une certaine retenue. Cette méfiance/réserve des partis vient surtout du fait que, contrairement à ses deux premiers devanciers (Ag Hamani et Pinochet), Modibo Sidibé « n’a pas son avenir derrière lui ».

A ce niveau réside pour lui tout le challenge. Car, sans se projeter dans un long terme, (il n’y a même pas intérêt) Modibo Sidibé doit impérativement montrer une direction claire. Cela permettra à la classe politique d’adhérer à sa démarche. Autrement, son hésitation actuelle, donnant l’impression d’une recherche de marque, ne peut que lui aliéner une frange importante de la classe politique.

Le PDES couplé à la stratégie de réduction de la pauvreté (CSRP) valent en soi tous les programmes de gouvernement. Ils ont juste besoin d’un chef d’orchestre, d’une communication visible et d’ensemble. Modibo Sidibé ne peut pas, ne doit pas travailler seul. Il doit forcément associer la classe politique, sans baisser la garde, encore moins s’abandonner dans ses mains.

Mais, il apparaît évident que pour l’heure, la cherté de la vie, l’école et les autres syndicats risquent d’occulter bien de questions essentielles et de le ramener dans un rôle de pompier s’il ne mesure pas la nécessité de forcer le pas.

Alexis Kalambry

11 mars 2008.